‹ Euripide et ses idéesChapitre 99 sur 388 · XENOPHANE ET LA MYTHOLOGIE · texte numérisé non relu

XENOPHANE ET LA MYTHOLOGIE

l’esprit humain, dès qu’il s’efforce de connaître Dieu, vacille comme écrasé par un poids trop lourd, il avait la sagesse d’ajouter : ail n’y a jamais eu, il n^y aura jamais aucun homme qui sache clairement la vérité sur les dieux, ni sur ce que je dis de toute chose. Quand bien même son langage serait aussi parfait qu’il est possible, lui- même n’en saurait rien : en tout règne l’apparence i. »

Ainsi, Xénophane, qui se défend de vouloir définir l’inconnaissable, se refuse cependant à accepter la divinité, comme on l’avait conçue avant lui. Les chants homériques où on la surprend dans le laisser-aller un peu libre de son enfance, ne le satisfont plus. 11 n’admet pas qu’elle agisse tantôt bien, tantôt mal. Au nom de la morale, il se révolte contre elle. Car il est remarquable que, chez ce peuple raisonneur, la raison n’ait pas d’abord ébranlé la croyance aux dieux populaires, et que, malgré la nonchalance de ses mœurs, ce soit au contraire la morale qui ait la première protesté contre eux.

Cette protestation a eu un profond retentissement dans la conscience grecque. Euripide a été sans doute le premier tragique qui l’ait reprise. Il lui a même donné la concision d’un arrêt de mort. Il dit quelque part : a Si les dieux font le mal, ils ne sont pas dieux 2. )> Et il a ainsi condamné, sans appel, le paganisme.

En regard de cette tranchante maxime, plaçons -en une autre de Sophocle. Il est, lui aussi, convaincu que l’idée du mal est incompatible avec l’idée divine, mais cette conviction, au lieu de le pousser à nier les dieux de la légende, le conduit au contraire à les réhabiliter, car, dit-il, aucun de leurs exemples n’est mauvais 3. Il part donc du même principe qu’Euripide, mais il aboutit à une conclusion opposée. Car les fautes que les dieux semblent commettre, il les en absout, pour les imputer aux hommes qui les leur attribuent.

Ce rapprochement est significatif. Il nous met devant les yeux, en un raccourci saisissant, les deux faces de la pensée grecque : l’une qui reste fidèle à la tradition, mais qui l’épure; l’autre qui la prend en

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