‹ Euripide et ses idées [microform]Chapitre 47 sur 362 · I. Alceste, v · texte numérisé non relu

I. Alceste, v

a. Voir sur ce point le chapitre V.

LES ANACURONISMES 55

conventions théâtrales de son temps. Avec elles il ne ressuscite pas le passé, mais il l'accommode. Si, dédaigneux de ces conventions, \î substitue tout à coup à la vision traditionnelle que son art lui impose, celle qui lui est propre, son œuvre prendra une saveur particuHère à laquelle nous ne nous attendions pas.

Quelle surprise, en effet, nous cause dans VHéraclès l'étrange débat entre Lycos et Amphitryon sur l'efficacité de l'arc dans les combats ! C'est une arme de lâche, dit l'un; c'est une arme de brave, riposte l'autre I. Chacun soutient sa thèse, sans remarquer notre désarroi. Qu'est-ce qu'Euripide veut dire? Prétend -il que le peltaste est plus utile que l'hopUte? Discute-t-il, comme on le fait tant de nos jours, une question d'armement? Est-ce une aUusion à la bataille de Délium, où les Athéniens, en 42^, furent vaincus parce qu'ils n'avaient pas d'hommes de trait en nombre suffisant^? Nous l'ignorons.

Une chose est sûre. Les diseussions contradictoires plaisaient aux] Athéniens de ce temps-là, et Euripide sur ce point était plus Athénien Lx qu'un autre. Les sophistes l'avaient habitué à ces jeux de parole, qui ne cessaient guère dans les tribunaux, devant les juges. Il était donc piquant de transformer deux héros de la légende en contemporains. Le plaisir de les entendre discuter à la mode du jour légitimait leur métamorphose. Elle était pourtant assez inopportune. Entourée de ses enfants, et réfugiée au pied de l'autel de Zeus, Mégara ne sait quel sort lui sera réservé. Il faut qu'elle attende que la question soit vidée. C'est un moyen commode de lui faire prendre patience et de donner à Héraclès le temps d'arriver des Enfers.

L'anachronisme n'est pas moins visible, mais l'intention en est plus transparente dans la scène connue de VOreste, où, sous prétexte de faire juger le meurtrier de Clytemnestre par le peuple d'Argos, ce qui était déjà contraire à la légende, Euripide nous transporte, en réalité, sur l'agora d'Athènes où nous assistons à une assemblée du peuple3. ^ Il y a de l'humour dans sa description et un peu de satire. On voit la foule arriver, prendre place, l'accusé paraître. Nous entendons les gens causer, se demander les nouveUes de la journée, s'inquiéter de

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