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A. LA VALLÉE DU RHIN DANS LE MASSIF SCHISTEUX RHÉNAN

Vue prise en avion au-dessus de Bingen. — Formes séniles du plateau, formes de rajeunissement de la grande vallée et des petites gorges affluentes. Vignoble en gradins sur les versants abrupts.

G. U., t. IV, Pl. IX.

LE MONDE HERCYNIEN.

Rhénan s'est étagé largement sans autre accident net que son bord méridional, aligné presque dans le sens du parallèle ; l'abrupt continu qui limite à peu près les bassins du Rhin et du Danube dans l'Allemagne du Sud serpente à travers la Bavière et le Wurtemberg, sous les noms de Jura Franconien (Franken Jura) et de Jura Souabe (Schwâbische Alb), en décrivant presque un S complet; des blocs isolés se dressent au milieu des plaines, comme le Harz, en Allemagne, la Lysagora en Pologne.

La confusion augmente, si l'on confronte les directions orographiques avec les directions tectoniques qu'indique une carte géologique d'échelle moyenne. La discordance est souvent complète. Dans les monts Métallifères de Bohême, dans le Thûringerwald et le Harz, les plis sont perpendiculaires à l'axe des hauteurs principales ; ils font avec lui un angle de 45° dans la Forêt Noire. Il y a au contraire concordance dans le Massif Schisteux Rhénan.

Le seul fait général est l'allure arrondie, presque aplanie des sommets. Aux altitudes qu'atteignent les monts des Géants (Riesengebirge) ou la Forêt de Bohême (1 665 et 1 458 m.), il n'est pas rare, dans les Alpes ou dans les Carpates, de trouver des crêtes assez accusées. Ici, rien que des croupes ou dômes arrondis, des vallées à peine dessinées, au fond tourbeux (pl. IX, B, et X). On ne s'étonne pas que des plissements datant de quelques milliers de siècles n'aient pu résister à l'érosion ; l'aspect des hauteurs hercyniennes est celui d'une « pénéplaine ». Mais comment expliquer les différences d'altitude sauxqeulles on rencontre cette surface, que les cours d'eau ont dû façonner en continuité avec les plaines littorales et le niveau de base de la mer ? Elle est à plus de 1 200 mètres dans les montagnes de Bohême, à 300 ou 400 dans le Massif Schisteux Rhénan.

Cependant, les dénivellations brusques ne font pas défaut dans les massifs hercyniens ; on les trouve, non pas sur les hauteurs, mais dans les parties basses. C'est un front abrupt, comme celui qui limite la Forêt Noire du côté du Rhin, les monts Métallifères du côté de l'Eger ; ce sont surtout les versants des grandes vallées, presque toujours encaissées. La percée du Rhin à travers le Massif Schisteux Rhénan de Bingen à Bonn est justement célèbre (pl. IX, A) ; l'Elbe et son grand affluent la Vltava (Moidau) ne sont pas moins pittoresques dans leur traversée des plateaux et chaînons anciens de Bohême et de Saxe. Les petites vallées sont plus sauvages encore, souvent de véritables gorges avec des cascades, jusqu'à ce qu'on arrive, en les remontant, sur les hauteurs où les rivières naissent dans des vallonnements indécis.

Tous ces faits, individuellement surprenants, s'éclairent l'un par l'autre. Les vallées encaissées sont des formes de rajeunissement, d'un âge plus récent que la pénéplaine des hauteurs. Elles sont dues à une reprise de l'érosion mordant sur une surface jadis aplanie. Cette reprise de l'érosion a été déterminée justement par les mouvements du sol, qui ont porté la pénéplaine à des altitudes variées, généralement bien au-dessus du niveau où elle s'était développée, et qui l'ont même disloquée, en créant des abrupts alignés, comme celui qui forme le front occidental de la Forêt Noire.

Rien d'étonnant à ce que de pareils mouvements se soient produits à l'époque tertiaire ; ils sont la conséquence de la poussée orogénique alpine. Les masses figées de la zone hercynienne ont, dans l'ensemble, résisté sans doute aux efforts qui faisaient jaillir du géosynclinal alpin les plis et les nappes de charriage ; elles ont joué le rôle de môle. Pourtant, leur rigidité a dû céder quelque peu sous

l'europe centrale.

la formidable poussée qui soulevait de 10 000 mètres au moins l'édifice des Alpes. De grandes ondulations les ont bosselées, des cassures les ont zébrées, des failles les ont divisées en blocs qui ont basculé et joué l'un par rapport à l'autre. Les lézardes du vieil édifice ont été si profondes que les matières ignées sont montées jusqu'à la surface. L'activité volcanique s'est manifestée dans la zone hercynienne jusqu'au début du Quaternaire et y a créé des reliefs postiches encore reconnaissablés, aussi bien en Bohême qu'en Allemagne.

Complications de l'histoire hercynienne. — Ainsi s'expliquent les contrastes, les anomalies apparentes et le morcellement du relief dans la zone hercynienne. On peut et on doit pousser l'analyse plus loin, si l'on veut comprendre maints détails que la description régionale rencontre à chaque pas. Nous avons affaire à des pays très nuancés d'aspect, très compartimentés, oii les noms de petites régions sont, comme en France, innombrables, où l'occupation humaine est tantôt très dense, tantôt très lâche, où des districts ruraux voisinent avec de grands foyers industriels. A côté de la Ruhr, les landes du Haut- Eifel ; à côté de la belle plaine de Hesse, les forêts du Taunus ; à côté des champs de betteraves de la Borde de Magdebourg, ou du Podlabe, les usines de la Saxe et de la Bohême centrale, les immenses solitudes forestières de la Suisse saxonne et de la Sumava.

La variété des aspects économiques s'explique en partie par la mosaïque de la carte géologique. Les hauteurs de la zone hercynienne, généralement formées de blocs de roches anciennes, alternent avec des bassins de couches sédimentaires, d'âge secondaire et tertiaire, comparables au Bassin Parisien, où alternent les calcaires, les grès et les argiles. Entre le plissement de la fin de l'ère primaire, suivi d'une pénéplanation à peu près complète, et les dislocations tertiaires accompagnées d'une reprise d'érosion, s'étend une longue période de l'histoire de la Terre, dont il y a lieu de tenir compte.

Si grande que nous apparaisse, sur la carte géologique, l'extension des formations secondaires, nous ne voyons que les restes d'une série sédimentaire qui a pu recouvrir presque toute la zone hercynienne. Des témoins de grès du Trias sont sur les hauts sommets de la Forêt Noire ; le Crétacé voile encore toute l'extrémité orientale des monts Métallifères de Bohême. La pénéplaine devait être déjà à peu près parfaite au début du Secondaire, et les dépôts du Trias, en la recouvrant, l'ont en quelque sorte « fossilisée» . Les hautes surfaces ne sont jamais plus exactement nivelées que lorsque l'érosion récente les a dégagées depuis peu du manteau de sédiments secondaires. Elles représentent alors une pénéplaine fossile, généralement prétriasique, toujours posthercynienne. On conçoit qu'elle plonge sous les sédiments qui se sont conservés seulement là où le vieil édifice primaire n'a pas été soulevé par les derniers mouvements du sol, si même il n'a pas subi un affaissement (fig. 12).

Les couches tertiaires ont eu, comme les couches secondaires, une extension plus grande. Elles ont rarement une épaisseur considérable, comme dans la plaine du Rhin moyen, où les sondages ont traversé l'Oligocène sur plus de 1 000 mètres, indiquant un affaissement prolongé. Le plus souvent, ce sont des dépôts de lacs ou de rivières (argiles, sables et graviers, parfois accompagnés de lignites, rarement des calcaires d'eau douce), que l'érosion récente a balayés facilement. Les affaissements ont pu les protéger, comme dans le Nord de la Bohême ;

LE MONDE HERCYNIEN.

sur les hauteurs, il a fallu la protection de coulées volcaniques pour les préserver, comme dans la Saxe. Dans ce dernier cas, on constate que les dépôts tertiaires continentaux voilaient une pénéplaine généralement bien distincte de la pénéplaine hercynienne. Le niveau des plateaux des massifs anciens se jetrouve très souvent sur les formations secondaires, tranchant leurs couches souvent ondulées ou faillées (fig. 12). Il n'est pas douteux qu'une pénéplaine postérieure au Cré-

Bloc basculé

Bassin secondaire modelé en côtes

Bassin carbonifère

Fig. 12. — Série de coupes schématiques montrant l'évolution de la zone hercynienne. 1, Pénéplaine fossile postcalédonienne ; 2, Pénéplaine fossile posthercj-nienne ; 3, Pénéplaine tcrliaire. — A, Situation avant les plissements hercyniens. — B, Pénéplaine postliercynienne (en trait interrompu, profil du relief des montagnes qu'avÈiit formées le plissement hercynien). — C, Sédimentation de l'époque secondaire. — D, Pénéplaine tertiaire après dislocations affectant la couverture secondaire. — E, Dislocation de la pénéplaine tertiaire et volcanisme. — F, État actuel après que l'érosion a fait disparaître une partie des reliefs volcaniques, déblayé des dépressions dans le Tertiaire meuble en le balayant, sauf là où il est protésré par des laves, sculpté des côtes dans les bassins de couches secondaires, dégagé par endroits la péné-plaine fossile posthercynienne (2) et même parfois la pénéplaine postcalédonienne (1).

tacé s'est développée dans presque toute la zone hercynienne, comme conclusion d'un cycle d'érosion que les mouvements du sol avaient dû déchaîner à la fin de l'ère secondaire, et qu'elle était à peu près achevée avant les dislocations tertiaires. C'est dans cette surface d'érosion préoligocène, plus ou moins déformée et disloquée depuis, que l'érosion a sculpté toutes les formes actuelles. L'analyse géographique la retrouve partout, et la description régionale ne peut l'ignorer sans renoncer à comprendre l'évolution d'un relief auquel l'activité humaine a dû s'adapter.

Mais, s'il est nécessaire d'être renseigné sur l'histoire de la zone hercynienne depuis le plissement de la fin de l'ère primaire, il n'est pas inutile de regarder aussi en arrière vers un passé plus lointain. Les dislocations tertiaires ne sont pas indépendantes des plissements hercyniens ; parfois il y a coïncidence d'orien-

Géocbaphie vNfVERSELLE. — Europe centrale, I. 7

l'europe centrale.

tation, comme sur le bord méridional du Massif Schisteux Rhénan. Les failles et les affaissements ont pu affecter des points faibles du vieil édifice. Il est arrivé aussi que des roches particulièrement résistantes (quartzites, porphyres, etc.) aient échappé au nivellement complet. Elles forment alors des reliefs résiduels dont l'orientation est celle des plis hercyniens (Tauhus et Hunsruck). Ou bien le nivellement a pu être à peu près parfait, mais la reprise d'érosion à l'époque tertiaire a tiré parti des points faibles, enfonçant et élargissant les vallées de préférence dans les couches les moins résistantes, de façon à créer un réseau de dépressions parallèles aux anciens plis ; c'est ce qu'on appelle, par allusion aux montagnes de l'Est des États-Unis, où cette évolution a été si bien définie, le relief appalachien.

Sa réalisation est relativement rare en Europe centrale, par exemple au Nord du Massif Schisteux Rhénan, sur la bordure du bassin houiller de la Ruhr, ou dans la Bohême centrale au Sud de Prague. Mais, dans ces deux cas, l'orientation n'est pas la même, et l'âge des couches est différent, carbonifère d'un côté, cambrien et silurien de l'autre.

On reconnaît que la zone hercynienne avait déjà subi un plissement avant la fin du Primaire. C'est le plissement qualifié de calédonien par les géologues, d'après le nom de la région écossaise où il a été d'abord reconnu. Les orientations calédoniennes sont rarement marquées dans le relief, mais fréquentes dans la disposition des bandes de roches anciennes. Là où la discordance est la plus grande entre les lignes directrices du relief et la structure géologique, c'est généralement que celle-ci est calédonienne. Son ancienneté très grande, le métamorphisme poussé à fond de toutes les roches expliquent l'indifférence de l'érosion à la géologie dans le Thûringerwald par exemple, le Harz, ou les monts Métallifères de Bohême.

Il peut arriver cependant que l'érosion ait dégagé le contact des couches du Primaire récent avec les plis calédoniens arasés qu'il recouvre, comme elle le fait pour la pénéplaine posthercynienne fossilisée par la couverture secondaire. C'est surtout le cas sur la bordure de certains bassins houillers, dont les couches schisteuses et gréseuses sont relativement peu résistantes et sont elles-mêmes recouvertes par des grès tendres d'âge permien (fig. 12). Ainsi s'expliquent des particularités du relief de la Saxe, de la région de la Ruhr, etc.

Les principaux types de relief hercynien. — A la lumière de ces notions, nous pouvons essayer de définir les principaux types de relief hercynien, que la description régionale rencontrera souvent plusieurs fois dans l'Europe centrale. D'abord, les massifs anciens, qui se détachent généralement comme des blocs, aux formes lourdes et mal dégrossies ; puis les bassins sédimentaires correspondant généralement à une dépression accusée du relief, non seulement à cause de l'affaissement tectonique, mais aussi à cause du déblaiement facile de leurs couches peu résistantes par l'érosion ; enfin, les reliefs postiches accumulés par l'activité volcanique et plus ou moins démantelés par l'érosion.

Les massifs anciens peuvent être des plateaux uniformes, comme le Massif Schisteux Rhénan, dont les bosses les plus hautes n'atteignent pas 1 000 métrés, quand la pénéplaine tertiaire, parfois confondue avec la pénéplaine prétriasique, y a été peu disloquée. Ils peuvent être réduits à une sorte de pilier isolé, comme le Harz, ou à un éperon, comme le Thûringerwald, correspondant à un « horst »,

Phot. Von (JerTryppen.

A. LA CÔTE DU JURA SOUABE (WURTEMBERG) VUE DU TURMBERG, PRÈS DE WEILHEIM.

Côte à deux gradins (Lias, en bas; Jurassique, en haut). Villages et vergers sur les i>entes de Lias.

l'iiot. N'on (U-i- rr;ipj)c'n.

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