‹ Euripide et ses idéesChapitre 162 sur 388 · Éiectre, v. i2 45 sq · texte numérisé non relu

Éiectre, v. i2 45 sq

l8o EURIPIDE ET SES IDEES

nous nous formons sur elle bien des idées fausses i. Mais comment faut-il l’imaginer? Cela est fort difficile à dire, car si elle nous voit, nous ne l’avons jamais vuea. Euripide, quand il parle d’elle, affirme peu, hésite beaucoup. Ordinairement, son expression est claire comme son génie. Sur ce sujet obscur, il multiplie, au contraire, les formules dubitatives.

On connaît le début de la Mélanippe philosophe : « Zeus, quel que soit Zeus, car je ne le connais que par ce qu’on dit de lui 3... » Le vers, raconte Plutarque fit scandale, et Euripide le remplaça, pour apaiser le public, par cette impertinente contradiction : « Zeus, comme cela est affirmé par la Vérité, engendra Hellen 5. » H cédait donc aux préjugés de ses concitoyens ; mais si ceux-ci, en entendant cette correction, crurent qu’elle était sincère, ils ne péchaient pas par excès de défiance.

Car ces doutes, qui semblent étranges dans le drame, on les trouve un peu partout. Oreste dira que nous sommes les esclaves des dieux, quels que soient ces dieux 6. Ailleurs, des personnages affectent de ne pas savoir où peuvent se trouver ces êtres inconcevables. Sont-ils au cieP? On ne sait. Ont-ils telle qualité? On l’ignore. Sont-ils sagesS? Sont-ils justes 9 ? Il serait bien téméraire de l’affirmer. Une fois même,

Page 1