Hécube, v
4. Lycurgue, Contre Léocrate, § 98 sq. Comparer Plutarque. De exilio, c. i3, p. 6o4 D, qui ne cite que les vers 7-10; il les fait suivre de cinq trimètres, sur la beauté du ciel et sur les productions de la Grèce, qui forment aujourd’hui dans Nauck le fragment 981.
LE PATHÉTIQUE. SES DIFFERENTES SORTES lo3
vie unique pour sauver celle de tous les Athéniens, « car, si l’on sait compter et faire la différence du plus ou du moins, la ruine d’une maison n’est pas un aussi grand malheur que la ruine de toute une citéi. )) Évidemment, Praxithéa a raison, toujours raison. Mais de qui parle-t-elle? S’agit-il pour elle du sacrifice de quelque inconnu? Sans doute, à la fin de sa longue tirade, elle se rappelle qu’elle est mère, et elle a un beau cri qui le fait sentir. Mais elle l’a longtemps oublié si complètement, qu’elle ne prononce pas une seule fois le nom de sa fille, et que celle-ci meurt sans que nous sachions comment elle s’appelle. S’il plaît à Euripide de décomposer, pour ainsi dire, l’âme de ses personnages, et d’exprimer d’eux tantôt des raisonnements, tantôt de vraies plaintes douloureuses et tendres, on doit lui rappeler que l’être humain ne se laisse pas ainsi désarticuler, tant qu’il vit, et qu’une mère est toujours mère. Lycurgue a sans doute raison de louer ce fragment de VÈrechthée, parce que le ton sentencieux de ces vers s’harmonise bien avec celui de son discoursa. Cependant une femme peut-elle parler avec la gravité d’un orateur, surtout quand elle décide de la mort ou de la vie d’un être qu’elle a enfanté?
Mais Euripide ne raisonnait pas toujours. Il négligeait quelquefois la réalité et se vengeait d’elle, en s’abandonnant sans réserve à son penchant vers les affections douces. Il imaginait des êtres pleins de cette pure tendresse dont il était lui -même épris. Il créait le pathétique romanesque, celui qui donne à V Alceste une conclusion si belle et si peu vraisemblable 3. Toutes les lois qui animent le théâtre de sa vie chétive et conventionnelle étaient en effet violées : on était transporté au pays de la fantaisie, où l’on oubliait ce qui se passe chez les hommes.
Rappelons en quelques mots cette scène délicieuse. Héraclès, après avoir mangé, bu, mugi des chansons bruyantes dans la maison où Alceste vient de mourir, apprend d’un serviteur que sa joie grossière