INFLUENCES ETRANGERES
aux flots marins, pénétrera partout où germe la vie obscure. Elle sèmera l’amour de sa main fécondante et sera la mère de tous les êtres u Sans doute, une force aussi diverse et aussi impérieuse que celle même du désir ne contribuera pas toujours à augmenter l’ordre dans les familles, surtout quand on la décuplera, en essayant d’y résister 2, Mais la nature se soucie-t-elle beaucoup de nos convenances, qu’il nous plaît d’appeler des lois 3?
Ainsi comprise, Cypris sera dépouillée de la ceinture où se cachaient de si douces choses, la tendresse, le désir, les longues causeries d’amour, qui séduisaient l’esprit des plus sages Elle perdra aussi son éclat doré, sa couronne et le sourire dont elle aimait à entr’ouvrir ses lèvres divines, parce qu’elle les savait ainsi plus attirantes 5.
Voici comment, après sa métamorphose, elle nous est décrite par un inconnu : « Ne vois-tu pas quelle puissante déesse est Aphrodite? Tu ne saurais dire ni mesurer sa grandeur, ni l’étendue de son empire. C’est elle qui nous a donné la vie, à toi, à moi, à tous les êtres humains. » Comme dans Euripide une raison est toujours meilleure, si elle est jointe à un raisonnement, il ajoute : a La preuve de cette toutepuissance, — car une affirmation ne suffît pas, et je te donnerai des faits, — c’est que la terre est amoureuse de la pluie, lorsque la sécheresse inféconde de la plaine est altérée d’humidité. Alors l’auguste ciel, chargé d’orage, aime à s’abattre sur le sein de la terre, poussé par Aphrodite. Quand ces deux êtres se sont unis, ils enfantent et nourrissent tout ce qui fait vivre et pousser la race humaine 6. »
Cypris, qui perpétue les générations animées, devient une personnification des lois naturelles 7. Non seulement elle est attentive à inciter les êtres à se reproduire, mais encore elle préside à l’équilibre des éléments. Son action grandit et, comme toujours, sa personnalité
1. Hippolyte, v. 447 sqq. Comparer ce que le poète dit d’Éros, vainqueur des hommes, des femmes, des dieux dans le ciel et sur la mer. Hippolyte qui se voile, fragm. 43i.