I. Hécube, v. 8x4 sqq
C’est pourquoi, entre la vérité et le paradoxe, il y a souvent d’étranges similitudes. En veut-on la preuve? A la guerre, dit Euripide, les vainqueurs sont aussi malheureux que les vaincus. Cela est-il juste? Au temps des guerres médiques, tous les Athéniens auraient pensé le contraire. Mais en 4i5, deux ans avant le désastre de Sicile, quand Athènes victorieuse n’avait plus à jouir de la supériorité de sa force que pendant un temps si court, ce paradoxe n’était-il pas tout près de devenir une vérité? Pour les compatriotes du poète, ruinés par la guerre qui durait depuis tant d’années, n’était-ce pas déjà un axiome? Et, de nos jours, la question est-elle enfin tranchée? Assurément non, puisque l’Europe vit dans la paix.
Quand l’auteur des Troyennes fait dire à Cassandre, dans rinstant même où s’écroule la ville de Priam : « Je veux prouver que le sort de Troie est plus enviable que celui des Achéensi,)) ce qui teinte sa thèse de sophistique, c’est moins l’idée qu’elle exprime que le moment où elle la développe. Car la silhouette de Cassandre, lorsqu’elle prononçait ces paroles, se découpait sur le rougeoiement de la ville embrasée. Mais pour un homme habitué à jouer avec les idées, la vraie occasion de soutenir une cause est précisément celle où elle semble insoutenable.
Suivons Euripide. Laissons-nous guider par la main et n’ayons soin que de noter la route qu’il suivra. Comment la fille d’Hécube va-t-elle rendre acceptable sa proposition ?
Elle commence par l’énoncer avec beaucoup de franchise. Plus le sujet est contraire aux opinions reçues, plus il importe de le bien formuler. Cela donne un air de bravade, qui force Tattention en l’irritant. Le thème est posé 2. Réprimons notre surprise. Écoutons les arguments. Avec Euripide, on peut être tranquille : ils vont venir en foule.
Donc, dans l’expédition troyenne, les Grecs furent plus à plaindre que leurs ennemis, car pour reprendre une femme, et quelle femme! ils ont péri par milliers ; — leur chef a sacrifié Iphigénie ; — en succombant en Asie, ils ne défendaient pas les murs de leur cité; ils