‹ Euripide et ses idées [microform]Chapitre 41 sur 362 · VJ · texte numérisé non relu

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fallait bien qu'il parlât ainsi, puisque selon une loi constante., quand une femme a eu des faiblesses, le mari est le dernier à les soupçonner. Mais ce langage nous fait sourire. S'il est exact, il contient une part d'ironie comique qui paraît déplacée.

Du moins, notre esprit timoré est tenté de faire quelques réserves. Mais sont-elles justifiées ? Les règles de convenance rigoureuse auxqueUes chez nous le langage dramatique est asservi depuis le xvii' siècle n'ont-elles pas fait naître des préjugés en notre esprit? Euripide ne les connaissait pas. Il se plaît à faire parler ses personnages, même les plus sympathiques, avec une franchise qui nous choque. C'est une -■e ses habitudes et peut-être un parti pris. Ils disent tout ce qu'ils sentent. Us nous ouvrent leur cœur. Nous y voyons ce qu'à leur place nous rougirions de laisser soupçonner. Car certains sentiments ne s'avouent pas : c'est déjà bien assez humiliant de ne pouvoir s'en défendre. Euripide n'a pas nos pudeurs, ou plutôt il éprouve un plaisir où il y a du désenchantement et du dédain à fouiller au fond de nous-mêmes et à étaler devant nos yeux notre bassesse.

C'est ainsi qu'il faut expliquer la scène entre Admète et Pliérès où est peint avec tant de force l'égoïsme pitoyable de l'être humain». On n'écoute pas sans surprise le fils reprocher à son père de n'avoir pas consenti à mourir à sa place, et le père alléguer à son fils que ses exigences étaient vraiment exorbitantes. Notre théâtre classique, où les personnages ont toujours tant de tenue, ne nous a pas habitués à une franchise si débridée. Mais supposez qu'un homme, après avoir mis sa femme en terre, rencontre à son retour celui qui aurait pu lui sauver la vie en mourant pour elle, et qui ne l'a pas voulu, il se dira tout bas ce qu'Admète crie à Phérès. Ce sont des pensées qui montent furieusement à l'esprit dans l'âcreté du désespoir, et on ne peut repousser leur assaut. L'autre, de son côté, surpris de l'incartade, prendrait les airs scandalisés de Phérès et se défendrait comme lui. H répondrait posément que sa vie est bien à lui, qu'elle lui est chère, qu'on n'en a qu'une 3, qu'on s'y attache d'autant plus qu'on a eu lé temps de s'y habituer et qu'après tout c'était au mari, s'il aimait tant sa femme, à se sacrifier pour elle. Ainsi, la parole intérieure de l'homme

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