J.ES ENFANTS
exhale un amer parfum de désenchantement qui surprend et fait rétléchir. Sophocle n’a pas ces idées sombres. Il nous demande seulement un peu de patience, pour éprouver notre foi. Chez lui, tout finit par s’arranger, et son Œdipe meurt consolé. Dans Euripide, le douloureux vieillard, au milieu des cadavres amoncelés de sa femme et de ses fils, prend le chemin de l’exil, sans rien comprendre à sa destinée. Il a un mouvement de révolte très court. Il ne pleure pas : les larmes sont inutiles i. Impassible, il s’en va. Il semble persuadé que les dieux sont des êtres cruels qui s’amusent à entendre gémir les hommes, et il veut les priver de ce plaisir.
Depuis que les hommes se perpétuent, tout a été dit sur les joies et les peines que les enfants leur causent. Il serait donc excessif de demander rien de bien nouveau à Euripide en un sujet où la banalité est si ordinaire, que c’est déjà être original que de l’éviter. S’il a dit, comme bien d’autres, que la naissance d’un enfant était la plus grande joie de l’homme 2, il a aussi affirmé qu’on devrait regarder sa venue au monde comme une cause de deuil 3. Car si le nouveau-né prolonge la vie de celui qui l’a engendré, comme le père et l’enfant, après une suite plus ou moins longue de jours mélangés de joie et de douleur, sont voués tous deux à disparaître, la mort sera toujours la plus forte et l’humanité aussi misérable.
Avoir des enfants, c’est multiplier ses chances de bonheur; c’est aussi multiplier ses risques de peine. On souhaite leur naissance On dit aussi qu’il vaut mieux ne pas en avoir 5. Car, à côté du tressaillement attendri que chacun ressent à la vue du nouveau-né, Euripide n’a pas oublié les soucis que causent ces êtres faibles et chers, la peine quelquefois inutile qu’on prend à les bien élever, les travaux et les privations auxquels on se soumet pour leur laisser quelque aisance, surtout la douleur aiguë que l’on éprouve s’ils viennent à