Ion, V. 9()a
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-4 EURIPIDE ET SES lOÉES
n'est pas très sûr que notre jugement soit identique à celui de l'Antiquité : aucun auteur moderne n'écrirait un pareil vers; tous cependant n'ont pas le génie d'un Euripide.
Car les Grecs ont eu beaucoup de goût, surtout au v« et au iv* siècles, pour les pensées subtiles. Trouver dans un sujet les développements ordinaires ne les satisfaisait plus. Ils voulaient autre chose. Ils cherchaient à saisir des nuances, à en créer. Une idée étant formulée, il fallait qu'ils la prissent, la retournassent. Les maîtres ne se contentaient pas de définir un mot : ils discutaient la définition, en examinaient passionnément le détail, en proposaient une autre qu'ils croyaient meilleure. Puis, ils n'avançaient qu'à tout petits pas, sur lesquels ils revenaient complaisamment, comme s'ils eussent été insensibles au plaisir d'aller vite, eux qui avaient à l'esprit des ailes. Platon nous a laissé d'innombrables exemples de ces exercices», auxquels Socrate l'avait habitué.
Euripide ne les dédaignait pas. La subtilité lui est si familière, qu'Hippolyte reproche à son père de s'y fourvoyer a, au moment où il va être accablé par lui sous l'accusation la plus révoltante. N'est-ce pas aussi un aveu remarquable que celui de ce personnage inconnu? « Ne subtilise pas trop, mon esprit. Pourquoi ta pensée raffine-t-elle ? A moins que ce ne soit pour te distinguer entre tes pareils 3. » On croirait entendre Euripide parler de lui-même. Retenons ses derniers mots : en maniant les idées plus dextrement qu'un autre, on acquérait de la réputation chez ses contemporains. Nous le savions déjà, mais il est intéressant de le lui entendre dire. Bien penser, bien parler ne suffisait pas, il fallait rafliner!'*'^^^ ^
C'est pourquoi les plus grands écrivains d'Athènes, Thucydide, Eschyle, Sophocle, pèchent tous par excès d'ingéniosité. Antigone, qui va mourir, reconnaît chez ce dernier, dans un passage connu, que si elle était mère ou épouse, elle ne se sacrifierait ni pour son mari ni pour ses enfants, comme elle le fait pour son frère Polynice : « Un
I. Voir lainusaiitc parodie de Fajçuel, Pour qu'on Use Platon, p. 3 !W|. a. Hippotyle, v. (jjS bti.