LE GOUVERNEMENT DÉMOCRATIQUE
ce qui n'est pas 1res vraisemblable, un pauvre homme, qui travaiUe la terre, a-t il le temps de songer aux affaires de l'État?
U riposte est d'une vigueur saisissante. Son effet est d'autant plus fort qu'il est inattendu. Le héraut, comme ces gens qui cachent quelque rancune et qui déchargent subitement leur colère, dit d'un coup tout ce qu'il a sur le cœur. Euripide avait- il quelque ressentiment contre le gouvernement d'Athènes? Thésée sent si bien la puissance impétueuse des arguments de son contradicteur, qu'avec une adresse très fine il aff^ecte de ne pas les prendre au sérieux. Quand on risque, devant un cercle d'auditeurs, de ne pas réfuter victorieusement un adversaire, le plus simple est de se moquer de lui : au moins, on a pour soi les esprits superficiels. Au théâtre, où l'on n'a pas le temps de beaucoup réfléchir, ils sont légion.
Puis, dans une discussion, comme l'off^ensive, de même qu'à la guerre, est la meilleure tactique, Thésée attaque k son tour son partenaire. Il s'élance sur lui et le charge dans une invective éperdue contre la tyrannie : c'est le pire des fléaux, rien ne l'égale, le tyran est un monstre, il commet tous les crimes. Phrases sonores de tribun, toujours les mêmes. Le moindre argument ferait mieux notre affaire! Car, enfin, les défauts du gouvernement d'un seul ne sont pas des qualités pour une démocratie.
Mais ces phrases faisaient plaisir aux Athéniens. Elles flattaient leur manie. Elles emportaient leur conviction dans leur flot trouble. Ne prouvaient-elles pas aussi que le peuple est à la merci de ceux qui savent le prendre? C'est ce que le héraut lui reprochait tout à l'heure i. Thésée donc ne triomphait de son adversaire qu'en justifiant ses critiques. Sa victoire lui coûtait un peu cher. Les spectateurs qui réfléchissaient ne le voyaient -ils pas?
Au fond, la question n'est pas résolue, et nous ne savons pas si Euripide pense du gouvernement d'Athènes tout le bien qu'au jugement des gens simples pourrait le faire supposer sa diatribe contre les tyrans. Examinons de près les choses :
Ce qui coubtitue la supériorité du gouvernement démocratique, c'est,