Héraclès, v. i3i4 sqq
4. Cf. Suppliantes, v. 197 sqq., où on ne reconnaît plus le même personnage.
5. Héraclès, v. i34o sqq. Euripide raisonne exactement comme Xénophane. Cf. Wilamowitz, Herakles, II, p. 277 sq. — On a dit, d’autre part, que l’expression àotoàiv o'îùi 0'j(7x-f)voi Xoyoi du vers i346 étaitune traduction de cellede Xénophane (fragm. i,v. 22, Hiller) : TxXàafxaTa tcov upoxlpwv. Mais pourquoi oublie-t-on ce que Thésée vient de dire, v. i3i5? Si la pensée du tragique est identique à celle de Xénophane, il no semble pas que l’un pense aux vers de l’autre, en écrivant son drame. — De même, l’expression oeTu.â x’ e^auxeiv xtpolv fait-elle allusion au récit irrévérencieux d’Homère, Odyssée, VIH, v. 2G6 sqq., comme le croit Nestle.^ (Cf. Untersiichungen üb. d. philos. Qaelleii des Euripides, Philologus, Supplementband, VIII, p. 56î.) Cela n’est pas très sûr: Nestlé a le défaut de trop détacher du contexlc les idées qu’il examine. Celle-ci n’est (lu’ime reprise de celle exprimée plus haut par Thésée, v. i3i7 sq. Eschyle rappelait de même les cbaîiies dont /eus avait chargé son père Cronos. Cf. Euménides, V. G4o sqq.
EURIPIDE Eï SES IDEES
tuer ceux dont nous voyons les cadavres étendus à ses pieds ? N’est-ce pas Héra ? Le raisonnement de Thésée n’était donc pas si mal imaginé : si Zeus a enchaîné Gronos, si Gronos a détrôné Ouranos, si les dieux se sont de tout temps querellés et combattus, il est naturel que les hommes, à cause des dieux, tombent de temps en temps dans les erreurs les plus sanglantes. Héraclès ne veut rien entendre. Pour adoucir la douleur de ceux qui souffrent, la mythologie n’est même plus bonne à fournir un argument. Elle devient un assemblage de récits sans conséquence, auxquels on ne peut prêter d’attention sérieuse. Tout au plus servira-t-elle à blesser la conscience des gens croyants. Et c’est Héraclès, personnage de la mythologie, qui l’affirme.
Nous dirions aujourd’hui, placés à une distance suffisante de ses tableaux et de ses images pour les juger avec équité, qu’elle fut une chose séduisante, naïve et incomplète. L’explication de l’univers qu’elle tenta n’était pas sans mérite, puisque, malgré tous les progrès de l’esprit humain, elle nous apparaît encore souriante et belle.
Gette séduction, personne n’y échappe. Elle est dans ses mythes, qui ont le mystère attirant des eaux où se cachaient les Naïades, dans l’harmonie des images, transparentes et claires comme le pays grec, dans la variété des épithètes, aussi ingénieuses que l’esprit de ceux qui les composaient. Une page de Pindare, dont l’éclat, comme celui des vieilles tapisseries, est à peine amorti, éveillera toujours dans l’esprit une impression somptueuse de force et de mesure. On s’enchante à la relire, pour la bien comprendre et la méditer. Les dieux, plus grands que ceux des poèmes homériques, plus humains que ceux d’Hésiode, y ont une âme inaccessible à la douleur, qui affaiblit et qui diminue, à l’orgueil, qui déforme. Ils n’éprouvent pas nos désirs, surtout ceux qui sont teintés de mélancolie. Ils sont eux-mêmes, souverains harmonieux des êtres et des choses. Le dieu des Juifs, Jéhovah, a plus de puissance, mais il nous en accable. Leurs pensées qui sont moins grandes que les siennes, le sont encore assez pour dominer les nôtres. Le voisinage de ces êtres surhumains, dont les attitudes et les paroles semblaient réglées par les lois seules de la beauté, rendait les hommes plus beaux eux-mêmes. Ils recevaient un rayon de leur perfection.