Cf. H. Weil, Préface de la tragédie
EXAMEN DE L ELECTRE l 35
légère. Il y a de la fantaisie dans le jeu de ce virtuose, une fantaisie qui s’amuse et qui s’attarde!.
La vieille idole de Tauride lui a servi de prétexte pour réunir les deux enfants d’Agamemnon. Après l’admirable reconnaissance de la sœur et du frère, la statue toujours sur la scène devient vite encombrante. Mais pour remonter si haut dans les brumes du Nord, ne fallait-il pas aux deux Grecs une raison plausible? L’objet était étrange, suffisamment merveilleux. Quand le poète en a tiré le parti désirable, Iphigénie s’efforce de le faire disparaître. Elle prend dans ses bras cet accessoire de théâtre 2 qu’Oreste et Pylade déposent sans beaucoup de respect dans quelque coin de leur navire 3.
Souvent Euripide conserve intacte la légende, mais, comme il la juge inacceptable, il s’efforce de la rendre odieuse. C’est ce qui donne à son Electre un caractère particulier. Il a écrit sa pièce après les Choéphores d’Eschyle et probablement après V Electre de Sophocle^. L’originalité lui était donc presque interdite. Chose remarquable cependant, son drame ne ressemble pas à celui de ses prédécesseurs. Ce sont les mêmes personnages, et on les reconnaît à peine, tant l’esprit qui les anime est différent. Mais ces modifications lui ont coûté de la peine et on la voit trop.
Oreste, sur l’ordre d’Apollon, doit tuer sa mère, qui avait assassiné Agamemnon. C’est la dure loi du talion, dont les générations anté-
1. Se rappeler la longue stichomythie, vers 492-569, où Iphigénie interroge son frère sans le connaître. Rien n^est plus artificiel ni plus délicat que cet art-là. Comparer Ion, v. 255-369, où la situation est retournée, et dans la même tragédie les vers 517-562. Mais en ce dernier passage, le dialogue où le poète jongle si adroitement avec les trochées, est nuancé de l’ironie comique, qui est un des charmes de VHélène.