Héraclès, v. 5a3sq
l'amour de la cité 3qi
maison paternelle, des autels des dieux, des gymnases où il a grandi, de la fontaine de Dircé, retenir des larmes d'attendrissement. Jamais le retour au pays natal n'a été plus vivement ressenti par un ancien, ni décrit avec une ardeur plus franche. On ne peut, en lisant ces vers, ne pas en apercevoir d'autres, tout modernes, sous le texte grec. Mais, deux ou trois mots du jeune homme sont singuliers et font dresser l'oreille : il affirme qu'un penchant invincible force tous les hommes à aimer leur patrie : « Ceux qui prétendent le contraire, ajoute-t-il, se paient de mots et ne disent pas ce qu'ils pensent i. » Il y avait donc à Athènes, vers la fin du v siècle, des gens pour lesquels le culte de la patrie paraissait déjà discutable?
Sans doute. En cette cité raisonneuse, où les langues ne s'arrêtaient pas, toutes les idées, quelles qu'elles fussent, celle de la patrie comme les autres, ont eu leurs détracteurs et leurs partisans. Et l'on devine sans peine les arguments échangés, quand on connaît ceux que l'on échange aujourd'hui. Les imprudents, les naïfs ont partout pullulé. Pour eux, la raison pure existe seule : aucune question ne peut, ne doit attendre. Sans compter ceux qui trouvent toujours mauvaises les institutions du pays qu'ils habitent. A l'un d'entre eux, Euripide disait : « Si tu n'étais pas un homme de rien, tu éviterais de mépriser ta patrie pour louer celle d'autrui. C'est folie de dédaigner son pays, pour en vanter un autre et adopter ses mœurs». » Le cosmopolitisme commençait donc à apparaître? Chez un être comme Alcibiade, il est aisément concevable.
Mais Euripide ne le goûte pas. Pour lui, Athènes reste seule l'objet aimé. Cette aff'ection est si forte qu'il la suppose dans le cœur de ceux qui ne Pont jamais eue. Les captives de l'Hécube^ ne paraissent pas trop désolées de quitter le sol d'Ilion, pourvu qu'eUes aient le bonheur d'être transportées dans la cité chère à Pallas. Dans les Troyennes 4, leurs préférences sont mieux marquées encore. C'était une flatterie