‹ Euripide et ses idées [microform]Chapitre 97 sur 362 · Cf. Oreste, v. lab sqq · texte numérisé non relu

Cf. Oreste, v. lab sqq

p. masqlehay.

cette corbeille paraît encore neuve. L'osier dont eUe est faite, n'est même pas flétri'. On croirait qu'elle sort des mains du vannier. Que veut dire le jeune homme .3 Voit-il un miracle, comme il l'affirme, dans l'extraordinaire conservation de l'objet? Sa remarque, au contraire, cache-t-elle une malice? Cela est assez probable. Le caractère complexe du jeune lévite, croyant très déluré, n'y répugne pas. Le ton sur lequel il parle doit aussi nous donner des soupçons. Sans doute, il n'est pas rare qu'un acteur grec s'adresse au public^, mais que signifierait cette interpellation? Elle semblerait un peu forcée. Car Ion prend la corbeille dans ses mains, il la soulève, il la montre à tous. Il faut que chacun voie comme l'osier en est encore vert. Les gens simples durent constater le prodige avec admiration, les autres en sourire.

Dans un second passage de la même pièce, son intention est plus franche, sa malice aussi. Quand Ion, après les explications d'Athèna, reconnaît qu'il peut être le fils d'Apollon et de Creuse, il dit à la déesse: « Fille du puissant Zeus, nous n'accueillerons pas tes paroles avec méfiance. Mon père est donc Loxias, et voici ma mère : je te crois. D'ailleurs, même avant de t'avoir entendue, tout cela ne me paraissait pas incroyables. » Quand on raconte une histoire merveilleuse, c'est une maladresse d'affirmer et de répéter qu*elle n'est pas impossible. En insistant sur sa prétendue vraisemblance, on donne aux gens les plus crédules l'idée de se rebifler. On a trop l'air de les prendre pour des niais. Mais Euripide ne tient pas du tout à ce que son public ajoute foi à ce qu'il lui dit. Le ton tranchant avec lequel il condamne ailleurs 4 l'absurdité de la fable le marque nettement.

En une autre pièce il raconte qu'une statue d'Artémis, au moment où deux criminels sont entrés dans le temple, a remué sur son socle et qu'elle a détourné la tête. Le miracle paraît authentique. Euripide le raconte d'autant plus sérieusement qu'il veut mystifier un roi barbare et superstitieux. Mais pourquoi glisse-t-il dans la trame de son récit un mot, dont les deux magiques syllabes détruisent tout le merveilleux qu'U imagine? Pourquoi fait-il demander àThoas, qui n'a pas tous les jours l'esprit aussi perspicace, si la statue a remué toute seule, ou si

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