‹ Euripide et ses idées [microform]Chapitre 337 sur 362 · Aenlos, fragm · texte numérisé non relu

Aenlos, fragm

LE GOUVERNEME^iT DÉMOCRATIQUE 38 1

pauvres. Les pauvres ont besoin des riches. Mais si leurs querelles mettent en péril la cité, devrat-elle succomber sans essayer de se défendre? Euripide a un moyen de salut. Et ce qu'il conseille, ce n'est pas d'employer la force. 11 est d'avis simplement que les uns viennent au secours des autres». C'est déjà cette loi d'assistance réciproque où les sociétés modernes cherchent, en tâtonnant, leur équilibre. 11 est très remarquable que l'on trouve déjà une idée de cette loi dans notre poète.

Mais Athènes ne l'appliquait guère a, et, en attendant, elle essayait différents palliatifs assez anodins. On cherchait à se concilier ce peuple que l'on redoutait. Il était bon, disait-on, quand on avait affaire à lui, de ne pas oublier certaines règles de prudence. Elles formaient une sorte de code.

D'abord, il fallait éviter de le rendre trop confiant, comme aussi, en louant les riches, de le trop rabaisser. Exiler ses favoris ou les élever trop haut était une maladresse, car on risquait de leur donner le goût de la tyrannie. On devait s'efforcer de mettre chacun à sa vraie placée.

Avant tout, quand on parlait à la multitude, il fallait se garder de l'orgueil'». Si elle était irritée, on commettait une sottise en lui résistant. Il valait mieux faire la part du feu, ou même attendre que l'incendie s'éteignît de lui-même. Quand le peuple est calme, on obtient de lui tout ce qu'on veut, car il est capable de colère et aussi de pitié : la ressource est précieuse pour qui sait attendre 5.

Enfin, puisqu'il a besoin d'être guidé, il fallait lui inculquer l'amour des lois 6, et s'efforcer de mettre à sa tête de bons chefs 7. C'était facile à dire.

On sent dans Euripide à l'égard de la foule un sentiment complexe, assez malaisé à définir, où il y a presque autant d'affection que de méfiance. Un homme habitué aux heurts incessants de la vie publique

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