B. BERLIN INDUSTRIEL
Usine de 1' « Algenieine ElektricitiitgescUschaft », clans le quartier de Cresundbrunnen.
G. U., t. IV, Pl. LXIV.
PORTS KT GRANDKS VILLES IJK LA PLAINE DU NORD
La fonction commerciale. — Elle est essentielle dans un grand centre urbain qui doit s'approvisionner ; elle appelle l'industrie et, à son tour, elle s'exalte avec les progrès de la production, qui dépasse les besoins locaux. Si le nombre des bras requis est moins grand, l'importance des capitaux engages est à peu près égale (3 milliards et demi en 1925). Les banques seules sont au nombre de 4 000, avec 52 000 employés. Berlin tend à devenir le plus grand marché d'argent de l'Empire, fait nouveau et qui indique une centralisation économique plus étroite, en rapport avec la centralisation politique. La crise d'après-guerre y a contribué ; à Hambourg, sur la Ruhr, on a demandé à Berlin des crédits ou des remises d'impôts ; la Deutsche Bank, qui a réussi à arrêter l'inflation et à créer de toutes pièces une monnaie saine, apparaît comme maîtresse de toute l'économie nationale.
Le commerce proprement dit a une tâche considérable, ne fût-ce que de répartir les aliments ou les vêtements nécessaires à 4 millions d'hommes. Mais il doit aussi recevoir les matières premières de l'industrie, vendre et évacuer la plus grande partie de ses produits destinés à l'exportation. Malgré la tendance à la concentration, le commerce de détail continue à jouer son rôle dans toutes les grandes agglomérations. On lui attribue près de la moitié des 400 000 employés que compte Berlin. Sa fonction principale est alimentaire. 11 intervient sans doute aussi dans la vente des vêtements à la population ouvrière, surtout dans les grands magasins, qui occupent 16 000 vendeurs. Mais c'est des grossistes que dépendent pour la majeure partie les 200 000 ouvrières ou ouvriers qui taillent, cousent et brodent ; 30 000 employés reçoivent et débitent ce que travaillent leurs doigts habiles. Au gros commerce se rattachent aussi la vente des objets métalliques et celle des combustibles. Mais la fonction commerciale est difTicilement séparable ici de la fonction industrielle. La Siemensstadt est un marché en même temps qu'une usine.
Le transport des biens, des hommes et même de leur pensée est une condition essentielle de la vie d'une agglomération de 4 millions d'âmes, mesurant plus de 20 kilomètres de longueur. 123 000 personnes y sont employées, d'après le recensement de 1925, parmi lesquelles 51 000 dans les postes, chiffre impressionnant qui donne une idée de l'importance de l'intelligence dans l'activité de la cité. Les chemins de fer comptent 38 000 employés, le reste revient aux tramways et omnibus. L'intensité de la circulation des véhicules ne le cède en rien à celle de Londres ou de Paris, et l'engorgement des carrefours principaux est vainement combattu par la signalisation lumineuse, arrêtant et lançant alternativement le courant dans chaque direction. Pourtant la richesse des moyens de transport en commun est remarquable : les huit gares établies sur le tracé de l'enceinte du xviii^ siècle ont vu passer, en 1925, 280 millions de voyageurs ; le Métropolitain, long de 58 kilomètres, en a transporté 150 millions en 1927, les tramways, 642 millions dans la même année, et les autobus, 129 millions.
Le problème de l'arrivée et de l'évacuation des marchandises est susceptible d'être résolu plus facilement par l'aménagement des gares et des voies d'eau, et Berlin a tiré parti pour cela d'une situation favorable. Les facilités d'accès à la fois vers l'Oder et vers l'Elbe ont été depuis longtemps exploitées ; c'est aux canaux et aux gares d'eau que Berlin a demandé, avant les chemins de fer, tout son approvisionnement. Actuellement encore, malgré l'éventail de
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L'ALLEMAGNE
rails qui rayonne tout autour de la capitale, relié par la Ringbahn, malgré les lignes spécialisées dans le trafic des marchandises, les vastes faisceaux de voies de triage et les grands docks au-dessus desquels le métropolitain circule pendant des kilomètres, les voies d'eau n'ont fait que gagner en importance.
Ce sont elles surtout qui apportent le charbon, le pétrole, les grains, les pommes de terre et une bonne partie des métaux bruts. Le canal Oder-Sprée, vers Francfort-sur-I'Oder, établit la liaison avec la Haute-Silésie ; le canal de Stettin donne une seconde jonction avec l'Oder ; le canal de la Havel bifurque après Brandebourg vers la haute Elbe ; le canal de Potsdam, au Sud de Berlin, celui de Spandau, au Nord, s'ajoutant aux bras de la Sprée canalisée, qui s'insinuent au milieu de l'agglomération la plus dense, forment un système de circulation d'une rare souplesse, dont le prix augmente par l'aménagement des gares d'eau, modernisées dans les dernières années, avec leurs bassins bien disposés, leurs vastes silos, leurs dépôts de benzine (voir fig. 86, p. 355 ; pl. LXIV, A). En 1925, 66 000 bateaux ont fréquenté les ports de Berlin, y débarquant 5 767 000 tonnes et embarquant un peu plus d'un million, trafic encore inférieur à celui de 1910, dont le total atteignait presque 8 millions de tonnes, mais qui remonte d'année en année. Berlin redeviendra certainement le premier port d'eau douce de l'Allemagne après Ruhrort. Il est incontestablement la plus grosse gare : le total du trafic par voie ferrée s'est élevé, en 1924, à 16 millions de tonnes, dont 12 millions à l'arrivage.
Aux rails comme à la voie d'eau, l'énorme agglomération demande surtout l'alimentation de sa population laborieuse et de ses industries. Elle puise à toutes les réserves de l'Empire, qui n'arrivent pas à satisfaire tous ses besoins. La Poméranie, le Mecklembourg et la Prusse Orientale même lui envoient leur seigle, leurs pommes de terre ; la Basse-Silésie, la Saxe et le Hanovre méridional, leurs blés et leurs légumes ; la Rhénanie, ses vins et ses fruits. De presque partout, et surtout de la plaine du Nord-Ouest, arrive le bétail en quantité considérable : 225 000 têtes de bêtes à cornes, 246 000 veaux, plus d'un million de porcs et 700 000 moutons en 1925. Les filés et les tissus nécessaires à l'industrie du vêtement sont fournis par la Saxe et la Westphalie, les fers bruts, à peu près exclusivement par la Ruhr. Le charbon, élément indispensable de l'industrie, besoin vital d'une grande ville aux hivers rigoureux, venait, avant 1914, surtout d'Angleterre. De Hambourg, où il primait la houille rhénane, il remontait facilement l'Elbe et la Havel. Près de 2 millions de tonnes ont été reçues ainsi en 1913, tandis que la Silésie fournissait un million et demi, la Westphalie, pas même un demi-million. Le charbon anglais reprend difficilement sa place depuis la guerre : en 1922, Berlin n'en a consommé que 300 000 tonnes ; la Silésie livre plus de deux millions de tonnes ; la Ruhr elle-même a réussi à fournir 1 300 000 tonnes, et la rupture des relations avec la Pologne, qui détient la plus grande partie du bassin silésien, fait monter sa part. Mais c'est surtout au nouveau combustible économique, le lignite, que Berlin fait appel. Il en a absorbé déjà, en 1922, près de 3 millions de tonnes, et la progression continue.
Si le territoire national paraît capable de satisfaire à peu près aux énormes besoins en combustible de la capitale, c'est toujours de l'étranger que viennent la plupart des grains et tout le pétrole, dont Hambourg est la porte d'entrée. Entre le grand port et Berlin, les liens se font chaque jour plus étroits. C'est par Hambourg que la colossale agglomération, née au milieu des forêts et des
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marécages de la Sprée, respire l'air du vaste monde et reçoit une bonne partie des nécessités de son existence. C'est par lui qu'elle exporte au delà des mers les produits les plus délicats de son industrie mécanique, machines et appareils électriques surtout.
Berlin et la centralisation. — Capitale d'un grand Empire emporté par l'essor d'une prospérité économique sans précédent, Berlin a grandi et est devenu une véritable cité mondiale. La constitution fédérale, les vieilles habitudes de régionalisme, l'existence de nombreux centres locaux célèbres et spécialisés n'ont pas empêché la tendance à la centralisation de se faire de plus en plus forte ; et la secousse formidable de la guerre, suivie d'une crise économique désastreuse, en a décidé, semble-t-il, le triomphe. Déjà, depuis le début du xx^ siècle, les Allemands du Sud eux-mêmes avaient pris l'habitude de considérer Berlin comme un second Munich. Ses musées, ses théâtres, ses revues en faisaient une ville d'art et d'initiatives intellectuelles. Les grandes maisons d'édition et de commission en librairie de Leipzig tenaient à avoir une succursale dans la capitale ; les grands syndicats de la Ruhr y prenaient contact entre eux, avec les industriels de Saxe et de Silésie et avec les armateurs de Hambourg; les banques de Berlin, associées aux banques locales jadis toutes-puissantes, tendaient de plus en plus à tout contrôler. Quatre ans de vie sous une dure dictature qui abolissait toutes les libertés locales, plusieurs années ensuite d'une crise qui a accumulé les ruines et mis aux abois les plus puissantes organisations économiques ont donné l'habitude de regarder vers la capitale, d'où venaient les ordres et qui soutenait les énergies défaillantes. Leipzig n'est plus seule bourse des livres, les plus grands Konzern se sont noués au bord de la Sprée ; la Deutsche Bank paraît maîtresse de tout le marché de l'argent.
L'Allemagne n'a presque plus rien à envier aux États les plus centralisés pour la prééminence de la capitale dans la vie économique, politique et intellectuelle. Ville mondiale, Berlin devient, comme ses émules, un foyer attirant et consommant les énergies. Si sa population continue à s'accroître, c'est uniquement par immigration. Les conditions de vie ont pu s'y améliorer ; à côté des grandes casernes sales où vivent des centaines de ménages dans les quartiers de Schoneberg, de Moabit ou de Gesundbrunnen, des colonies ouvrières ont pu naître çà et là, des villes entières de maisons à jardinets pousser et bourgeonner au Sud et à l'Ouest; les potagers où l'ouvrier se rend le dimanche avec sa famille s'étalent à la place des champs sur le plateau, à l'Est et au Nord surtout ; la grande forêt coupée de prairies humides et de nappes lacustres, s'étendant de Spandau à Potsdam, est un véritable parc national, ouvert aux ébats de centaines de milliers de citadins. La discipline facilite l'hygiène et réduit la mortalité infantile. Mais la natalité baisse encore plus vite. Déjà réduit à 6 pour 1 000 en 1913, l'excédent apparaît en 1925 de 0,3 seulement ; en 1929, il y a un déficit de 2,5 p. 1 000.
C'est bien ici un de ces foyers où les humains accourent comme les papillons à la flamme. Pour alimenter la vie politique, intellectuelle, industrielle, commerciale, dont la fièvre monte avec la centralisation croissante, ce n'est pas assez des vivres fournis par tout le territoire national et par les pays d'au delà des mers, pas assez des millions de tonnes de charbon, des fers bruts, des tissus
qui viennent de la Ruhr, de la Silésie et de la Saxe : il faut les énergies humaines qui s'y consument. Aucune des grandes villes, si nombreuses et si vivantes, de l'Allemagne ne joue aussi bien ce rôle éclatant et dangereux, spécialité des capitales qui sont devenues vraiment des villes mondiales.
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