‹ Euripide et ses idéesChapitre 50 sur 388 · Phéniciennes, v. i sqq., v. 84 sq · texte numérisé non relu

Phéniciennes, v. i sqq., v. 84 sq

3. Cf. Huit, Là philosophie de la nature chez les Grecs, p. iio sqq. Je dois remarquer que ce qui est dit d’Euripide sur ce point particulier me paraît un peu étroit et incomplet. On trouvera aussi dans la dissertation d’H. Rushton Fairclough, The attitude of the Greek Tragedians toward Nature, Toronto, 1897, des listes de citations assez intéressantes, où manquent trop les idées générales.

LA MÉLANCOLIE ET l'AMOüR DE LA NATURE 6[

originalité. Sans doute, il ne faut rien exagérer. Le sentiment qu’il en a manque de cette plénitude que lui ont donnée quelques modernes. Ceux-ci la prennent comme confidente; ils lui racontent leur souffrance; ils lui parlent comme à une femme; c’est la maîtresse souveraine de leur cœur, à laquelle ils demandent le calme que les passions leur refusent. Ils se perdent dans son sein infini ; ils mendient ses caresses ; ils attendent de sa mansuétude qu’elle sèche les larmes dont leurs yeux sont obscurcis.

Dans l’Antiquité, elle était plus indifférente, ou plutôt, car elle est toujours la même et c’est notre rêve seul qui la transforme, l’homme ne la regardait pas avec les mêmes yeux. Sans être insensible à son charme, il le goûtait moins. Ils sont bien rares les vers des poètes où nous apercevons, vibrant dans la lumière, le pays ensoleillé vers lequel, de nos lourdes brumes, nous avons tant de joie aujourd’hui à lever nos regards I. Dans Sophocle, quelques strophes célèbres 2 contiennent une description de la campagne athénienne. Gomme dans de très vieux tableaux, la vision des choses y est peuplée d’êtres imaginaires qui la déforment. L’artiste nous montre des paysages où galopent des chevaux sur un sol crayeux, des vallées vertes où chantent les rossignols, des lierres sombres, des bois touffus, et la pâleur des oliviers sous un ciel plein de sourires. Plus loin, dans l’herbe humide, fleurissent les grappes du narcisse et le safran doré. Les eaux fécondantes du Géphise serpentent intarissables dans le large sein de la plaine. Mais, dans la première esquisse, Dionysos, le dieu des orgies sacrées, folâtre avec ses nourrices divines, et dans la seconde, Aphrodite, la déesse aux rênes d’or, sourit environnée du chœur des Muses. Ainsi, dans la description du pays même où il était né, Sophocle ne pouvait s’en tenir à la réalité. Les objets familiers qu’il avait tous les jours sous les yeux, il fallait qu’il les ennoblît par des apparitions divines. Les eaux et le ciel, les fleurs et les arbres lui eussent paru moins beaux s’il n’y avait imaginé des dieux. Et même c’est plutôt

1. On s’intéressait beaucoup plus à l’homme. Xénophon, en vrai disciple de Socrate, ne sait pas voir les choses extérieures. Quand il traverse les ruines de Ninive, détruite un siècle et demi avant son passage, il mesure la hauteur, l’épaisseur, la circonférence des murailles. Un instant même il les regarde avec attention. Mais qu’y voit-il? que les pierres en sont polies, et que des coquillages y sont incrustés. Et c’est tout : vision d’enfant, qui s’arrête au détail inutile. {Anab., 111, iv, 10.) Xénophon avait alors près de vingt-cinq ans.

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