Ibid., V. lo sq
C'est ainsi qu'Amphitryon, après avoir raconté le dénuement de Mégara et de ses enfants, remarque, puisque personne n'ose venir à leur secours, que l'adversité est la plus sûre épreuve de l'amitié'. La maxime n'était pas indispensable, mais pour Euripide, qui tout en observant les faits particuliers remonte toujours aux vérités générales où ils aboutissent, elle était presque fatale. Son esprit sentencieux concentre la substance des vers précédents en deux ou trois trimètres qui les résument.
Avant que les choreutes arrivent, le même Amphitryon dira encore : « Les malheurs des hommes finissent par se lasser : le souffle des vents n'a pas toujours la même force. Les contraires naissent les uns des autres. On a raison d'avoir toujours confiance dans l'espoir: Jâche est celui qui se désespère a. » Qui ne voit que ces aphorismes, dont la longueur n'est pas le moindre défaut, servent de conclusion nécessaire au prologue, puisque c'est parce qu'ils espèrent contre l'espérance même que les enfants d'Héraclès reverront leur père? Un moderne sous-entendrait tout cela. Euripide ne croit jamais perdre son temps quand il formule les raisons des événements qu'il expose, si bien que ces sentences, qui nous paraissent aujourd'hui si dénuées d'originalité et de saveur, expriment en réaUté les idées directrices du drame. C'est sur elles que l'édifice tragique repose : elles lui servent de fondement, d'armature.
Car, à cette époque, on s'efforce de remonter aux causes que l'on ne fait encore qu'entrevoir. Est-ce la faute du poète si ces causes sont, en réalité, très simples? Elles sont telles pour nous, parce que depuis des siècles nous sommes habitués à les observer. Au temps d'Euripide, où l'histoire était encore mélangée au flot de la poésie, marquer çà et là les points fixes qui commençaient à émerger, c'était, comme Ulysse, trouver enfin une terre stable au milieu des eaux mouvantes. Même si les faits étaient imaginaires, on prétendait qu'ils fussent démontrés, comme les véritables.
Voilà pourquoi Admète termine les invectives qu*îl adresse à son père, en disant : « C'est bien à tort que les vieiUards souhaitent la mort, quand ils maudissent leurs nombreuses années, leur vie trop