‹ Euripide et ses idéesChapitre 25 sur 388 · Vita, p. 3, ligne 2, p. 4, ligne 9 (Schwartz · texte numérisé non relu

Vita, p. 3, ligne 2, p. 4, ligne 9 (Schwartz

4. Tel est le chiffre imprimé par Nauck dans la seconde rédaction de la Vita, d'après le Vaticanus.

5. J'emprunte ces indications au livre de H. Lion, Les tragédies et les théories dramatiques de Voltaire^ p. 417, car pour ma part j'avoue n’avoir pas lu plus de quatre ou cinq do ces drames.

éloignés du nombre de pièces attribuées aux tragiques grecs. Ils en ont fait représenter en moyenne une centaine chacun. Gomment peuton expliquer une pareille production ?

Remarquons d’abord que lorsque nous parlons d’Eschyle, de Sophocle et d’Euripide, abusés par le nombre considérable de siècles qui nous séparent d’eux et aussi par un impérieux besoin de simplification, nous sommes tentés de ne penser qu’à eux, et d’oublier qu’ils furent les contemporains d’une douzaine d’autres poètes, dont les noms seuls, avec quelques débris informes, nous ont été conservés, sans compter ceux dont le nom même a péri. Pourquoi tous ces genslà n’ont-ils pas subsisté? Ils ont été moins grands, dira-t-on. Sans doute, mais ils ont aussi moins écrit. Pour forcer l’attention de la postérité, il faut prendre quelques précautions. Une des plus sûres est de beaucoup produire. Pour durer, il faut être fécond. Car une œuvre d’écrivain subit avec le temps un déchet énorme. Les faiseurs d’extraits se chargent de la réduire. La postérité elle-même y arrive peu à peu par négligence, par paresse, par nécessité aussi, car ne faut-il pas qu’elle s’occupe de ses contemporains et ceux-ci n’ont-ils pas le droit de vivre quelques années i ? Corneille n’est aujourd’hui l’auteur que de quatre ou cinq tragédies. Qui sait de nos jours que Racine en a fait onze ? Avec tout leur génie, si Eschyle, Sophocle et Euripide n’avaient écrit chacun qu’une trentaine de drames, il n’est pas absolument sûr que nous les connaîtrions mieux que Choerilos, Pratinas, Phrynichos, Aristias, Polyphradmon, lophon, Néophron et une foule d’autres. Et ainsi cette production considérable des tragiques anciens, que nous regardons, parce qu’elle est à peu près identique pour ceux que nous connaissons bien, comme un fait ordinaire en ce temps-là, n’a été en réalité qu’une exceptions. Voilà un premier point.

Quant à la fécondité particulière à ces trois poètes, elle s’explique en partie par leur longévité. Eschyle meurt à soixante-neuf ans environ, Sophocle à plus de quatre-vingt-dix, Euripide à soixante-

1. Sur cette nécessité de la mort des livres, cf. P. Stapfer, Des réputations littéraires, p. 223 sqq.

2. Il est vrai que Suidas attribue cent soixante pièces à Choerilos et qu’il en reste à peine quelques syllabes, mais ce chiffre est manifestement trop fort. Il est déjà très réduit pour Pratinas et pour lophon, puisqu’il est fixé à cinquante. Et pour le premier de ces poètes, dans ce nombre étaient compris trente -deux drames satyriques. Néophron avait fait cent vingt tragédies, mais Suidas le confond avec Néarchos, qui vivait au temps d’Alexandre.

SON OEUVRE ET CE QU’lL NOUS EN RESTE 3 T

quinze. Les quatre-vingt-douze pièces qu’on attribue à ce dernier ont donc été composées pendant une période d’environ cinquante années. Cette production n’est pas excessive, surtout si l’on n’oublie pas que pendant toute sa vie Euripide n’a guère fait autre chose que des drames I. Il dut avec l’habitude acquérir une facilité extrême. D’ailleurs il ne recherche en ses vers ni le pittoresque, ni le rare, ni ces effets d’étonnement et de surprise qu’Eschyle, plus voisin des lyriques, connaissait encore, et que des siècles de production littéraire ont de nouveau imposés à nos poètes, qui ne peuvent pas s’exprimer comme tout le monde. Son style est uni, fluide, d’une extraordinaire agilité. Il dut prendre beaucoup de peine pour acquérir une pareille aisance, mais quand il l’eut acquise, il sut en tirer parti. On sent, surtout dans ses derniers drames, qu’il écrivait très vite. Et si le plan est ce que l’on imagine le plus laborieusement dans une pièce, on peut affirmer que les siens ne lui coûtaient pas grand travail, surtout dans l’exposition et le dénouement, qui sont les parties les plus difficiles. Ce sont là autant de raisons qui nous font comprendre comment il a pu laisser une œuvre aussi considérable.

On la simplifia de bonne heure. A l’époque alexandrine, elle n’était déjà plus intacte. Quand on voulut réunir au temps de Callimaque toutes les pièces de son théâtre, on n’en trouva plus que soixante-dixhuit qui toutes n’étaient pas d’une authenticité certaine. Beaucoup plus tard, dans les derniers siècles du Bas-Empire, on ne lisait plus que VHécube, VOreste et les Phéniciennes^. C’était un choix bien restreint, comme on le voit, et assez singulièrement fait. Aujourd’hui, nous possédons encore d’Euripide dix-sept tragédies et un drame satyrique, sans compter le Rhésos. Il avait composé une pièce de ce nom, mais celle qui nous a été conservée et que l’on imprime ordinai-

1. On lui attribuait encore une élégie sur les morts de Sicile, une épigramme en distiques élégiaques et une ode pour fêter la victoire olympique d’Alcibiade, remportée, selon quelques-uns, en 420. L’épigramme nous est conservée entière. De l’élégie il reste un distique, et de l’ode les cinq vers du début. Voir les Lyrici graeci de Bergk. Ces vers — de l’authenticité desquels on est loin d’être sûr — ne contiennent rien qui puisse nous intéresser.

2. Sur toutes ces questions, voir VIntrodactioii de Weil aux Sept tragédies d’Euripide, et surtout dans Vllerakles de Wilamowitz, 1, p. 120 sqq., l’histoire du texte des tragiques.

rement avec ses autres drames n’est certainement pas de lui. Ce doit être l’œuvre d’un écrivain du iv® siècle, contemporain de Démosthène. C’est du moins l’opinion générale aujourd’hui.

Voici les noms des tragédies que nous possédons. Commençons par énumérer celles qui sont datées :

Alceste, 438 ; Médée, 43 1 ; Hippolyte, 428 ; Troyennes, 4i5 ;

Hélène, 4i2 ;

Or este, 4o8 ;

Iphigénie à Aulis, 4o5; Bacchantes, 4o5.

Celles qui suivent sont de date plus ou moins nettement déterminée :

Andromaque, entre 43o et 4201; Héraclides, entre 429 et 4272; Hécube, vers 424^;

Suppliantes, vers 420^ ; Héraclès, entre 428 et 4i65;

Ion, vers 420®;

Électre, en 4i3

Iphigénie en Tauride, entre 4ii et

Phéniciennes, entre 4ii et 409^.

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