‹ Europe centraleChapitre 12 sur 129 · LIBRAIRIE ARMAND COLIN · texte numérisé non relu

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I l'inl*lligfnof du relief si liauleiiiciit differfiuié de l'Europe centrale : les gnuides (haines de plissement e hereynienne avec ses vienx massifs fracturés et plus ou moins hiisculés, avec ses bassins déprimés où la I et seg alignements de grondes vallées ; les couloirs subalpins et la plate-forme subcarpatique où le canon >ine en voie de morcellement.

Emm. de Martonne.

LE RELIEF. LES ALPES

schisteuses, n'est bon tout au plus que pour l'Est de la chaîne. L'aile méridionale fait défaut sur le versant italien à l'Ouest du lac de Côme. D'autre part, des massifs calcaires ou gréseux peuvent apparaître au milieu de chaînes cristallines (Engadine, Ortler, Aiguilles d'Arves).

Il peut être intéressant de revenir à la simple considération de l'orographie telle qu'elle apparaît sur une bonne carte d'ensemble. La différence est très grande entre les massifs dont l'altitude moyenne est notablement supérieure à 2 000 mètres et ceux qui n'atteignent qu'exceptionnellement, cette hauteur, entre les Hautes Alpes et les Basses Alpes.

Les premières dépassent seules la limite des neiges éternelles ; leur climat est plus froid ; le modelé glaciaire y efface plus ou moins les influences structurales. Si ces caractères ont été notés pour les Alpes cristallines, c'est que la plupart des Hautes Alpes sont formées de nappes de charriage profondes, généralement très métamorphisées.

Les Basses Alpes sont plus hospitalières par leur climat, par leurs formes mêmes, moins massives et plus découpées en général, où les influences structurales l'emportent souvent sur les influences glaciaires. Elles sont généralement calcaires ou schisteuses, mais peuvent être aussi cristallines (bordure des lacs italiens, massifs de Styrie), d'où une grande variété d'aspects physiques et économiques. La zone forestière y tenait primitivement et y tient encore, dans l'ensemble, une plus grande place que dans les Hautes Alpes ; le peuplement y est cependant plus dense, très serré en certains points, qui sont des centres de vie agricole et industrielle.

La répartition des Hautes et des Basses Alpes est en relation avec la forme même du bourrelet alpin. Sa courbure est plus accentuée à l'Ouest, où se trouvent les plus hautes altitudes et la plus grande extension des Hautes Alpes, soulignée par de nombreux massifs glaciaires. A l'Est, le bombement s'étale et s'abaisse ; sa largeur augmente, sa hauteur moyenne diminue. Les Basses Alpes sont deux fois plus étendues à l'Est du Rhin qu'à l'Ouest ; les massifs glaciaires se réduisent de plus en plus en avançant vers la plaine danubienne.

Alpes centrales et Préalpes. — On peut s'étonner que les contrastes de climat aient été si rarement pris en considération par ceux qui ont tenté une division géographique des Alpes. Cependant, quelle différence entre les frais paysages des Alpes suisses ou autrichiennes et l'âpreté des aspects qui frappe presque partout dans les Alpes de Provence ! Ce n'est pas seulement la végétation qui change, l'olivette qui remplace le verger autour du village, la garrigue qui règne sur les pentes dénudées à la place du tapis des prés-bois, c'est le relief lui-même qui n'est plus reconnaissable : au lieu de pentes régulières interrompues seulement par des corniches calcaires, partout la roche à nu, les ravines et les éboulis descendant les versants.

L'existence d'une zone d'influence méditerranéenne étalée surtout dans le Sud des Alpes françaises est connue depuis longtemps, mais on n'a pas sufTisamment tenu compte des contrastes systématiques qui opposent les chaînes bordières et les parties centrales du bourrelet alpin, contrastes de structure et d'orographie souvent, toujours de climat, de végétation et de vie économique. Le mot de " Préalpes » mérite d'être généralisé pour désigner les massifs périphériques par opposition aux Alpes centrales.

Géocbapbie universelle. — Europe centrale, 1. 5

l'europe centrale.

Généralement, les Préalpes sont aussi de basses Alpes ; il est exceptionnel de voir de hauts massifs tomber directement sur la plaine, comme dans la région des lacs italiens. Les Préalpes sont aussi généralement calcaires ou schisteuses, sauf sur la bordure de la plaine pannonique et du Milanais. Presque partout, sauf dans la Styrie et la Basse-Autriche, les chaînes des Préalpes sont coupées par de profondes et larges vallées transversales, débouchés des glaciers quaternaires qui les ont souvent surcreusées, portes d'entrée facile dans le monde alpin, par où pénètrent le peuplement et les cultures du bas pays voisin.

Si la structure géologique et l'orographie n'ont pas absolument partout les mêmes caractères, le climat des Préalpes est partout plus pluvieux et plus froid, à égale altitude, que celui des Alpes centrales. L'enneigement y est plus long, et les limites d'altitude de la végétation sont relativement déprimées.

Le soleil brille sur la Haute-Engadine ou le Pustertal, quand la pluie tombe sur l'Algâu, au Nord, ou les rives du lac de Côme, au Sud. La neige fond en Maurienne, quand la Chartreuse se dresse encore toute blanche au-dessus du Bas- Dauphiné. I^es cols des Dolomites sont ouverts avant qu'on puisse traverser autrement qu'à raquettes le plateau d'Asiago. Le Ventoux lui-même surgit, au-dessus des plaines méditerranéennes de la Provence, encore casqué de neiges, quand les sentiers de l'Ubaye et du haut Verdon sont déjà secs.

La montée des limites d'altitude dans les Alpes centrales par rapport aux Préalpes est un fait caractéristique, que toutes les études détaillées confirment. On voit la forêt atteindre 2 000 mètres dans les Alpes Pennines ; les cultures de céréales vont à plus de 2 000 mètres et, avec elles, les villages, sur les versants bien exposés ; les neiges éternelles reculent vers les cimes au-dessus de 3 200 mètres. Sans ce fait, les Alpes centrales, qui sont toujours de hautes Alpes et qui sont aussi généralement cristallines, seraient encore plus inhospitalières et auraient été moins facilement colonisées.

L'importance relative de l'extension des Préalpes et des Alpes centrales n'est pas partout la même ; elle dépend de l'intensité plus ou moins grande des mouvements orogéniques et des érosions fluviatile et glaciaire. Tantôt elles sont séparées par un sillon profond, comme celui du Grésivaudan; tantôt elles sont intimement soudées, comme sur le versant Nord de la Suisse.

Alpes orientales et Alpes occidentales. — Tous ces contrastes doivent entrer en ligne de compte pour une division des Alpes. Si l'on y ajoute la considération des lignes directrices, dont l'orientation change d'un bout à l'autre du bourrelet, il est impossible d'hésiter sur la coupure fondamentale. Le relief et la structure, les relations des Hautes Alpes et des Basses Alpes, des Préalpes et des Alpes centrales sont différents dans les Alpes occidentales et les Alpes orientales, qu'on peut séparer approximativement par une ligne tirée de l'embouchure du Rhône dans le lac de Constance à l'extrémité du lac de Côme.

On a remarqué depuis longtemps l'élévation plus grande et la largeur réduite du bourrelet à l'Ouest, son étalement et sa réduction d'altitude à l'Est, avec, comme conséquence, plus de glaciers actuels et une extension glaciaire quaternaire beaucoup plus considérable d'un côté que de l'autre. Les Préalpes sont souvent réduites à une bordure étroite, leur zone schisteuse, parfois même leur zone calcaire, disparaît dans la partie la plus violemment plissée des Alpes. L'orientation des lignes directrices semble indiquer que l'effort n'a pas été dirigé

LE RELIEF. LES ALPES

dans le même sens à l'Ouest et à l'Est. On les voit en Suisse et en France dessiner un arc bien tendu. En Autriche et dans le Nord-Est de l'Italie, ce qui frappe d'abord, ce sont des sillons rectilignes orientés Est-Ouest (Enns, Salzach, Drave, Gailtal) ; mais on remarque aussi un sillon oblique dirigé Sud-Ouest — Nord-Est, celui de l'Engadine, et un sillon transversal Nord-Sud, celui de l'Adige.

L'érosion a pénétré beaucoup plus profondément dans l'édifice tectonique occidental ; quelques lambeaux seulement y subsistent des nappes de charriage, qui forment presque partout les montagnes à l'Est du Rhin. La séparation des deux régions marque le bord des nappes orientales, morcelé par l'érosion, à l'endroit où elles montaient de plus de 1 000 mètres.

L'histoire morphologique des Alpes orientales indique que les mouvements d'ensemble eux-mêmes n'y ont pas agi comme à l'Ouest du Rhin. Les traces de ce modelé de maturité, que le rajeunissement fluvio-glaciaire a détruit ou profondément modifié, sont plus fréquentes en Autriche qu'en Suisse. Elles donnent aux Préalpes de Styrie un aspect presque plus carpatique qu'alpin.

A toutes ces différences de relief et de structure s'ajoutent des différences de climat et de végétation, de peuplement et de vie économique même.

L'ensemble des Alpes orientales est soumis aux influences climatiques qui prédominent en Europe centrale. Les étés pluvieux et relativement chauds y sont la règle. Plus on va vers l'Est, plus s'accentuent les caractères continentaux, poussés à l'extrême dans les bassins, comme celui de Klagenfurt. Le peuplement de la montagne après la période glaciaire a introduit surtout la flore et la faune des plaines danubiennes, qui remontaient facilement les grandes vallées longitudinales s'ouvrant sur la dépression pannonique.

Dans les Alpes occidentales, les influences atlantiques le disputent aux influences méditerranéennes. Les cars alpins qui transportent en quelques jours les touristes des vallées verdoyantes du Chablais aux âpres paysages qui régnent sur le haut Var, des forêts et des herbages de la Savoie aux garrigues de la Provence, du pays des fruitières et des grands troupeaux de vaches au pays du mouton, offrent une leçon de géographie qui peut difficilement ne pas frapper un spectateur intelligent.

C'est aux grands courants humains qui ont renouvelé la population de l'Europe centrale que les Alpes orientales doivent d'être actuellement le domaine des Germains et des Slaves. Les Alpes occidentales sont restées en majorité latines; l'invasion slave ne les a pas touchées, les Germains n'en ont pu aborder directement que les vallées septentrionales.

Principes des subdivisions. — On peut considérer comme définitivement acquise la distinction fondamentale entre les Alpes orientales et les Alpes occidentales. Sur les subdivisions de premier ordre, il semble qu'on ne puisse guère non plus hésiter. Leur principe ne saurait être le même des deux côtés du Rhin, A l'Est, les contrastes les plus frappants sont ceux qu'on observe entre les Préalpes et les Alpes centrales. Celles-ci, généralement cristallines, forment le faîte ; celles-là, généralement calcaires, s'allongent au Nord et au Sud en deux zones continues assez larges, Préalpes calcaires du Nord en Bavière et Autriche, Préalpes calcaires du Sud en Italie. En outre, la bordure de la plaine pannonique, en Styrie et Carinthie, a encore le caractère préalpin, bien que formée de massifs cristallins : ce sont les Préalpes pannoniques.

l' EUROPE CENTRALE.

Dans les Alpes occidentales, les Préalpes sont souvent réduites à une frange étroite, parfois au contraire très étalées (Provence). Les lignes directrices tournent en changeant d'orientation, la largeur et la hauteur du bourrelet montagneux varient, comme le tracé des crêtes et des sillons d'érosion ; mais, surtout, le climat se modifie avec l'approche de la Méditerranée. Aussi est-ce une division transversale qui s'impose. Les Alpes helvétiques représentent le secteur où l'altitude est la plus forte, la largeur du bourrelet la plus réduite, la dissymétrie la plus marquée. Les Alpes franco-italiennes montrent une atténuation progressive de ces caractères : leur relief gagne en largeur et perd en hauteur, la tectonique indique un effort orogénique de moins en moins violent.

La coupure entre les Alpes helvétiques et les Alpes franco-italiennes ne coïncide pas avec la frontière franco-suisse. C'est au cours de l'Arve qu'il conviendrait de la placer ; le Mont Blanc et le Chablais ont encore tous les caractères helvétiques.

De ces divisions fondamentales des Alpes, nous n'aurons à étudier dans cet ouvrage que celles qui rentrent dans le territoire de la Suisse et de l'Autriche, c'est-à-dire presque toutes les Alpes helvétiques et la plus grande partie des Alpes orientales : Préalpes du Nord, Préalpes de Styrie et Hautes Alpes centrales du Tirol.

BIBLIOGRAPHIE

Structure et relief. — Le prodigieux effort des géologues pour déchiffrer la tectonique alpine s'est traduit par une extraordinaire abondance de mémoires et d'ouvrages dignes d'être relevés. Nous devons nous contenter de renvoyer à l'ouvrage encore classique de A. Heim, Mechanismns der Gebirgsbildung,Bàle., 1878, 2 vol. et atlas, — à la monumentale Géologie der Schweiz, du même auteur, t. II, Zurich, 1920, — et à l'exposé synthétique récent de L. W. Collet, The Structure of the Alps, Londres, 1927, au courant des derniers travaux (Lugeon, Termier, Haug, Argand, Staub, Ampferer, etc.).

Les surfaces de maturité tertiaires et le rajeunissement pliocène ne sont étudiés que dans des mémoires, dont les plus importants sont : A. Aigner, Die geomorphologische Problème am Ostrande der Alpen (Zeitschrift fur Géomorphologie, I, 1925, p. 29-44, 105-153 ; 1926, p. 187-253). — J. Sôlch, Grundfragen der Landformung in den Nordôstliche Alpen (Geogr. Analer, 1922, p. 147-192), et Das Formenbild der Alpen {Geogr. Zeitschrift, XXXI, 1925, p. 193-204). — • Emm. de Martonne, L'ancien delta du Var et les vallées des Alpes Maritimes {Annales de Géogr., XXXII, 1923, p. 313-338). — Voir aussi les ouvrages et mémoires cités ci-dessous pour le Quaternaire

Sculpture fluvio-glaciaire quaternaire. — Le grand ouvrage de A. Penck et Ed. BRiicKNER, Die Alpen im Eiszeitalter, Leipzig, 1901-1909, résume et complète tous les travaux antérieurs. — Les idées nouvelles sur la combinaison des actions glaciaires et fluviales, exposées ici, sont empruntées à Emm. de Martonne, L'érosion glaciaire et la formation des vallées alpines {Annales de Géogr., XIX, 1910, p. 289-397; 1911, p. 1-29) et L'évolution des vallées glaciaires, ^en particulier dans les Alpes du Dauphiné {Bull, de la Société Géologique de France, 4« série, t. XII, 1912, p. 516-549).

Cartes des Alpes. — 1° Cartes d'ensemble : la meilleure carte murale est actuellement : F. Heidebich, Wandkarte der Alpen, 6 feuilles à 1 : 600 000 ; ■ — pour la Suisse, admirable carte à 1 : 200 000, publiée par le Bureau topogrâphique fédéral ; — à recommander encore les cartes hypsométriques de Ravenstein, Karte der Ostalpen, 9 feuilles, et Karte der Schweiz, 2 feuilles à 1 : 250 000.

2° Cartes topographiques : Autriche, 1 : 75 000 (en noir, relief en courbes et hachures) ; — Allemagne, 1 : 100 000 (hachures ; certaines feuilles éditées en couleur) ; — Bavière, 1 : 50 000 (courbes et teintes ; quelques feuilles spéciales très belles) ; — Suisse, 1 : 50 000 (courbes ; quelques feuilles spéciales publiées avec estompage et teintes hypsométriques d'un très bel effet).

Le Club Alpin austro-allemand a publié un certain nombre de cartes spéciales à 1 : 50 000 et à 1 : 25 000, dont plusieurs sont remarquables.

Reliefs. — Plusieurs massifs alpins ont été représentés par des plans en relief très soignés: Mont Blanc, Sântis, Simplon, Ortler, Gross Glockner, etc. — Voir à ce sujet A. Penck, Neue Reliefs der Alpen {Geogr. Zeitschrift, 1904, p. 26-38 et 95-101), et le catalogue du Service topographique fédéral suisse.

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