‹ Euripide et ses idéesChapitre 26 sur 388 · Scholie du vers · texte numérisé non relu

Scholie du vers

2. Diodore (XII, 45) nous dit qu’en 43# les Spartiates épargnèrent dans leur invasion de l’Attique le terri toire de la Tétrapole, et Eurysthée annonce justement ces faits V. 1029 D’un autre côté, Thucydide nous apprend (II, 67) qu’en 427 toute l’Attique fut ravagée. Une prophétie n’étant véridique que parce qu’elle suit les éA^énements qu’elle annonce, le drame qui la contient doit être placé entre 429 et 427. Tel est le raisonnement très solide de Wilamowitz, Analecta Earipidea, p. i5i sq,

3. Allusion, v. 455 sqq., à la purification de Délos qui eut lieu en 425. Parodie des vers 174 sqq. dans les Nuées, qui sont de 423. Voir VHécube de Weil, p. 226.

4. Allusion surtout dans les vers 1 187 sqq. au traité d’alliance offensive et défensive qu’Alcibiade fit conclure en 420 entre Argos et Athènes. Cf. Thucydide, V, 43 sqq.

5. L’allusion à Délium, v. 169 sqq. paraît probable. D’un autre côté, Euripide se sentait vieillir quand il écrivait les vers 687 sqq. La date de cette pièce est fort indécise. Cf. Wilamowitz, Herakles, I, p. 34 1 sqq.

6. Date très incertaine. Cf. Wilamowitz, Analecta Earipidea, p. i54.

7. Euripide, v. 1278 sqq., annonce au public, pour ne pas le dérouter, comment il

comprend la légende de l’Hélène qu’il mettra sur la scène l’année suivante. Allusion V. 1347 8^^ secours naA^al commandé par Démosthène, que les Athéniens venaient

d’envoyer en Sicile, au printemps de 4i3. Cf. Thucydide, VII, 20. Tels sont les arguments de Weil. Ils sont très plausibles.

8. Il est peu vraisemblable que cette tragédie ait été donnée en même temps que V Électre, l’Hélène ou l’Oreste qui sont de 4i3, 4 12 et 4o8. Il reste donc à la placer entre l’avant-dernier et le dernier de ces drames. La facture des vers, qui est assez négligée, et l’emploi du tétramètre trochaïque ne permettent pas d’en faire remonter plus haut la date. Cf. Wilamowitz, Analecta Earipidea, p. i53, et Weil, Notice sur Iphigénie en Tauride, p. 44o. Selon Oeri (Euripides unter dem Druck des sizilischen und dekeleischen Krieges, Basel, 1905), la pièce doit être placée en 412, parce qu’elle trahit les impressions que la guerre de Décélie dut faire sur l’esprit de son auteur. Son argumentation ne m’a pas convaincu.

9. Il y a peu de chose à tirer de l’Argument de la pièce, publié par Kirchhoff et par SchAvartz dans ses Scholia, sinon que les Phéniciennes furent jouées en même temps

SON OEUVRE ET CE QU’iL NOUS EN RESTE

A cette liste ajoutons le Cyclope, drame satyrique, le seul que rAntiquité nous ait transmis. Nous ignorons quand il fut représenté, puisque aucun témoignage ancien ne nous renseigne sur ce point, et qu’il est impossible, à cause du caractère particulier de la pièce, d’y relever la moindre allusion à des événements contemporains.

Ce n’est pas tout. Le caractère sentencieux qui est propre à Euripide, car il finit presque toujours une tirade par une maxime, prêtait beaucoup aux citations. On en trouve un grand nombre chez les compilateurs, les moralistes, les collectionneurs d’anecdotes. Tantôt ceux-ci indiquent eux-mêmes le nom de la pièce à laquelle ils empruntent les vers qu’ils citent, tantôt ils se contentent du seul nom de Fauteur. Ils nous ont ainsi conservé de nombreux fragments d’une cinquantaine de drames dont ils nous donnent le titre, et un moins grand nombre d’autres de pièces incertaines. On a recueilli tous ces fragments I. Ils dépassent le total de onze cents. Ils sont très précieux à cause même des pensées générales qu’ils contiennent et dans une étude des idées d’Euripide on conçoit aisément quelle importance ils ont.

Au total, l’œuvre de notre poète, quoique très mutilée, puisqu’il nous reste à peine de lui une tragédie sur cinq, nous a été conservée dans un état moins lamentable que celle d’Eschyle et surtout que celle de Sophocle. Car s’il ne subsiste plus de chacun de ces deux écrivains que sept tragédies entières, nous avons encore aujourd’hui, je le répète, dix-huit drames d’Euripide sans les fragments, qui forment plusieurs milliers de vers. De toutes les pièces qu’on lisait à la bibliothèque d’Alexandrie, il n’en est pour ainsi dire aucune dont nous ne possédions quelques débris. Quant à celles qui ne furent pas retrouvées au iiF siècle, quand on voulut les réunir, elles étaient déjà irrémédiablement perdues à cette époque. C’est une vingtaine de drames dont nous n’avons même pas toujours les titres.

que VOenomaos et que le Chrysippe. Nausicratès était peut-être le chorège. Mais d’autre part nous savons que ce drame fut avec VHypsipylé et VAntiope représenté peu de temps avant les Grenouilles. Voir la scholie du v. 53 de cette comédie.

I. Nauck, Tragicorum graecoriini fragmenta, 2' édit., Leipzig-, 1889. C’est toujours à cette édition capitale que je reiiAoie le lecteur, et je désigne par les lettres /. F. F (Incerlarum fabiilarum fragmenta) les fragments des pièces dont les titres sont inconnus.

Il resterait à savoir comment ont été composés dans l’Antiquité les recueils qui nous ont conservé les pièces actuelles. Pourquoi V Andromaque, qui est une tragédie fort attachante, bien que les critiques anciens aient jugé qu’elle était de second ordres, est-elle comprise dans un premier choix de neuf pièces, qui paraît avoir été fort répandu? Pourquoi dans ce choix primitif trouvons-nous le Rhésos, qui justement n’est pas d’Euripide? Pourquoi ne lisons-nous aujourd’hui que dans un seul manuscrit YHéraclès, l'Hélène et VÉlectre, de sorte que la conservation de ces trois pièces, dont les deux dernières surtout sont si originales, ne semble due qu’à un simple hasard? Et l’Antiquité elle-même n’admirait-elle pas plus vivement que d’autres certaines tragédies que nous n’avons plus? Nous-mêmes, d’après ce que nous savons de plusieurs pièces, dont nous connaissons quelques détails, ou dont le sujet nous paraît si surprenant, n’avons-nous pas le droit d’en regretter douloureusement la perte? Où est VÉrechthée, dont le grave Lycurgue fait un si bel éloge 2. Où est Y Antiope et son débat contradictoire, par quelques côtés si modernes, sur les avantages de la vie de réflexion et ceux de la vie active ? Qu’est devenu le Bellérophon et son audacieux athéisme, le premier Hippolyte que l’on voudrait tant comparer avec celui qui nous a été conservé, les Crétois et le monstrueux amour de Pasiphaé, le Chrysippe et la scabreuse passion de Laïos pour le jeune fils de Pélops, la Mélanippe et ses tirades de philosophie cosmogonique, le Protésilaos et la tendre, la romanesque Laodamie, Y Andromède qui charmait les heures trop lentes des traversées^ et qui faisait délirer les villes 5? Ce sont là des pièces auxquelles on pense d’abord. Il y en a une foule d’autres.

1 . Argument àe la pièce, p. 46, ligne 3 (Nauck). C’est ainsi du moins que je comprends l’expression xb Sà ôpajxa x&v beuxépwv, puisque, comme l’explique Weil à la fin de V Argument de VHippolyte porte-couronne, les mots xb bà ôpàaa x&v upbixwv signifient que le drame était de ceux que l’on mettait au premier rang. — A. W. Verrait, Essays on four plays of Euripides, p. 22, propose une autre interprétation qui me paraît inadmissible.

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