Oenomaos, IVagin. .^71 ; l. F. F., 90S
mourir I. Dans toutes ces affirmations, il exprime sa pensée du moment, celle qu’inspire à son cœur la situation particulière de ses personnages. Personne ne peut y contredire. Mais il n’est ni le premier, ni le seul qui ait fait ces réflexions. Elles sont du domaine général de l’humanité.
11 y a donc des sujets où les poètes les mieux doués ne peuvent guère innover que dans l’expression. Ils disent mieux ce que le vulgaire balbutie. Ils prêtent une voix claire à ses affections. Et c’est bien quelque chose. Car si le premier venu aime autant les siens que celui dont la réflexion et la culture ont affiné Pâme 2, l’un aura de la peine à traduire ses sentiments les plus généraux, tandis que, pour les plus déliés, l’autre trouvera des expressions appropriées. Ce ne sont pas toujours les moins simples.
Or, même ici, dans la peinture des affections communes à tous les hommes, Euripide est parfaitement reconnaissable. Il sait s’insinuer dans le cœur, le remuer sans le froisser, noter ses mouvements les plus délicats, ses frissons. L’essence de son génie est une sensibilité alerte et simple. Quelquefois, elle se fait gracieuse, pleine de bonhomie, toute souriante. Quelquefois aussi, experte à observer nos passions et nos fièvres, elle trouve des cris émouvants, imprévus, d’une saisissante vérité.
Quand Médée, folle de jalousie, a résolu, malgré l’amour qu’elle a pour ses enfants, de les tuer, parce qu’elle n’a que ce seul moyen d’atteindre et de percer le cœur de Jason, qui l’abandonne, elle dit un dernier adieu aux tendres victimes. La scène est célèbre et on ne peut se lasser de la citer. D’abord, Médée s’encourage, se raidit pour l’acte féroce. Ses deux fils, à peine sortis de la première enfance, sont debout devant elle, incertains, hésitants, déconcertés par son trouble, son émoi, ses réticences. A la vue de leur faiblesse et de leur grâce, un flot de pleurs noie les yeux de la malheureuse. Elle se précipite vers eux, en criant au milieu de ses sanglots : u Encore un dernier adieu. Donnez à votre mère, donnez vos mains pour qu’elle y dépose ses baisers. Mains chéries! Tête bien-aiméel Doux et noble visage!