HÉLÈNE, OPE DE EEMME SENSUELLE ET PERNICIEUSE
ses pieds la folie enragée des hommes, elle revient à des idées plus saines et se dépouille de son auréole. Ce n’est pas cependant un être conçu dans un esprit opposé à l’Hélène homérique qu’Euripide nous montre. Il lui plaît seulement de faire d’elle une créature ordinaire, une contemporaine. Elle a encore pour Cypris de la tendresse, puisqu’elle est femme I, mais elle impose une mesure aux plaisirs que la déesse lui donne : elle est économe en amour, elle le ménage, elle entend n’en prendre juste que ce qu’il faut, et surtout rester maîtresse d’elle-même : c’est, on peut le dire, la morale des gens mariés qu’elle représente, sa médiocrité bourgeoise, son terre-à-terre 2. Si cette conception paraît un travestissement et presque une profanation, n’oublions pas qu’elle est en harmonie avec les idées générales que le poète concevait des choses. Sur la guerre, sur la noblesse, sur les honneurs, sur tout ce qui brille et fascine les regards de la foule, il ne pense pas autrement.
Après l’exaltation vient la lassitude. Personne n’y échappe. Si la légende primitive d’Hélène reste belle, c’est parce qu’elle divinise la puissance du désir et qu’elle lui soumet tout. Mais, à un âge plus rassis, on s’aperçoit que cette légende est cruelle, et l’on s’en détourne. A une gloire qui coûte si cher, comme presque toutes les gloires, on préfère une obscurité inoffensive. On se dit que la douleur est au moins aussi sacrée que l’amour et qu’il n’est pas nécessaire, pour que deux êtres s’unissent, d’accumuler tant de cadavres. Les victimes n’ont-elles pas, autant que l’idole aux pieds de laquelle elles expirent, le droit de vivre? Ainsi l’Hélène homérique, si l’on regarde les ruines amoncelées autour d’elle, se change en une sorte de monstre. On cherche à la rendre moins horrible, et on fait bon marché de sa grandeur, pourvu qu’elle devienne plus humaine.
Oublions cette conception. Elle n’a été qu’un caprice pour Euripide, et il ne s’y est pas arrêté plus de deux ou trois ans. L’autre Hélène, celle qui n’a de commun avec la première que le nom seul, a eu dans son