‹ Euripide et ses idéesChapitre 108 sur 388 · I. Hippolyte, v. 7 sq · texte numérisé non relu

I. Hippolyte, v. 7 sq

nous le dit I, Aphrodite ait raison de punir Hippolyte qui l’a dédaignée et insultée. Pourquoi la mort du jeune homme entraîne-t-elle la mort de Phèdre? Quelle est la nécessité de ce second cadavre? Aphrodite sent l’opportunité de prévenir l’objection. Avant même que le drame soit commencé, elle justifie avec une désinvolture toute divine le cours douloureux qu’il va prendre: a La pitié de l’infortune de Phèdre, dit-elle dans le prologue, ne sera pas assez forte pour me faire renoncer au plaisir de me venger de mes ennemis 2. » Voilà qui est entendu. Elle n’a pas de scrupules. Mais cela ne détruit pas les nôtres.

11 n’y a qu’un coupable et il y a deux victimes. 11 y en a même trois: Hippolyte, Phèdre, Thésée. Si ce dernier survit à sa femme et à son fils, sa navrante douleur aura quelque raison, après de telles catastrophes, de se souvenir longtemps de la cruauté de CyprisS. Et cependant que lui a-t-il fait? On le cherche en vain. Ses aventures amoureuses auraient dû lui rendre plus favorable la déesse de l’amour. Elle tue le fils, parce qu’il n’aime pas, et le père, qui a aimé^, elle le frappe dans son enfant. Gomme Zeus qui lance son tonnerre aussi bien sur les innocents que sur les coupables, Aphrodite, en châtiant ceux qui l’ont offensée, est bien maladroite dans ses coups, puisqu’elle n’épargne pas leurs voisins.

Les malheurs causés par la brouille des deux déesses ne s’arrêtent pas à la mort du fils de Thésée. Artémis le déclare. Elle fera périr de sa main l’un des favoris de sa rivale. Elle percera de ses flèches inévitables Adonis, le mortel qu’aimera un jour Aphrodite^. Où s’arrêtera l’inimitié de ces divinités? Quand cesseront- elles de tuer de beaux éphèbes, pour se venger l’une de l’autre?

Le drame est donc rempli de sang versé, de haine, de douleur. On y voit mourir une femme irresponsable, succomber un innocenj;, se désespérer Thésée. Et la suite des événements que l’on nous fait pressentir est aussi lugubre et aussi noire. Mais l’art du poète est assez fort pour que nous oubliions ces meurtres injustes. Notre esprit, après une lecture du drame, ne voit plus que les corps de Phèdre et de

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