‹ Euripide et ses idées [microform]Chapitre 336 sur 362 · MA · texte numérisé non relu

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dit-il, la liberté et l'égalité. L'une, remarquons-le, n'est pas exactement celle que nous concevons. Elle consiste dans le droit qu'a chaque Athénien de parler, à l'invitation du héraut, dans l'assemblée i. Cette liberté engendre à son tour l'égalité de tous devant la loi a. Cela est-il bien sûr? Ne faudrait-il pas, pour qu'il en fût ainsi, d'une part, que tous les citoyens eussent à la tribune une puissance égale, c'est-à-dire qu'ils eussent chacun le même don de parole, et, d'autre part, qu'ils fussent plus accessibles aux raisons de leurs contradicteurs que les deux orateurs que nous venons d'entendre .^ Ceux-ci, à la fin de leur débat, déclarent persister chacun dans son opinion 3. Si tel était fréquemment le résultat des harangues sur l'agora, on ne voit pas en quoi la liberté d'y parler pouvait assurer un bon gouvernement.

Or, le peuple athénien était lui-même très désuni, et avait besoin que les orateurs travaillassent à sa concorde. Euripide divise les citoyens en trois classes: les riches, les pauvres. Entre ces deux camps ennemis, il place ceux qui ont assez de bien pour être amis de Tordre, et qui n'en ont pas trop, pour avoir la tentation de s'en passer ^ C'est la classe moyenne, celle pour laquelle il ne cache pas ses préférences 5.

Il a raison. Si cette classe moyenne qui seule sauve la citée était unique, le gouvernement démocratique serait la perfection même. Mais ceux qui possèdent et ceux qui n'ont rien, comment les accorder entre eux?

Car régalité est pour les hommes un idéal vers lequel les porte la nature : quiconque a moins est en état de guerre contre qui a plus 7.

A son tour, le puissant méprise le faible, et tel est son orgueil que tous ceux qui l'approchent, il les traite comme des esclaves 8.

Comment tempérer cette haine, cet orgueil? Car un État ne peut subsister sans ces deux classes ennemies. Les riches ont besoin des

I. C'est la napprjdta dont les Athéniens sont si fiers (Hippolyte, v ',ai sqq Cf. Téménides, fragm. 787), que l'exilé n'a plus {Phéniciennes, v. Sgo sqq.) et dont pro^ fltent avec surprise ceux qui viennent à Athènes (Héraclides, v. 181 sqq.).

a. Suppliantes, v. 436 sqq.

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