Electre, v. ion sqq
LÉS THÈSES CONTRA UICrOIRÊS gg
insupportables pour la mère et l'épouse. On comprend qu'elle en ait été exaspérée, surtout quand on se rappelle son caractère altier et son invincible besoin de justice et de droitures
Euripide ajoute ensuite: Agamemnon a tué Iphigénie pour ramener Hélène en Grèce. Renversons les choses : Si Ménélas avait été enlevé par les Troyens, Clytemnestre aurait -elle eu le droit, pour le ravoir, de sacrifier Oreste? Notez qu'elle aurait donné la vie de son fils pour son beau- frère, comme Agamemnon donna celle de sa fille pour sa beUe-sœur : des deux côtés, l'échange eût été égal. Et cependant Agamemnon n'aurait pas manqué de mettre à mort Clytemnestre, pour lui faire expier le meurtre d'Oreste. N'est-ce pas ce que Clytemnestre a fait à l'égard d'Agamemnon, pour qu'il expiât la mort d'iphigénie a? Pourquoi Electre lui reproche- 1- elle de l'avoir tué? De quoi s'indigne -t- elle?
Le raisonnement est inattendu, déconcertant, très fort. Electre n'y répond absolument rien : elle ne semble pas l'avoir entendu. EUe ne pouvait le réfuter qu'en alléguant ceci : les femmes n'ont pas les mêmes droits que les hommes. C'était ridée du temps. Elle aurait pu ajouter que le sacrifice d'une fille n'était pas aussi douloureux au cœur d'un père que celui d'un fils, surtout quand ce fils était unique, et qu'il restait encore deux 3 filles au foyer. Mais il eût peut-être été excessif de demander à Electre de développer ces raisons -là, malgré la fureur de sa haine contre sa mère.
Le goût d'Euripide pour les thèses contradictoires est si vif, qu'il le suppose, dans les circonstances les plus invraisemblables, chez ceux de ses personnages où il est le moins admissible. Qu'on se rappelle un épisode des Troyennes, La ville de Priam est emportée d'assaut. Voici Hélène devant Ménélas. Le mari va mettre à mort l'épouse infidèle : du moins, il le dit. Mais avant d'être frappée, Hélène veut défendre sa
1. Iphigénie à Aulis, v. 454 sqq., v. 696 sqq., surtout v. 739 sqq., v. 847 sqq., v. 866, V. SjAsqq., V. 9i3 8q.,v. iu5 sqq. Remarquer le silence menaçant de Clytemnestre après les paroles d'Agamemnon, v. i6ai sqq. D'ailleurs, elle ne croit pas au récit du messager.