L'INDUSTRIE ALLEMANDE
Pendant que l'agriculture allemande s'efforce, avec moins de bras, de produire le plus possible de matières alimentaires, l'industrie attire à elle des troupes d'ouvriers de plus en plus denses. L'essor industriel de l'Allemagne depuis la constitution de l'Empire n'est comparable qu'à celui de l'Angleterre au début du xix^ siècle. En moins de cinquante ans (1871-1913), il a augmenté d'un tiers la population, presque doublé celle des villes, quadruplé celle des grands centres. La production de l'acier s'est élevée à 17 millions de tonnes, dépassant d'un tiers celle de l'Angleterre, atteignant les deux tiers de celle des États-Unis. Les progrès des textiles n'étaient pas moins rapides; ceux de l'industrie chimique ont mis l'Allemagne au premier rang. Plus de 10 millions d'ouvriers des deux sexes, représentant, avec leurs familles, 60 p. 100 de la population, travaillent à l'élaboration d'une masse énorme de tissus, de machines et objets métalliques de tous genres.
Le facteur essentiel de ce grand mouvement a été certainement un stock de combustibles minéraux, dont la richesse paraît à peine entamée par l'exploitation la plus intense. Mais il a fallu aussi le concours d'une population constamment accrue par les excédents de naissances et entraînée depuis le moyen âge aux travaux industriels, tisserands des Sudètes, mineurs du Harz, du Thûringerwald et du Siegerland, forgerons du Massif Schisteux Rhénan. Enfin, l'impulsion qui a accéléré l'évolution et exalté toutes les forces est venue de personnalités énergiques et entreprenantes, inspirées, non seulement par le goût du risque et des gros bénéfices, mais par une sorte d'esprit national, qui s'est développé en même temps que la puissance politique après la victoire de 1871 et la fondation de l'Empire. L'appui de l'État n'a d'ailleurs jamais été marchandé à la grande industrie, et les audaces des créateurs ont été soutenues par les banques avec une libéralité qui a beaucoup fait pour leur succès.
Cet ensemble de conditions favorables explique que l'industrie allemande ait pu résister à la prodigieuse secousse de la Grande guerre et de ses suites malheureuses. Malgré la disparition des commandes massives d'armes à feu, qui soutenaient l'essor de la grosse métallurgie, malgré la crise monétaire la plus
l'allemagne.
catastrophique, on a vu partout, en 1925, se manifester une activité presque égale à celle du début du siècle. Le recensement professionnel fait au mois de juin permet de donner à ce sujet des précisions, dont les détails ne peuvent être comparés qu'à ceux de l'année 1907. En laissant à part les années d'activité exceptionnelle qui ont précédé la guerre et les dix années de troubles 1914-1924, cette comparaison montre un développement normal, continuant celui de la fin du xix^ siècle. Malgré les pertes de territoires et de populations imposées par le traité de Versailles, le nombre des entreprises industrielles est presque égal au nombre enregistré en 1907 (1 840 000 contre 1 950 000) ; le nombre des ouvriers est supérieur de plus de 1 million et demi (12 480 000 contre 10 700 000). La comparaison rapportée au territoire actuel accuse une progression même pour le nombre des entreprises (1,9 p. 100) et fait ressortir une augmentation de 27 p. 100 des ouvriers. Certaines industries peuvent avoir rallié le territoire national (c'est le cas pour quelques aciéries), les rangs de la classe ouvrière ont pu s'épaissir par l'application des lois sociales réduisant la durée de la journée de travail ; l'augmentation de plus d'un quart est cependant inexplicable sans admettre une plus grande activité de bien des usines. En effet, il est établi que la force motrice employée dans les industries a doublé, s'élevant en 1925 à près de 20 millions de C V. On peut établir aussi que l'accroissement de puissance a porté surtout sur les industries minières et métallurgiques, pour lesquelles le nombre d'ouvriers s'est accru des deux tiers (65 p. 100) et celui des chevauxvapeur a presque triplé (276 p. 100).
Les renseignements sur les capitaux engagés dans les industries ne sont pas moins intéressants. Le recensement de 1925 distingue les sociétés d'avant-guerre de celles qui sont nées pendant et après la guerre. On voit qu'il y a une diminution d'un milliard de marks pour les premières (14 900 millions contre 16 200 millions), largement compensée par les 5 milliards et demi de capital des nouvelles sociétés.
Tous ces chiffres indiquent que la capacité de production de l'industrie allemande continue à progresser dans l'ensemble. Jusqu'à quel point les réalisations répondent-elles aux possibilités, c'est ce qu'on jugera mieux après un examen des conditions spéciales à chaque branche de l'activité industrielle.
Les industries extractives. — La possession de massifs hercyniens avec des bassins houillers d'une richesse égale à celle des bassins anglais ou belges reste la base de toute l'industrie allemande. Avant même qu'on ne demandât l'énergie au combustible minéral, la population avait été attirée vers ces régions par les filons de métaux précieux et les gisements de fer, s'y initiant à la vie des chantiers et des ateliers. L'épuisement de ces gîtes, déjà effectif ou prochain, est largement compensé par les ressources en charbon. Et voici que, avant même qu'on prévoie un fléchissement de la production de la houille, un combustible nouveau, moins riche en énergie, mais d'une exploitation plus économique, le lignite, est découvert partout dans les plaines du Nord en quantités presque inépuisables (fig. 81).
La richesse des bassins houillers allemands n'a été connue et exploitée à fond qu'à partir de la seconde moitié du xix^ siècle, et surtout depuis la fondation du Reich. En 1858, le puits le plus profond de la Ruhr n'atteignait que 300 mètres ; le premier ascenseur avait été installé en 1852 à la mine Gewalt.
LES CONDITIONS GÉNÉRALES DE LA VIE ÉCONOMIQUE
L'extraction n'était en 1870 que de 26 millions de tonnes. Tout a contribué, dans la suite, à exalter la production, dont la courbe s'élève d'année en année, comme celle de la population et du commerce. Les chemins de fer, la navigation, la métallurgie, l'industrie textile se disputent le combustible, non seulement dans le pays, mais à l'étranger. En exigeant des quantités de plus en plus grandes de coke, la métallurgie a contribué au développement des industries dérivées des sous-produits, qui ont pris de plus en plus d'importance, goudron, benzol, ammoniaque, dont la valeur atteignait en 1913 près de 200 millions de marks.
A plusieurs reprises, la production se trouve inférieure aux besoins de la consommation, les prix montent, et on fonce de nouveaux puits avec une hâte fébrile. Presque toujours ces périodes sont suivies de crises, mais le résultat final est plutôt un assainissement des conditions de l'industrie houillère : les petites entreprises disparaissent, de puissantes sociétés groupent de plus en plus les mines ; la surproduction est absorbée, et l'essor reprend. A la fin du xix^ siècle, l'extraction avait plus que quadruplé depuis 1870, atteignant, en 1900, 109 millions de tonnes; la main-d'œuvre avait d'ailleurs augmenté à peu près dans la même proportion, passant de 125 000 à 414 000. Les treize premières années du xx^ siècle voient la montée continuer : 593 000 mineurs extrayaient, en 1913, 190 millions de tonnes, soit près de 16 p. 100 de la production mondiale. Les trois quarts de cette masse de combustible étaient absorbés par la consommation intérieure, un quart environ était exporté. Les chemins de fer allemands, à eux seuls, prélevaient 16 millions de tonnes, soit à peu près 8 p. 100. Aux foyers domestiques étaient réservés plus de 10 p. 100, aux industries métallurgiques et mécaniques, 40 p. 100. Le mineur, arrachant au sol le précieux combustible en masses toujours plus considérables, a été vraiment l'artisan de la prodigieuse fortune économique de l'Allemagne moderne. Mais, il faut le dire aussi, c'est en pleine connaissance de cause que les capitalistes ont développé de plus en plus l'extraction, en perfectionnant les procédés techniques en même temps que l'utilisation des sous-produits du coke, améliorant les conditions de vie de l'ouvrier et construisant des cités de plus en plus agréables autour des nouveaux puits. '< Nous devons penser en charbon », a écrit un économiste allemand (Mann muss in Kohlen denken). Dans l'aménagement des chemins de fer et des canaux, dans leurs tarifs de transport, dans l'outillage des ports, dans les traités de commerce avec l'étranger, dans les lois sociales assurant aux travailleurs certains avantages, partout l'Allemagne moderne montre l'idée de l'importance primordiale de la houille.
L'homme n'a fait qu'exploiter des possibilités largement offertes par la nature. Les érosions postérieures aux plissements hercyniens avaient laissé subsister sur le territoire de l'Allemagne toute une traînée de bassins houillers, protégée par une couverture de terrains tertiaires au bord de la grande plaine du Nord. L'exploitation a pu commencer presque à fleur de sol dans les vallées entaillant le socle primaire, et progresser peu à peu en forant des puits de plus en plus profonds.
Le bassin de la Sarre est le seul qui soit situé au Sud de la zone de massifs anciens allant de l'Ardenne à la Silésie, et le seul non recouvert de mort-terrain. C'a été aussi le premier activement exploité, à partir de son incorporation à la République française ; c'est sous Napoléon I^"" qu'en a été faite la reconnaissance, dont la Prusse a bénéficié en reculant de ce côté la frontière en 1815. Au
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bout d'un siècle, il donnait 10 à 13 millions de tonnes, dont le bénéfice a été rendu à la France par le traité de Versailles, jusqu'au règlement du sort du Territoire de la Sarre.
Dans la série des bassins houillers alignés au Sud des massifs hercyniens, le bassin d'Aix-la-Chapelle est un des moins importants (3 millions de tonnes). Le grand bassin rhéno-westphalien, appelé communément bassin de la Ruhr, en est entièrement distinct. On a vu plus haut (chap. XIII) comment sa richesse en houilles propres à tous les usages et ses conditions tectoniques favorables ont été utilisées pour développer le plus vaste et le plus complexe organisme industriel de toute l'Europe continentale. Le bassin de Saxe, avec ses 4 à 5 millions de tonnes, ne compte guère plus que celui d'Aix-la-Chapelle, et nous avons montré la part prépondérante du facteur humain dans la floraison d'industries variées qui a donné aux confins bohémiens de l'Allemagne une densité de population extraordinaire (chap. XVI).
La Silésie était plus riche. Mais on a vu que l'Allemagne a perdu le gisement le plus important, partie du grand bassin qui s'étendait en territoire russe et autrichien au pied des Beskides et des Sudètes. Elle a conservé cependant treize mines, dont la production atteint 10 millions de tonnes, auxquelles s'ajoutent les 6 millions extraites du petit bassin de Waldenburg dans les Sudètes.
Le déficit de 45 millions de tonnes, dû aux pertes de territoire, a été d'autant plus sensible à l'économie industrielle allemande qu'il a coïncidé avec une crise monétaire sans précédent. Cependant les réserves des bassins conservés sont telles, l'importance des capitaux et des installations y était si grande, que quelques années paraissent avoir suffi à rétablir l'équilibre. On a parlé dans les journaux de « famine de houille « (Kohlenhanger). Pour conjurer ce péril, tous les encouragements, toutes les mesures gouvernementales ont paru bons. Les tarifs de chemin de fer, revisés et unifiés en 1919, ont favorisé les transports à grande distance, permettant au charbon de la Ruhr de remplacer celui de la Sarre dans l'Allemagne du Sud et de concurrencer le charbon anglais dans l'Allemagne du Nord. Le mouvement de concentration des mines s'est accentué. L'État luimême a groupé toutes les sociétés en onze syndicats régionaux, sur le modèle du syndicat rhéno-westphalien, et ces syndicats en un Reichskohlenverband contrôlé par un Reichskohlenrat.
De nouveaux progrès techniques ont été réalisés, des puits nouveaux forés dans la Ruhr ; l'exploitation du bassin de Basse-Silésie a été prise en main par les sociétés de Haute-Silésie dépossédées et a été poussée activement, jusqu'à donner 14 millions de tonnes en 1925, soit un accroissement de 64 p. 100. La Ruhr, fortement touchée par l'occupation en 1923, voyait pourtant déjà en 1925 sa production atteindre presque celle d'avant-guerre (104 millions de tonnes contre 114) ; elle l'a dépassée en 1927. Au total, les 132 millions de tonnes de houille extraits du sol de l'Allemagne en 1925 représentaient plus de 90 p. 100 de ce qui sortait en 1913 du même territoire. La production, poussée jusqu'à 153 millions de tonnes en 1927, année peut-être un peu exceptionnelle, rejoint presque celle du territoire d'avant-guerre, malgré la perte de la Sarre et de la Silésie.
Mais, si l'on tient compte du lignite, la production des combustibles minéraux a considérablement augmenté dans l'ensemble. De 87 millions de tonnes en 1913, l'extraction du « charbon brun » a en effet passé à 140 en 1925.
LES CONDITIONS GÉNÉRALES DE LA VIE ÉCONOMIQUE
Ce n'est qu'au xx*' siècle qu'on a commencé à estimer à son prix le trésor que renfermaient les couches tertiaires largement étalées dans la grande plaine du Nord et à peine voilées par un manteau de Glaciaire. Le lignite y est presque partout présent en couches plus ou moins épaisses. Son pouvoir calorifique est sans doute très inférieur à celui de la houille, car il contient jusqu'à 40 et 50
8° IZ» 16» 20°E.Cp.
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FiG. 81. — Gisements minéraux exploités en Allemagne.
A. Houille : 1, Production supérieure à 50 millions de tonnes ; 2, Production de 10 à 50 millions de tonnes ; 3, De 2 à 10 millions de tonnes ; 4, Production inférieure à 2 millions de tonnes. — 5, Lignites. • — 6, Tourbe. • — 7, Sel. — B. Minerai de fer : 8, Production supérieure à 1 million de tonnes ; 9, Production de 500 000 tonnes à 1 million ; 10, De 100 000 à 500 000 tonnes ; 11, Production inférieure à 100 000 tonnes. — 12, Cuivre ; production supérieure à 500 000 tonnes. — 13, Plomb et zinc ; production supérieure à 1 million de tonnes. — L'étendue réelle des bassins exploités n'est représentée que pour la liouille et le lignite. — Échelle, 1 : 10 000 000.
p. 100 d'eau. Mais son extraction, qui se fait le plus souvent à ciel ouvert, est beaucoup moins coûteuse. Plus de boisements, de pompages, presque pas de main-d'œuvre spécialisée. Les machines font tout et, à la lumière électrique, travaillent jour et nuit. Le pouvoir calorifique peut d'ailleurs être doublé par la transformation en briquettes. Ce combustible à bon marché est recherché pour le chauffage domestique, pour les verreries, et même utilisé par les fours Martin. Les centrales électriques utilisent de plus en plus le lignite, en s'installant au voisinage de ses exploitations. L'industrie chimique tire des variétés bitumineuses toute une gamme de cires, vernis, goudrons et huiles grasses.
En 1913, l'Allemagne était déjà à la tête de la production mondiale du lignite, avec ses 87 millions de tonnes. C'est le bassin de Bonn qui a le premier été exploité. En 1865, on y comptait 44 minières, attaquant les couches épaisses de 20 à 40 mètres qui affleurent sur 120 kilomètres le long de la terrasse rongée par le Rhin (voir pl. XXXVI). En 1900, 5 000 ouvriers y produisaient 5 millions
Céocbaphif. universelle. — Europe centrale, I.
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de tonnes. En 1910, la production était quadruplée, et nous avons vu comment les industriels de la Ruhr s'y intéressaient.
Mis en exploitation plus tard, l'ensemble des bassins étalés dans la plaine de Saxe forme à présent le groupe le plus important. Ce sont les « Lignites de l'Allemagne centrale », qui, en 1900, donnaient déjà 22 millions de tonnes, en 1913, 38 millions et fournissaient 42 p. 100 des briquettes. C'est là qu'est née la puissante société Riebeksche Montanwerke et qu'ont été montées les premières grandes centrales électriques et les premières usines chimiques sur la mine. On distingue encore les « Lignites à l'Est de l'Elbe », comprenant les gisements de Lusace, qui donnaient, en 1913, 26 millions de tonnes ; les lignites de Silésie et ceux du Brandebourg.
La guerre et ses suites, loin de compromettre l'industrie du lignite, l'ont exaltée dans toutes les régions. Les industries chimiques de guerre, explosifs, gaz asphyxiants, fabriques d'azote synthétique, etc., se sont développées surtout grâce au lignite, dans l'Allemagne centrale, suffisamment éloignée du front pour être à l'abri des avions. C'est là que la Badische Anilin a créé ses Leunawerke, qu'ont été installés les Reichstickstoffwerke, les grandes fabriques d'aluminium de Bitterfeld, etc. Le mouvement n'a fait que continuer après la guerre. Dès 1922, l'extraction du lignite atteignait 137 millions de tonnes, chiffre largement dépassé en 1925 : 140 millions. Le groupe de l'Allemagne centrale à lui seul en fournit les deux cinquièmes. La concentration règne en maîtresse, au profit des grandes sociétés d'électricité et de produits chimiques.
On peut dire que l'exploitation du lignite joue maintenant en Allemagne un rôle presque aussi important que celui de la houille. C'est le combustible à bon marché, qui permet l'énorme développement des industries chimiques et électriques, sur lequel on compte pour produire en masse le gaz d'éclairage envoyé à grande distance, pour obtenir même, par distillation, le pétrole. C'est le combustible national, car on en exporte peu, et on l'utilise le plus possible sur place. Il économise la houille et la libère pour l'exportation.
Les minerais. — Il reste peu de chose dans l'Allemagne contemporaine de l'antique richesse en minerais, qui a attiré les hommes vers les massifs hercyniens. Les filons minéralisés abondent dans ces vieilles montagnes, plusieurs fois disloquées et affectées par le volcanisme ; on y a trouvé de l'argent et même de l'or, du fer, du plomb et du zinc, du cuivre et de l'arsenic. Mais les gîtes n'ont jamais été très riches, l'exploitation en est devenue de plus en plus difficile et a été le plus souvent abandonnée. Seul le fer continue à être extrait en abondance du sol de l'Allemagne, sans suffire toutefois à lui donner le quart de ce que réclament ses hauts fourneaux.
Jadis il était extrait et travaillé un peu partout, comme en France» en Angleterre, en Autriche, surtout dans les régions forestières, où l'abondance du combustible permettait de se contenter de minerais pauvres ou siliceux. Ainsi, même en dehors des massifs hercyniens, on a travaillé le fer dans le Jura Souabe et Franconien. Dans tout le Massif Schisteux Rhénan, les forges se sont répandues en suivant les vallées. Peu à peu la production s'est concentrée dans le Siegerland, entre Siegen et Betzdorf, et dans les vallées de la Lahn et de la Dill à l'Ouest de Giessen. Sur la Sieg, on exploite un minerai spathique en rapport avec des failles parallèles et transversales, riche en manganèse (6 à
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9 p. 100) et contenant de 38 à 40 p. 100 de fer, avec parfois du cuivre, du plomb et du zinc dans les salbandes. Sur la Lahn, il s'agit d'une hématite qui se rencontre à la limite du Dévonicn moyen et supérieur, mais qui est malheureusement trop riche en silice pour aller aux fours Thomas. Dans les deux régions, les réserves sont encore considérables, mais l'exploitation devient de plus en plus difficile et plus coûteuse. On a foncé jusqu'à 1 000 mètres et au delà ; sur la Sieg, il n'y a plus guère de puits productif à moins de 500 à 600 mètres de profondeur. Les tarifs de faveur consentis par les chemins de fer prussiens, pour le transport vers la Ruhr surtout, n'auraient pas suffi à permettre la continuation d'une exploitation rémunératrice sans les conditions sociales spéciales à ces pays. En 1913, le Siegerland et la Lahn fournissaient près de 4 millions de tonnes (3 800 000), soit plus des trois quarts de toute la production allemande. Après la guerre, la concurrence de la minette lorraine a disparu, mais seulement pour quelque temps, et celle des minerais suédois s'est révélée d'autant plus redoutable que les tarifs de faveur des chemins de fer n'ont pas été dès l'abord rétablis et que les exigences des mineurs ont augmenté. L'exploitation serait arrêtée dans la plupart des mines de la Sieg, sans les primes à la production, que le gouvernement distribue sous prétexte d'éviter le chômage. Elle ne donnait malgré tout, en 1925, pas plus de la moitié de ce qu'elle fournissait en 1913 (2 millions de tonnes).
Les recherches pour trouver d'autres gisements d'exploitation plus facile n'ont guère donné satisfaction. On continue à travailler dans le Taunus, comme dans les Sudètes, un peu dans la région du Vogelsberg (500 000 t. en 1925). Le Salzgitter, près de Hildesheim, est le seul centre en progrès : 1 600 000 tonnes, contre 920 000 en 1913. Les vieux gisements jurassiques de Souabe et Franconie sont presque superficiels, mais trop phosphoreux ou trop siliceux ; ils n'ont donné en 1925 que 52 000 tonnes. Les géodes découverts dans le Crétacé du bassin de Munster sont aussi trop siliceux ; ils doivent être grillés et débarrassés de leur gangue argileuse. Tout cela ne représente qu'une réserve de 40 à 50 millions de tonnes, à peine la consommation d'un an des hauts fourneaux.
A côté du minerai de fer, tous les autres minerais extraits du sol de l'Allemagne sont peu de chose ; ils représentent au total à peine 3 millions de tonnes, produites par 28 000 ouvriers. La plus grosse masse est celle des minerais de plomb argentifère accompagné de calamine (près de 2 millions de tonnes en 1925), qui se rencontrent sur la basse Lahn. Puis viennent les minerais arsènieux de cuivre, qui continuent à être exploités surtout près de Goslar dans le Harz (pas tout à fait un million de tonnes).
L'extraction des argiles pour la production des briques, qui est le matériau de construction le plus usité en Allemagne, celle du calcaire pour la fabrication de la chaux et du ciment, des ardoises pour la couverture des maisons, des grès, porphyres et basaltes pour l'empierrement, mobilisent un peuple d'ouvriers disséminé sur presque tout le territoire et dont le nombre est difficile à évaluer, mais qui dépasse certainement le total des mineurs. Nous avons signalé des villages de tailleurs de pierres dans l'Eifel, vivant à peu près uniquement de l'exploitation du basalte. Les chaînons de la Weser livrent, dans d'immenses carrières, un calcaire à ciment, devenu plus important que les gisements de fer.
L'ensemble des industries extractives allemandes représente encore un
L'ALLEMAGNE
facteur essentiel de la vie économique. Plus de 600 000 mineurs arrachent du sol, à des profondeurs qui dépassent parfois 1 000 mètres, plus de 300 millions de tonnes de combustibles et de minéraux variés, exigeant pour ce labeur plus de 1 200 millions de marks. Ce sont les combustibles, la houille surtout, qui demandent le plus de bras et les plus gros salaires; ce sont eux aussi qui sont la base solide de toute l'industrie. Cependant la production du fer n'est pas négligeable : 6 minions de tonnes seraient considérés ailleurs comme un chiffre imposant ; le fait qu'il apparaît ici tout à fait insuffisant donne une idée de l'appétit de la métallurgie, qui est devenue la branche la plus vivante peutêtre de toute l'industrie allemande.
La métallurgie. — Ce n'est qu'à la fin du xix^ siècle que s'est affirmée la prépondérance de la métallurgie dans l'économie industrielle allemande. Elle est liée à la fois au développement de l'extraction des combustibles, à l'essor du commerce et des chemins de fer, aux nouvelles perspectives politiques elles-mêmes. Sans la houille à bon marché, la métallurgie lourde ne serait pas arrivée à produire 17 millions de tonnes d'acier en 1913. Les chemins de fer, les constructions mécaniques, les constructions navales en particulier, absorbaient rails, poutres, tôles, plaques et grosses pièces d'acier de toute sorte. La politique de prestige et d'armement assurait d'énormes bénéfices aux firmes organisées pour la fabrication des canons et du matériel de guerre en général. Surexcitée par la Grande guerre, la métallurgie a souffert plus qu'aucune autre industrie de la crise qui a suivi la paix. Elle semble pourtant à peu près rétablie en 1925. D'après les données du recensement industriel fait à cette date, le nombre d'ouvriers a augmenté d'un tiers depuis 1907, passant de 2 millions à 3 ; celui des chevaux-vapeur employés a plus que doublé (fig. 82).
L'étude de la Ruhr (chap. XIII) nous a montré les caractéristiques de la métallurgie allemande, dans son évolution récente, par l'exemple du foyer de beaucoup le plus important. Sa prépondérance comme producteur de fonte et aciers bruts est devenue presque exclusive, par suite de la perte de la Lorraine et de l'amputation de la Silésie. Dès 1925, la Ruhr avait retrouvé à peu près les chiffres de 1913 (97 p. 100), tandis que la Lahn restait à 45 p. 100, la Silésie, à peine au quart. C'est grâce à elle que l'ensemble de la métallurgie lourde se présente comme ayant à peu près réparé les pertes dues au traité de Versailles. La « rationalisation » n'a été nulle part plus poussée, portant, malgré la réduction des heures de travail, le rendement quotidien d'un ouvrier à plus de 1 000 kilogrammes d'acier. Avec une centaine de hauts fourneaux, l'Allemagne a produit, en 1925, 10 millions de tonnes de fonte; en 1927, jusqu'à 13 millions; la moyenne paraît s'établir vers 11 millions, chiffre bien supérieur à celui de 1913, rapporté au même territoire. Le volume des aciers dépasse de plus en plus celui des fontes, grâce à l'usage des ferrailles, dont les fours Martin ou Thomas engloutissent plus de 5 millions de tonnes. Aussi a-t-on vu sortir 12 millions de tonnes de lingots et moulages en 1925 et jusqu'à 16 millions en 1927.
Cependant la situation des gros producteurs de fontes et aciers est loin d'être économiquement très satisfaisante. Le bilan de sept usines particulièrement solides montre que les bénéfices bruts, qui représentaient 25 p. 100 du capital en 1913, se réduisent à 12 p. 100, dont les impôts et charges sociales absorbent les neuf dixièmes. La complexité des édifices construits autour des
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mines et des forges, les liaisons d'intérêts des grands Konzern, dont on a vu le fonctionnement dans la Ruhr, expliquent la possibilité de soutenir malgré tout le mouvement d'augmentation de la production.
La métallurgie lourde semble devoir se résigner à travailler moins pour l'exportation directe que pour alimenter les constructions et toutes les formes
8° 12° 16° 20°E.Gr.
FiG. 82. ■ — • Les foyers d'industrie métallurgique en Allemagne, d'après le nombre des ouvriers.
A. Métallurgie lourde : 1, Centre de 20 000 ouvriers; 2, De 5 000 à 20 000 ouvriers; 3, De 1 000 à 5 000 ouvriers. — B. Métallurgie de transformation : 4, Centre de 20 000 ouvriers ; 5, De 5 000 à 20 000 ouvriers ; 6, De 1 000 à 5 000 ouvriers. — C. Électro-métallurgie : 7, Centre de 20 000 ouvriers ; 8, De 5 000 à 20 000 ouvriers ; 9, De 1 000 à 5 000 ouvriers. — Échelle, 1 : 10 000 000.
variées d'une métallurgie de transformation de plus en plus différenciée, où la main-d'œuvre est remplacée par le machinisme et où la valeur des produits très finis laisse une marge suffisante aux bénéfices. De grands progrès ont été réalisés .surtout dans l'électro-technique et la mécanique de précision, mais la production des machines de tous genres a également enregistré des résultats intéressants. Dans l'ensemble de la métallurgie de transformation, il y a, malgré les pertes territoriales, augmentation des deux cinquièmes du nombre d'ouvriers en 1925 par rapport à 1907. Mais la puissance en chevaux-vapeur a progressé dans des proportions bien plus grandes : pour les machines à vapeur, elle a triplé ; pour les moteurs électriques, de plus en plus employés, elle a sextuplé. La capacité de production n'est pas utilisée dans la proportion de plus de 75 p. 100, tant on a poussé le perfectionnement de l'outillage.
Dans l'électro-technique et la mécanique de précision, l'usage des machinesoutils n'empêche pas l'augmentation de la main-d'œuvre spécialisée : le nombre des ouvriers a presque triplé depuis 1907, atteignant 593 000, bien que la puis-
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sance des moteurs soit sept fois plus forte. Les appareils électriques font l'objet d'une exportation rémunératrice vers les pays neufs de l'Amérique du Sud et de l'Orient, mais, en Allemagne même, l'importance de plus en plus grande prise dans toutes les industries par le moteur électrique assure un débouché régulier. La production totale d'électricité, qui s'élevait seulement à 1 500 000 kilowatts-heure en 1909 et à 5 millions en 1913, atteignait 12 millions en 1925. L'Allemagne vient immédiatement après les États-Unis pour le rapport à la population, avec 141 kilowatts-heure par tête d'habitant. 85 p. 100 de ce pouvoir est produit par les charbons, et la part du lignite, combustible à bon marché, est de 36 p. 100. La plus grande région de production d'électricité est celle qui extrait le plus de houille de son sol, la région rhéno-westphalienne, qui consomme 573 kilowatts-heure par tête d'habitant ; viennent ensuite la Saxe et le Brandebourg, où le lignite permet de produire 400 kilowatts-heure par tête, et seulement ensuite l'Allemagne du Sud (266 kilowatts-heure), qui demande la force surtout aux eaux courantes.
Comme on l'a vu dans les descriptions régionales, la Saxe, laissant de plus en plus à la Ruhr la production des fers et aciers bruts, s'est consacrée à la métallurgie de transformation. Les villes des pays rhénans du Sud ont presque toutes leurs ateliers de construction et leurs fabriques de machines. Berlin même est devenu un grand atelier spécialisé surtout dans l'électro-technique. Des liens d'intérêts étroits existent entre ces différents centres. Ce sont eux qui soutiennent l'édifice de la métallurgie aux heures difficiles. Le charbon permet de sortir en masse l'acier brut, dont les stocks sont utilisés pour les machines de tous genres livrées à l'exportation.
Textiles et industries du vêtement. — Si l'Allemagne du xx^ siècle est connue surtout comme un pays métallurgique, les industries textiles ont eu jadis plus d'importance ; elles jouent même encore un rôle capital par le nombre d'ouvriers qu'elles emploient et par les capitaux qu'elles mobilisent. Il s'agit d'industries profondément enracinées par les besoins qu'elles satisfont, car tout le monde doit être vêtu ; par leurs rapports anciens avec l'agriculture, car la laine des moutons et le lin cultivé dans les campagnes en ont été longtemps la matière première ; par la facilité d'y associer tout le monde, car les femmes et même les enfants y jouent leur rôle, et les petits ateliers y sont aussi utiles que les grandes usines. Leur activité est géographiquement plus dispersée, car on les rencontre partout, en dehors des plaines purement rurales du Nord- Est où régnent la grande culture et la grande propriété, particulièrement dans les vieux massifs hercyniens où, depuis des siècles, les tissages ont constitué un appoint important au revenu d'une population trop nombreuse (fig. 83).
Si l'on envisage, avec les textiles, les industries du vêtement qui en dérivent, on trouve en 1907 une population ouvrière de 2 millions et demi, supérieure à celle qui vivait de la métallurgie sous toutes ses formes. Malgré les pertes de territoire, le recensement de 1925 accuse un chiffre encore plus élevé : 2 630 000. Par rapport aux chiffres de 1907, ramenés à la même surface, l'augmentation est d'un dixième; cependant celle de la population est deux fois plus forte; ce n'est donc pas vers les textiles que se sont surtout portées les disponibilités de main-d'œuvre. Si la production s'est élevée, c'est grâce à l'usage généralisé des machines. Ce progrès n'a pas d'ailleurs modifié le caractère de ces in-
LES CONDITIONS GÉNÉRALES DE LA VIE ÉCONOMIQUE
dustries, souvent encore pratiquées à domicile, car la force motrice employée est surtout l'électricité, qui anime partout les métiers.
Les matières premières de l'industrie textile ne sont plus guère demandées au sol. Nous avons vu la diminution constante du troupeau de moutons; en 1924, l'Allemagne en a tiré seulement 800 000 kilogrammes de laine. Il lui faut importer pour plus de 600 millions de marks ; le tiers des importations vient d'Australie.
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FiG. 83. — Les foyers d'industrie textile en Allemagne. — Échelle, 1 : 10 000 000.
Le lin est encore cultivé dans la plaine du Nord, notamment en Poméranie et en Prusse, mais sans suffire davantage aux besoins. Le coton vient pour les huit dixièmes des États-Unis. La demande en a baissé depuis la guerre, car, au lieu de 1 700 000 balles importées en 1913, on n'en a introduit que 1 100 000 en 1926. IVIais, à côté du coton naturel, le coton artificiel est apparu ; il compte déjà pour 15 000 tonnes en 1925. Il y a aussi diminution dans les importations de soie, dont la valeur a reculé de 171 à 140 millions de marks ; mais le développement de la soie artificielle compense largement ce recul : son tonnage dépasse en 1925 de plus de 100 000 tonnes celui de la soie de cocon.
Le nombre des broches a baissé, mais est encore de plusieurs millions, pour le coton, en 1925. L'industrie textile est une des plus sensibles aux caprices de la clientèle étrangère, surtout en ce qui touche la grosse production des filés et des tissus. L'Allemagne doit tendre maintenant, comme des pays plus évolués, à gagner du côté de la confection. Sans doute la supériorité numérique des ouvriers transformant les étoffes sur ceux qui les fabriquent a-t-elle diminué : le rapport, qui était de 8 à 5 en 1907, n'est plus que de 7 à 6 en 1925; mais la réduction de la main-d'œuvre est plus que compensée par les progrès du machinisme.
L ALLEMAGNE
La production des vêtements à bon marché est fondée sur l'emploi d'outils qui, non seulement cousent, mais coupent, ourlent, font même les boutonnières.
En général l'extension du machinisme est envisagée, dans les industries textiles, comme le principal remède à la crise d'exportation et à l'augmentation des prix de revient par suite du relèvement des salaires. On croit aussi pouvoir compter sur la ressource d'une masse de population qui continue à augmenter sur le sol national à un taux encore notable, se portant de plus en plus vers les villes où les exigences du costume sont plus grandes qu'à la campagne.
Il serait vain d'insister davantage sur les caractères généraux de ce groupe d'industries. Il n'y en a pas de plus répandu et de plus différent suivant les lieux. On a vu plus haut l'importance de la production des tissus dans la Saxe et les Sudètes de Silésie, qui tissent le lin et le coton, façonnent, tricotent et drapent la laine, brodent et font la dentelle, confectionnent enfin les vêtements dans les grandes villes comme Dresde et Leipzig. Vient ensuite la région rhénowestphalienne, avec ses vieux centres comme Barmen et Elberfeld, produisant à la fois les tissus de tous genres et les confections, avec ses centres plus récents, comme Krefeld et Mûnchen-Gladbach, spécialisés dans la soie. Rappelons encore le groupe cotonnier important du Wurtemberg et les centres de confection des villes du Rhin moyen, particulièrement Francfort et ses environs. Toute cité tend à devenir un lieu d'industrie du vêtement, et la plus grande du Reich, la capitale elle-même, travaille à vêtir la majeure partie de la plaine du Nord : on y dénombre les quatre septièmes des ateliers de confection de l'Empire, avec plus de 200 000 ouvriers et ouvrières.
Les industries chimiques. — - La fabrication des produits chimiques a été pendant longtemps surtout associée à l'industrie textile, dont elle a suivi et suit encore l'essor, en livrant des colorants à bon marché. L'Allemagne y avait acquis au début du xx^ siècle une situation prééminente. Près des neuf dixièmes des couleurs d'aniline consommées dans le monde entier sortaient de ses laboratoires. Elle s'était aussi mise à fabriquer en grand les engrais chimiques, dont son agriculture faisait un usage des plus heureux. En 1913, elle produisait 121 000 tonnes de superphosphates, autant que l'Angleterre et les États-Unis réunis. Pour les médicaments, elle avait aussi une situation privilégiée et fournissait à la France même quinine, antipyrine, etc. Les ressources du sol ne suffisent pas à expliquer cet essor. L'Allemagne possède et exploite des réserves importantes de sels, chlorure de sodium et potasse ; les calcaires et le gypse ne manquent pas, mais surtout le charbon, source des multiples couleurs d'aniline. Cependant elle importait, en 1913, 800 000 tonnes de nitrate du Chili, de grandes quantités de pyrites et de phosphates. La fabrication des produits chimiques a été montée en grande industrie par un effort soutenu où se révèle, mieux peut-être qu'en aucune autre entreprise, les qualités de méthode et d'organisation de l'esprit allemand. La métallurgie lourde y a joué un rôle capital, à cause de ses grands besoins en coke, et y a apporté, avec ses gros capitaux, ses traditions d'audace. D'énormes usines ont été montées près du charbon de la Ruhr ou près des voies qui l'amènent à bon compte (Francfort, Ludwigshafen) (fig. 84). Des bataillons de chimistes enrégimentés se sont mis à étudier, dans de vastes laboratoires admirablement outillés, les applications pratiques de découvertes parfois faites à l'étranger. A chaque usine sont attachés encore
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des cliniques pour l'essai des produits pharmaceutiques, des teintureries pour l'essai des colorants, des champs d'expérience pour les engrais. Le gouvernement favorise les grandes concentrations d'activité chimique, capables de livrer rapidement les explosifs et les gaz asphyxiants.
Comme toutes les industries puissamment outillées pour l'exportation, l'industrie chimique a été touchée par les suites du grand conflit où elle a joué
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FiG. 84. — Les industries chimiques en Allemagne. Chaque signe correspond : 1, à 10 000 ouvriers ; 2, à 2 000 ouvriers ; 3, à 1 000 ouvriers. — Éclielle, 1 : 10 000 000.
son rôle. Elle s'est relevée rapidement, en se transformant et s'adaptant aux circonstances avec une souplesse sans exemple. Privés, pendant la guerre, des colorants et des produits pharmaceutiques à bon marché qui venaient d'Allemagne, obligés d'ailleurs de monter des fabrications en grand d'explosifs et de gaz, la France, l'Angleterre, les États-Unis eux-mêmes ont organisé sur leur territoire des usines, dont le fonctionnement continue après la paix, ne fût-ce que pour amortir les capitaux engagés. La part des États-Unis dans la valeur de la production chimique mondiale est passée de 34 à 47 p. 100, celle de l'Allemagne a baissé de 24 à 17. C'est surtout du côté des colorants que la perte est le plus sensible : l'Allemagne n'en fournit même plus la moitié (48 p. 100), au lieu des neuf dixièmes. Pour les produits pharmaceutiques, la France, l'Angleterre, les États-Unis se suffisent à peu près. D'ailleurs, la crise de la métallurgie allemande, en diminuant la quantité de coke produite, a raréfié la source principale des colorants ; elle a même diminué la production de l'acide sulfurique, qui de 1 727 000 tonnes en 1913 est tombée à 1 238 000 tonnes en 1926.
GéoGRAPBiE UNIVERSELLE. — Europe Centrale, I. 44
L'ALLEMAGNE
Pourtant l'industrie chimique est encore florissante en Allemagne, si l'on en juge par les concentrations de capitaux qu'elle continue à appeler, le développement des usines existantes et la fondation de nouvelles. Elle s'oriente délibérément et de plus en plus vers la production de l'azote et des engrais synthétiques, en s'appuyant sur les nouveaux procédés et sur l'exploitation du charbon à extraction économique, le lignite. Elle cherche enfin à produire, en partant du charbon, un équivalent des huiles minérales extraites jusqu'ici seulement du pétrole brut. Le procédé Haber a permis de s'afîranchir en partie de l'importation des nitrates du Chili, en produisant 600 000 tonnes d'azote (1926), dont les neuf dixièmes par la voie de synthèse, et en abaissant le prix de 132 pfennigs (1913) à 104 (1926). Des nitrates synthétiques commencent à être exportés (135 000 t. en 1925). En même temps la production des superphosphates a triplé, atteignant 450 000 tonnes. On fait des engrais combinés, azote-potassephosphate, qui s'exportent vers l'Inde, Java et même vers le Japon.
Auxiliaire de l'agriculteur, le chimiste allemand intervient aussi, et avec plus de poids que jamais, dans l'industrie textile nationale, en lui fournissant, non seulement ses colorants, mais une nouvelle matière première : la soie artificielle, dont les fils brillants, mélangés avec la soie naturelle, permettent de réaliser des variétés inconnues de nuances. De 1923 à 1925, la production de la soie artificielle a doublé, atteignant à peu près celle de l'Angleterre et la moitié de celle des États-Unis.
Mais c'est surtout F électro-chimie qui ouvre les perspectives les plus nouvelles. Elle tire du charbon et du calcaire le carbure de calcium, extrait l'hydrogène de l'eau, fabrique en grand l'acide acétique, les alcools éthyliques et méthyliques et s'essaie à tirer du charbon le benzol et la motaline. En 1926, on montait de grandes usines pour appliquer le procédé Bergius, qui doit donner, pour une tonne de charbon, 535 kilogrammes d'huile.
Une sorte de fièvre d'organisation régnait alors, et les sociétés industrielles, déjà puissantes, se groupaient en toute une série d'associations formant le faisceau de 1'/. G. F arben- Industrie A. G. Ce Konzern géant comprenait, outre la Badische Anilin de Ludwigshafen, les Ammoniakwerke de Merseburg et diverses sociétés de Francfort, Griesheim, Dûsseldorf, plusieurs des piliers du syndicat de l'azote, des sociétés d'électro-chimie et d'électro- métallurgie, de puissantes sociétés minières possédant des lignites, enfin jusqu'à un grand groupement métallurgique, les Rheinische Stahlwerke, qui participent au Kohlen- Syndikat pour plus d'un million de tonnes de coke.
La fabrication des produits chimiques est loin d'être la branche la plus importante de l'industrie allemande ; mais elle est peut-être la plus intéressante par son association étroite à toutes les formes de l'activité nationale, par sa vitalité singulière résistant à toutes les crises, par la somme de capitaux, d'énergie et d'initiatives qui y travaillent.
Sucre et alcools. — ■ Il ne saurait être question de passer en revue toutes les formes de l'activité industrielle en Allemagne, mais nous devons encore indiquer le rôle joué par quelques industries caractéristiques. Parmi celles qui touchent à l'alimentation et occupent 1 340 000 personnes (plus que les textiles eux-mêmes), la fabrication du sucre de betterave mérite une mention spéciale. L'Allemagne s'y est acquis une place éminente, grâce aux forts rendements