‹ Euripide et ses idéesChapitre 100 sur 388 · Fras'm. lU. Diels, fragm · texte numérisé non relu

Fras'm. lU. Diels, fragm

2. Bellérophon, fragm. 292, v. 7. Cf. Iphig. en Taiiride, v. 891.

3. Thyeste, fragm. 226, v. 4- ~ Les deux textes, celui du Bellérophon el celui du Tkyesle, ont été juxtaposés par Nestle, op. cit., p. i2(),

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bloc, mais qui la rejette. Peut-être pouvait-on, entre les deux chemins, s‘en frayer un troisième, n’incliner ni à droite ni à gauche, rester indifférent. C’est le parti que devait adopter la masse des Athéniens, et c’est celui auquel il semble bien qu’Aristophane se soit tenu. Car, s’il n’est pas insensible à la grâce des légendes, son ardeur à injurier Euripide, à cause de ses doutes, n’est pas une preuve de sa propre conviction. Lui aussi critique les dieux à ses heures. Pourquoi veut- il nous persuader qu’il s’indigne de les voir critiquer par d’autres? Au fond, il prêtait une attention trop superficielle aux choses religieuses, pour comprendre la sincérité de ceux ({ui ne pouvaient s’accommoder de leur imperfection.

Sa quiétude ne doit pas nous faire illusion sur la valeur morale des dieux de son pays. En somme, ils étaient plutôt médiocres. L’Olympe est rempli de criailleries, de querelles, de violences, d’incestes. Nous soupçonnons bien aujourd’hui qu’à l’origine, quand l’univers était encore en formation et que ses éléments n’avaient pas trouvé leur équilibre, le souvenir confus de leurs discordes a été le germe des divisions divines. L’homme, perdu au milieu des forces entrechoquées du monde, n’a pu imaginer ces forces que comme des êtres gigantesques, qui se combattaient. Ainsi sont nés les étranges récits d’Hésiode, ses dieux qui se détrônent et se dévorent. Chez lui, le mythe est encore transparent. Les divinités monstrueuses de son poème sortent à peine du chaos. Elles en ont Pimpersonnalité grandiose et glacée. Cependant la conscience a déjà fait briller en elles une timide lueur i, en même temps que dans leur masse informe se dessinent les premiers linéaments du visage humain.

Au V® siècle, les dieux étaient achevés. Les Athéniens concevaient alors nettement le caractère de ces êtres tout-puissants, dont ils dressaient les statues sur leur lumineuse Acropole. L’une et l’autre image, celle de leur esprit, celle qu’ils avaient sous les yeux, se juxtaposaient sans se confondre. Elles n’étaient pas toujours identiques. Car, si les sculpteurs s’efforçaient, comme les poètes et en

I, Rapprocher Decharme, La critique des traditions religieuses chez les Grecs, Paris, Picard, 1904, p. i sqq.

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particulier le religieux Pindarei, de donner à leurs œuvres une immortelle beauté, il se mêlait à l’idée qu’on se faisait de la divinité un alliage impur, qu’elle devait à ses origines. Les traditions cosmogoniques avaient fait naître des idées de luttes, de haines, de mutilations 2. Ces traditions furent oubliées, mais les idées survécurent. On ne savait d’où elles venaient. On ne le chercha même pas. On crut naïvement que les dieux se querellaient, se jalousaient, se faisaient la guerre. Et ces rivalités donnèrent à l’Olympe hellénique une vie que d’autres religions n’ont pas toujours connue.

C’était un mérite sans doute. Pour les poètes il était incomparable. On le sent à chaque page des chants homériques. L’existence des^ Immortels y est aussi passionnée que celle des hommes chétifs qui se battent à leurs pieds. Comme eux, ils sont divisés en deux armées ennemies. C’est tantôt l’une, tantôt l’autre qui l’emporte. La lutte circonscrite autour de Troie en fait naître une seconde plus vaste et presque infinie. Celle que nous contemplons en détail sur la terre n’est rien auprès de celle qu’on nous laisse entrevoir dans le mystère des nuages . Car le peuple grec, dont la turbulence a été le moindre défaut, ne pouvait pas, surtout quand ses forces étaient encore intactes, concevoir les Olympiens dans une quiétude éternelle. Il était agressif, pétulant, querelleur. Il fallait bien que ses dieux lui ressemblassent.

On voit aussitôt les conséquences, bonnes et mauvaises, de cette ressemblance. Quand Ulysse, perdu dans la solitude lumineuse de la mer, se confond presque avec elle, il est utile qu’un regard divin plus aigu que le nôtre distingue son radeau dans l’aveuglante immensité 3. Car la lutte entre l’homme et la nature, entre l’intelligence et la matière, aurait pris fin trop tôt au gré de nos désirs. Il nous faut encore des récits, des aventures, des dangers, des émotions, des

1. Ses dieux ne sont plus homériques. Ils sont moins grossiers, moins naïfs. Sa religion est traditionnelle par son dessin extérieur, mais l’esprit en est transforme. Ceux qui ont quelque notion de l’évolution de la religion grecque, connaissent les pages définitives qu*A. Groiseta écrites sur ce point dans La Poésie de Pindare, 11, i, iv, p. 178 sqq.

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