‹ Europe centraleChapitre 104 sur 129 · L'AGRICULTURE ALLEMANDE · texte numérisé non relu

L'AGRICULTURE ALLEMANDE

La description des différentes régions de l'Allemagne nous a montré, avec leurs aspects variés, leur activité économique. Nous devons essayer maintenant de reconnaître comment les impulsions diverses et plus ou moins énergiques, parties de tous les coins d'un vaste territoire, se combinent pour orienter la vie nationale et les relations internationales. C'est de plus en plus comme un État industriel que l'Allemagne se présente sur les marchés du monde. Déjà le mouvement se dessinait au moment oîi l'Empire a été constitué. Il s'est accentué au cours des dernières années du xix® siècle et accéléré constamment depuis. En 1882, population agricole et population industrielle étaient à peu près à égalité. Dès 1900, les agriculteurs ne représentaient plus que 36 p. 100 ; la proportion est tombée, dans la suite, au-dessous de 30.

On aurait tort cependant de considérer l'agriculture allemande comme négligeable. Nous avons vu des exemples nombreux de l'impulsion provoquée par les demandes des grandes villes et de l'orientation nouvelle donnée à l'exploitation du sol : développement de l'élevage dans la plaine du bas Rhin et le Westerwald, extension des vergers et potagers autour des usines de la Ruhr, dans la zone subhercynienne du Hanovre, etc. Les engrais chimiques, les machines agricoles perfectionnées permettent des façons culturales supérieures et des rendements inconnus autrefois. En 1925, les cultivateurs allemands ont acheté 1 384 000 tonnes d'engrais azotés, 2 687 000 tonnes de phosphate, 2 600 000 tonnes de potasse, soit au total 200 kilogrammes d'engrais chimiques par hectare. Ils emploient une variété extraordinaire de machines, depuis les charrues à vapeur jusqu'aux semeuses, aux planteuses et arracheuses depommes de terre, aux épandeuses d'engrais, aux centrifugeuses de lait, mues à l'électricité. On s'explique ainsi que la désertion des campagnes n'ait guère diminué l'étendue des terres mises en valeur et que la masse des produits agricoles se soit plutôt accrue dans les trente dernières années, le gain atteignant un dixième pour les céréales et un quart pour le cheptel.

Conditions de la propriété. — Les progrès ont été en rapport avec certains changements dans le régime de la propriété. En 1871, l'Allemagne

l'allemagne.

était dans l'ensemble un pays de grands domaines. La plus grande partie de la plaine du Nord, surtout ses provinces orientales (Prusse, Poméranie, Silésie), en était restée à un stade presque féodal. En 1895 encore, on comptait 600 domaines d'une contenance supérieure à 1 000 hectares et 13 800 domaines de plus de 200 hectares, couvrant le cinquième de la surface agricole, la plupart situés dans le Nord-Est.

Le grand essor de l'industrie et des villes a entraîné le développement d'une classe moyenne, capable de s'intéresser au sol, et la grande propriété noble elle-même a été morcelée. Si la population agricole a diminué d'un cinquième, le nombre des domaines a légèrement augmenté, et il ne s'agit pas en général de parcellement par héritages, car le droit d'aînesse continue à régler les successions dans la plupart des régions. Déjà . en 1907 la diminution des propriétés de plus de 1 000 hectares atteignait 38 p. 100, celle des domaines de 200 hectares, 8 à 9 p. 100. Le morcellement s'étendait même aux propriétés moyennes (20 à 100 ha.) qui diminuaient de 10 p. 100, tandis que la propriété minuscule (moins de 50 ares) augmentait d'un cinquième. La plupart de ces petits domaines étaient acquis par des bourgeois oïl ouvriers des villes. L'évolution a continué, et le recensement de 1925 constate une augmentation de 10 p. 100 du nombre des propriétés de 5 hectares, qui se trouvent occuper 7,6 p. 100 de la surface agricole, une augmentation de 5 p. 100 des domaines de 5 à 20 hectares, et une diminution de 4,6 p. 100 des grands domaines (plus de 200 ha.).

Le faire-valoir direct a gagné, surtout depuis la Grande guerre, et est appliqué maintenant à 90 p. 100 des domaines, la proportion s'élevant à 93 p. 100 pour les propriétés moyennes (20 à 50 ha.). La natalité, encore très forte dans les campagnes, donne les bras nécessaires à l'exploitation familiale, et le machinisme fait le reste. On remarque que c'est sur les propriétés moyennes qu'on emploie le plus de moteurs électriques. Les grands domaines ont contribué sans doute aux améliorations agricoles en servant parfois de champ d'expérience à des propriétaires intelligents ; mais, en moyenne, ils sont loin d'être les mieux cultivés.

C'est toujours dans le Nord-Est qu'ils prédominent, quoique déjà assez menacés. Les plus grandes étendues de domaines de plus de 100 ha. ne sont plus en Prusse Orientale (51 p. 100), mais en Poméranie (district de Stralsund, 70 p. 100) et en Mecklembourg (58 p. 100). L'Ouest de la plaine du Nord, la Saxe et les pays rhénans en général accentuent leur évolution vers le morcellement. Les domaines de plus de 100 hectares y occupent rarement plus de 1 à 2 p. 100. Dans les régions de vie industrielle dispersée, la propriété minuscule prédomine (plus de 60 p. 100 de la surface dans les cercles du Schwarzwald et du Neckar en Wurtemberg, 83 p. 100 dans celui de Karlsruhe en Bade) ; tandis que la propriété moyenne (5 à 20 ha.) tient la première place dans les vieux pays ruraux, comme le bassin de Munster et la Franconie (fig. 75).

Nous avons remarqué plus d'une fois, au cours des descriptions régionales, l'influence des conditions de propriété sur la densité de la population et la nature des produits agricoles. Dans le Nord-Est, les pays de grands domaines se dépeuplent, les céréales, et particulièrement le seigle, continuent à y être la principale culture. Les pays de petites propriétés de la Rhénanie, aussi bien que la zone du lœss subhercynien, ont, en dehors même des régions industrielles.

LES CONDITIONS GÉNÉRALES DE LA VIE ÉCONOMIQUE

des densités plus fortes et plus stables, une économie plus variée, pratiquant jusqu'aux cultures maraîchères et industrielles, légumes et fruits, betterave, lin, tabac. Ces contrastes ne sont pas spéciaux à l'Allemagne, mais ils y prennent une importance et une ampleur particulièrement significatives.

Les céréales. — Dans l'ensemble des cultures, les céréales tiennent encore une bonne place :

12 000 hectares en 1925 (fig. 76).

Le seigle, céréale du Nord, qui s'accommode des terres froides, occupe plus du tiers de cette surface. La proportion s'élève à 50 p. 100 dans la grande plaine du Nord, jusqu'à 70 p. 100 au Nord-Ouest sur les sols de Geest.

L'Allemagne est la plus grande productrice de seigle ; elle a pu tirer de son sol un tiers de la récolte mondiale et se trouver en état d'exporter. La moyenne de la récolte était de 94 millions de quintaux de 1911 à 1913; elle a été d'un tiers plus faible, il est vrai, de 1920 à 1925 (61 millons), et n'est remontée qu'à 68 millions en 1927,

Après le seigle vient l'avoine, dont la culture s'est étendue avec l'élevage. La baisse de production d'après-guerre s'y montre moins faible, de 76 à 63 millions de quintaux.

Le blé, trop exigeant en chaleur, n'a jamais jouéungrand rôle. Sa récolte a baissé de 33 à 23 millions de quintaux, remontant exceptionnellement à 32 en 1927. Il est toujours cantonné étroitement sur les meilleurs sols de la plaine du Nord, particulièrement dans la zone

Fig. 75. — Conditions de la propriété en Allemagne, en 1925.

A. Petite propriété : domaines d'une étendue inférieure à 5 hectares.— B. Moyenne propriété paysanne : domaines de 5 à 20 hectares.— C. Grande propriété : domaines de plus de 100 hectares. — Proportion de l'diendue des domaines considérés par rapport à l'ensemble de la superficie des propriétés : 1, Au-dessous de 5 p. 100 ; 2, De 5 à 10 p. 100 ; 3, De 10 à 25 p. 100 ; 4, De 25 à 50 p. 100 ; 5, Au-dessus de 50 p. 100. (D'après Wirlschaft und Statislik, 1927.)

l'Allemagne.

subhercynienne du lœss, dans la plaine du haut Rhin ; sur les terrasses limoneuses du Bassin de Souabe, il est remplacé par l'épeautre (fig. 76).

L'orge a à peu près les mêmes exigences et la même localisation. Sa production relativement importante (20 millions de quintaux, moyenne 1920-1925) s'explique surtout par les exigences de la brasserie et s'est particulièrement développée en Bavière.

Dans l'ensemble, l'après-guerre a amené en Allemagne, comme presque partout, une diminution des cultures de céréales. Le total moyen de leur production pour 1920-1925 ne représente que 90 millions de quintaux pour les

céréales panifiables, contre 137 dans la période 1911-1913. C'est le résultat sans doute d'une légère diminution des emblavures, mais surtout d'un affaissement des rendements, dû en partie à des façons culturales moins soignées pendant et immédiatement après la guerre.

Les rendements moyens comparés des périodes de 1911-1913 et de 1920-1925 sont en effet de 18,7 et 14,5 pour le seigle, de 19,8 et 15,7 pour l'avoine.

Aussi peut-on espérer un relèvement de la production.

La pomme de terre a pris depuis longtemps déjà une place extraordinaire dans l'économie agricole allemande. Elle est la base de l'alimentation de la population, beaucoup plus que le pain de seigle, surtout dans les pays du Nord et du Nord-Ouest (fig. 77). Elle engraisse les porcs, dont le nombre augmente constamment. Partout, mais surtout dans le Nord-Est, elle va aux distilleries pour produire des alcools à bon marché. Aussi a-t-on vu la production atteindre 440 millions de quintaux en 1913 ; elle est remontée à 417 millions en 1925, année exceptionnelle d'après-guerre, car 1926 n'en a donné que 300 millions, et 1927, 375. La moyenne 1920-1925 est cependant plus rapprochée de celle de 1911-1913 que pour les céréales : 342 contre 379 millions de quintaux. Il est plus difficile d'évaluer la production des légumes, qui a certainement augmenté avec la multiplication des potagers autour des villes et des centres industriels.

Vergers et vignobles. — L'étendue des vergers ne semble pas avoir subi la même progression, et, 'si le citadin consomme de plus en plus de fruits, c'est à l'importation qu'il les demande. Les pays rhénans et surtout le Sud de l'Allemagne ont les arbres fruitiers les plus nombreux, qui entourent souvent les villages d'une ceinture fleurie au printemps. On comptait, vers 1900, 52 000 hectares plantés en pommiers, 70 000 en pruniers, au total 170 000 hectares de vergers.

Fig. 76. — ■ La culture du seigle et du blé en Allemagne.

1, Régions où le seigle occupe 40 p. 100 de la surface consacrée aux céréales ; 2, Régions où il occupe 50 p. 100 de cette surface. — 3 et 4, Régions où le blé occupe 20 p. 100 de la surface consacrée aux céréales ; 4, Domaine de l'épeautre, qui couvre 10 p. 100 de la surface cultivée en céréales.

LES CONDITIONS GÉNÉRALES DE LA VIE ÉCONOMIQUE

Plus étroite encore est la localisation du vignoble, à peu près inconnu en dehors des pays rhénans (fig. 80). II lui faut des sols pierreux, surtout calcaires, des pentes ensoleillées. Nous avons décrit les terrasses soutenues de murettes où il s'accroche aux flancs de la vallée encaissée du Rhin, le glorieux Rheingau étalé sur les pentes plus douces du Tertiaire recouvert d'éboulis de schistes au pied du Taunus, les Moselberge où les files de ceps grimpent sur les amphithéâtres abrupts des méandres, et les coteaux de la Hardt, prolongés jusqu'à Mayence par les bords du plateau calcaire de la Hesse rhénane longé par le Rhin (voir chap. XI et XII). La Bergstrasse de l'Odenwald est devenue une coulée continue de vergers ; sur les flancs du bas Neckar et sur le Main moyen, les arbres fruitiers se mêlent aussi à la vigne ; mais le Kaiserstuhl reste fidèle au vignoble qui garnit sur plus de 150 mètres de haut ses versants aménagés en terrasses.

Les grosses quantités sont fournies par la côte du Palatinat et son prolongement en Hesse rhénane (près de la moitié du total), mais c'est le Rheingau qui a les crus les plus réputés. Le vigneron allemand a conscience de produire une denrée de luxe, réservée aux dimanches du citadin ; c'est ce qui lui permet de supporter les risques d'une culture qui, malgré les soins les

plus minutieux, ne donne pas une bonne récolte sur deux. La diminution des étendues consacrées à la culture de la vigne paraît arrêtée ; en 1925, les ceps couvrent encore en Allemagne une superficie de 73 000 hectares.

Fig. 77. — La culture de la pomme de terre et du sarrasin en Allemagne.

1, Régions où la pomme de terre occupe 20 p. 100 de la surface consacrée aux céréales ; 2, Région où elle occupe 40 p. 100 de cette surface. — 3, Région où le sarrasin occupe 10 p. 100 de la surface consacrée aux céréales.

L'ÉLEVAGE. — Depuis cinquante ans, les villes exigent de plus en plus de viande. Pour les satisfaire, le paysan a augmenté constamment son troupeau. De 15 760 000 têtes en 1873, le bétail bovin est passé à 19 millions en 1900, à 20 millions en 1908 ; il compte encore plus de 17 millions en 1925. Le nombre des chevaux a progressé pareillement : 3 500 000 en 1873, plus de 4 millions en 1900, presque autant en 1925.

Ce n'est pas qu'on ait beaucoup étendu les prairies naturelles ou artificielles ; leur surface a plutôt légèrement diminué, d'après les statistiques, jusqu'à la guerre ; mais un meilleur aménagement, et surtout l'usage de plus en plus généralisé des engrais chimiques, a doublé la récolte du foin,

La progression du cheptel bovin s'est accompagnée en Allemagne, comme en bien d'autres pays, d'un recul du troupeau ovin, qui, de 25 millions de têtes en 1873, est tombé à un peu moins de 10 millions en 1900, à 7 600 000 en 1908, à 4 700 000 en 1925. Au contraire, l'élevage des porcs s'est développé dans des proportions extraordinaires, doublant le nombre des têtes de 1873 à 1908 (22 mil-

GtocBAPBiE UNIVERSELLE. — Europe Centrale, L

L'ALLEMAGNE

lions). La guerre n'a nulle part fait une si forte brèche, mais, de 15 millions de têtes en 1921, le troupeau est remonté à 16 millions en 1925, et il a retrouvé en 1927 le chiffre de 1908, malgré la diminution du territoire.

L'ensemble du cheptel allemand représente un troupeau imposant par le nombre, souvent même par la qualité et le poids : 37 bovidés et 40 porcs par kilomètre carré est une proportion qui est rarement dépassée en Europe ; ce troupeau, s'il a souffert de la guerre, a réparé très rapidement ses pertes : le nombre des chevaux est sensiblement le même, celui des bovins, à peine inférieur, et celui des porcs, supérieur à celui de 1913 pour la même étendue de territoire.

Il est sans doute très inégalement réparti. Les régions de densité maximum du bétail sont souvent celles où la population est elle-même la plus serrée : on compte 50 bovidés par kilomètre carré en Saxe, de même qu'en Wurtemberg. C'est que la densité de la population est elle-même souvent liée aux conditions de propriété du sol, et l'élevage du bétail à cornes est relativement négligé dans les plaines du Nord-Est, où les grands propriétaires cherchent

FiG. 78. • — Densité des bovins en Allemagne. . . ^ i ■ , ■ -,

, „ . , „„ , , , , o r. on • /A surtout â produirc du seigle.

1, Moins de 20 têtes pour 100 habitants ; 2, De 20 a 40 têtes ; 3, De 40 à 50 têtes ; 4, De 50 à 70 têtes ; 5, Plus de 70 têtes. Cependant, si l'ou COmparC

directement le nombre des têtes de bétail à celui des habitants (fig. 78), on constate qu'il y a plus d'un bovin pour 2 habitants en Bavière et dans la plaine humide du Nord-Ouest (Oldenbourg, Hanovre, Slesvig-Holstein, Mecklembourg).

L'Algâu et la Forêt Noire ont la race la plus robuste, mais c'est dans les pâturages des Marschen et des vallées inférieures de l'Elbe et de l'Oder, où les hivers doux permettent de tenir le bétail en plein air toute l'année, que la fécondité est la plus grande, la proportion des vaches à lait atteignant 70 à 75 p. 100 (fig. 79).

La répartition des chevaux et des moutons n'est pas la même que celle des bovins. Les grands propriétaires du Nord-Est sont éleveurs de chevaux, en Prusse Orientale particulièrement. Les moutons se maintiennent sur les terres les plus ingrates (Lûneburger Heide) et les parties incultes des grandes propriétés dans le Mecklembourg et la Poméranie.

Quant aux porcs, ils ne sont nulle part aussi nombreux que dans le Hanovre (70 par kilomètre carré). Avec la pomme de terre, les jambons et saucisses jouent un rôle de premier plan dans l'alimentation de l'ouvrier westphalien. La charcuterie est partout, dans les villes, la nourriture du soir des petites gens et même, beaucoup plus que dans l'Europe occidentale, des classes moyennes.

Cultures industrielles. — Parmi ces cultures, très rémunératrices, mais qui exigent des sols relativement riches, des engrais abondants et des

LES CONDITIONS GÉNÉRALES DE LA VIE ÉCONOMIQUE

soins particuliers, il faut citer surtout la betterave, le houblon, le lin et le tabac.

L'Allemagne est devenue, au début du xx^ siècle, un des plus gros producteurs de sucre de betteraves. De 1870 à 1900, l'étendue consacrée à la culture de la betterave avait quintuplé, dépassant 400 000 hectares. 13 millions de tonnes de racines ont été livrées aux usines en 1900, année particulièrement favorable, qui a permis l'exportation des deux cinquièmes du sucre produit. En 1922, on était déjà remonté au chiffre de 7 500 000 tonnes; en 1927, on a presque atteint 11 millions. Nous avons décrit les grandes cultures de betterave dans la zone subhercynienne des Borde et les grosses fermes spécialisées de la Saxe, faisant venir de loin les troupes d'ouvriers pour l'arrachage. L'emploi des engrais chimiques en doses massives et les labours profonds permettent aussi cette culture sur les alluvions de la plaine du Rhin, des vallées de l'Elbe et de l'Oder, dans le delta de la basse Vistule et même sur la moraine de fond dans les grandes propriétés du Mecklembourg et de la Prusse Orientale (fig. 80).

Le houblon est surtout cultivé dans les pays producteurs de bière. Son marché principal est à Nuremberg. Dans toute la Haute et Moyenne- Franconie, ses feuillages, garnissant les hautes perches plantées en quinconces, signalent les terres les plus riches. On le voit aussi dans la Borde de Magdebourg et çà et là sur les meilleurs sols du Mecklembourg et de la Poméranie. Dans l'ensemble, les étendues vouées au houblon ont diminué, depuis le début du xx^ siècle, de 36 000 à 25 000 hectares ; mais la moyenne des récoltes, soumises à de fortes fluctuations d'une année à l'autre, reste voisine de 200 000 quintaux, dont plus de la moitié provient de la Bavière.

Le lin se maintient, malgré les importations massives qui alimentent surtout l'industrie, dans la plaine du Nord-Est, où sa culture trouve à peu près les mêmes conditions que dans les États baltes. Il a disparu de l'Allemagne du Sud, en dehors des montagnes en Bavière, et persiste encore çà et là dans le Massif Schisteux Rhénan (Westphalie et Hesse).

Le tabac est, au contraire, la culture riche des plaines, surtout des plaines les plus chaudes, soit par leur climat (haut Rhin), soit par leur sol (plateforme calcaire de la Basse-Franconie). Nous avons vu comment il a longtemps répandu l'aisance dans les campagnes surpeuplées du Nord du duché de Bade (voir chap. XI). Mais les déboires de plusieurs années de mauvaise récolte avaient amené, avant la guerre, une diminution des étendues cultivées : celles-ci étaient tombées de 17 000 hectares vers 1900 à 14 000 en 1913. La baisse paraît

Fig, 79.

Densité des vaches laitières en Allemagne, en 1925.

1, Moins de 50 têtes pour 1000 habitants ; 2, De 50 à 100 têtes ; 3, De 100 à 150 tètes ; 4, De 150 à 200 ; 5, De 200 à 250 ; 6, De 250 à 300 ; 7, De 300 à 350 ; 8, Plus de 350.

L'ALLEMAGNE

avoir continué depuis 1920, avec des oscillations autour de 9 000 hectares, donnant une production de 210 000 quintaux au maximum.

Les forêts. — Les forêts ne peuvent être négligées dans une revue des ressources que l'Allemagne tire de son sol. Leur étendue réduite depuis le moyen âge par les défrichements, leur aménagement de plus en plus poussé

FiG. 80. — Les cultures industrielles et le vignoble en Allemagne. 1, Betterave sucrière ; 2, Houblon ; 3, Tabac ; 4, Vignoble». — Échelle, 1 : 10 000 000.

en coupes réguhères, avec renouvellement souvent complet des peuplements, obligent à y voir une véritable culture. L'Allemagne est un pays relativement peu boisé dans l'Europe centrale, avec ses 7 millions et demi d'hectares de futaies et taillis, soit 16,5 p. 100 seulement de sa surface. L'État possède un bon tiers de ces bois, où les soins des forestiers étendent de plus en plus les conifères aux dépens des feuillus, qui n'occupent plus guère qu'un tiers de la surface ombragée. Les pins grêles qui forment les tristes forêts de la plaine glaciaire du Nord-Est sont très demandés par les mines et la construction. Les sapins et épicéas, recherchés pour la pâte à papier et pour les mille industries du bois aux produits de haute valeur, constituent, dans les montagnes hercyniennes comme le Thûringerwald, des massifs compacts, où les coupes à blanc font des vides en échiquier. Ils drapent les versants abrupts des Alpes bavaroises, où nous avons vu la réduction de la surface habitée ; ils s'étalent autour des tourbières de la plaine subalpine, nourrissant d'innombrables scieries, papeteries et fabriques.

On commence à regretter la réduction des belles forêts de chênes, qui

LES CONDITIONS GÉNÉRALES DE LA VIE ÉCONOMIQUE

n'existent plus guère que sur les alluvions de la plaine rhénane, dans le Palatinat et la Hesse. Nous avons signalé les taillis couvrant les versants raides des vallées de la Forêt Noire ou du Massif Schisteux Rhénan, souvent encore exploités pour le charbonnage et soumis au brûlis (Reutberge).

L'Allemagne doit importer pour plus de 300 millions de marks de bois divers, conifères et feuillus, bruts ou préparés. C'est la rançon d'une avide prise de possession du sol par des populations dont les rangs se sont épaissis de siècle en siècle. Les périodes de troubles, comme la guerre de Trente ans, qui ont amené une régression de l'agriculture, ont décimé en même temps les forêts. L'organisation moderne de l'exploitation ne peut qu'entretenir ou augmenter la productivité de ce qui reste voué à l'arbre. L'effet des reboisements tentés dans certaines parties du Massif Schisteux Rhénan, comme l'Eifel, ou au voisinage de plusieurs grandes villes, se borne à un relèvement de quelques milliers de kilomètres carrés du chiffre global.

Page 1