A. CRÈTE DE MORAINE, PRÈS DE ZWEEDORF (MECKLEMBOURG
Type des mamelons alignés des moraines terminales de la dernière glaciation, avec gros blocs
Phot. Kmm. de Martonne.
CRETE DU TYPE DES « OSAR », AVEC LAC ALLONGE PARALLELEMENT. Région de Poznan (Pologne occidentale).
U., t. IV, Pl. XII.
LE MONDE HERCYNIEN.
c'est-à-dire à un compartiment resté debout entre plusieurs compartiments affaissés. Ils peuvent avoir, comme la Forêt Noire, la forme d'un bloc basculé, avec un front abrupt, correspondant à une faille, et un revers incliné doucemcnl, qui représente la pénéplaine prétriasique plongeant sous les formations secondaires. Parfois, deux blocs pareils tournent face à face leurs fronts abrupts, encadrant un profond fossé tectonique, comme dans le Nord de la Bohême, le Sud de la région rhénane.
Le type des blocs basculés est un de ceux qui s'est prêté le mieux au peuplement et où l'homme a le plus transformé le paysage primitif. Sur le revers en pente douce de la Forêt Noire, comme sur le glacis par lequel les monts Métallifères descendent vers la Saxe, on a vu la colonisation germanique remonter insensiblement jusqu'au faîte, les champs, les prairies et les villages prendre la place de la grande forêt. Au contraire, les plateaux uniformes du Massif Schisteux Rhénan, comme ceux des hauteurs de Moravie, sont restés très longtemps déserts, malgré des altitudes souvent plus faibles ; le peuplement dense y est limité aux vallées les plus profondes ou aux bassins houillers qui peuvent les border, comme du côté de la Ruhr.
Les bassins sédimentaires ne sont pas moins variés de formes que les massifs anciens. Parfois, l'affaissement y a été si accusé que les couches tertiaires apparaissent seules, plus ou moins voilées par des alluvions quaternaires ; ce sont alors de véritables plaines, comme celle du Rhin moyen. Plus souvent, les couches secondaires se montrent, plongeant vers le centre de la cuvette, comme dans le Bassin Parisien. On voit alors, dans les assises de dureté inégale, mais assez uniformément inclinées, l'érosion sculpter des reliefs dissymétriques, avec un front abrupt très festonné comparable aux Côtes de Meuse et de Moselle. Tels la Schwâbische Alb et le Franken Jura (pl. XI, A etB).
Ailleurs, l'allure tabulaire prévaut : ce sont alors des plateaux secs, coupés de quelques vallées encaissées, comme dans la Hesse orientale.
Les plaines occupant des fossés tectoniques apparaissent presque partout comme les parties les plus favorisées de la zone hercynienne. Abritées de la pluie, elles sont sèches, de climat relativement continental, avec des étés assez chauds pour compenser les hivers froids et brumeux. Des sols fertiles, probablement découverts au Néolithique, y ont de bonne heure attiré les hommes, et le peuplement y atteint une densité exceptionnelle. Les régions de côtes, beaucoup plus accidentées, ont des hauteurs restées encore forestières, au sol pauvre, voisinant avec des vallées largement déblayées dans des couches qui donnent de bons sols ; il y a là de vieilles régions agricoles, comparables aux petits pays du Bassin Parisien, soit en Souabe, soit en Thuringe, soit même en Bohême. Les plateaux gréseux disloqués sont parmi les régions les plus pauvres, souvent plus boisés que les massifs anciens eux-mêmes.
Un dernier élément de diversité est introduit par le volcanisme, tantôt avec des cônes assez bien conservés, comme le Vogelsberg ; tantôt avec des appareils dont l'érosion n'a laissé subsister que les culots de lave assez durs des cheminées, comme les pitons des Siebengebirge, qui se dressent au bord du Rhin en face de Bonn ; tantôt avec des tables de laves isolées, comme les plateaux de la Rhœn.
Principaux groupements régionaux. — Des groupements de ces différents types de relief résultent des ensembles régionaux, qu'il importe d'autant
plus de définir que les frontières politiques, fixées par les vicissitudes de l'histoire, les découpent souvent de la façon la plus capricieuse.
Le plus homogène est celui qu'on désigne sous le nom de Massif Bohémien. Il comprend, avec la Bohême historique, une partie de la Moravie, et est actuellement partagé entre la Tchécoslovaquie, maîtresse de presque toute son étendue, l'Allemagne, possédant son pourtour vers le Nord, et l'Autriche, à qui revient encore une partie de son bord méridional. Le socle ancien y est à découvert sur de grandes surfaces, bosselé et fracturé un peu partout, mais surtout au Nord et à l'Ouest. Les dislocations tertiaires accompagnées de volcanisme, les érosions qui ont dispersé presque partout la couverture sédimentaire, sauf dans les parties assez affaissées, ont créé un relief compliqué, dont les éléments essentiels sont des blocs basculés, comme les monts Métallifères au Nord, la Forêt de Bohême à l'Ouest et les petits massifs des Sudètes à l'Est ; de grands plateaux, comme les hauteurs de Moravie au Sud ; puis des plaines, comme le Podlabe et les bassins de rOhre (Eger). Mais l'ensemble se tient, drainé par une seule artère fluviale, l'Elbe, et offrant, sur une carte d'atlas, l'apparence d'une cuvette bosselée, aux bords nettement relevés de trois côtés au moins.
Un autre groupe de régions, dont l'individualité est presque aussi nette, appartient au type des bassins sédimentaires modelés en côtes : il s'étend entre les deux massifs anciens de la Bohême et de la Forêt Noire, vers lesquels se relèvent de chaque côté les couches secondaires. On l'a plus d'une fois décrit comme le pendant du Bassin Parisien de l'autre côté du Rhin ; mais sa structure est plus compliquée, le dessm des côtes trahit des mouvements du sol plus importants : leur altitude dépasse souvent 500 mètres et atteint 1 000 mètres au Sud. La Bavière et le Wurtemberg se partagent cette grande région ; le Main et le Neckar en assurent presque tout le drainage ; la partie wurtembergeoise correspond à peu près à l'ancienne Souabe, la partie bavaroise, à l'ancienne Franconie, d'oîi le nom de Bassin de Souabe et Franconie.
En dehors de ces grandes unités, il est difficile de trouver des groupements naturels dans le morcellement hercynien. Entre le bord septentrional du massif de Bohême et les « horsts » du Thûringerwald et du Harz, qui sont loin de former un encadrement continu, s'étale un bassin de couches secondaires relevées sur les bords, modelées en côtes, qu'on peut appeler le Bassin de Thuringe.
L'aire de drainage de la Weser, en amont du défilé connu sous le nom de Porta Westfalica, correspond à une région de reliefs confus et de structure géologique très compliquée, où l'on trouve à la fois des couches secondaires disloquées par des failles, des massifs volcaniques importants plus ou moins démantelés par l'érosion, de petites plaines et des chaînons de couches secondaires ayant subi de véritables plissements. Le seul caractère commun à cette mosaïque est l'importance des dislocations, qui paraissent dues à la pression des deux massifs anciens qui l'encadrent : à l'Est, le Massif Bohémien, à l'Ouest, le Massif Schisteux Rhénan. On peut la décrire sous le nom de Région de la haute Weser.
Il paraît encore plus indiqué de grouper les régions hercyniennes drainées par le Rhin et ses affluents sous le nom de Région rhénane. Celui de Rhénanie a une valeur historique, mais ne répond plus aux conditions politiques actuelles. Le Rhin n'a pas été, comme on aurait pu l'attendre après l'occupation romaine, un lien entre les peuples vivant sur ses rives. Dans son cours moyen, il suit un fossé tectonique entre les deux massifs jumeaux des Vosges et de la Forêt Noire ;
LE MONDE HERCYNIEN.
les alluvions quaternaires y forment une large plaine, remarquablement favorisée à tous les points de vue : sol, climat, facilités de communications. Vers l'embouchure du Neckar, la plaine n'est plus bordée que par des plateaux gréseux, témoins de la couverture sédimentaire du socle ancien : à l'Ouest, la Hardt du Palatinat, à l'Est, l'Odenwald. A l'embouchure du Main, elle a gagné encore en largeur, mais cette plaine de la Hesse rhénane est un cul-de-sac, barré vers le Nord par le bloc le plus homogène qui existe dans toute la zone hercynienne. Géographes et géologues désignent sous le nom de Massif Schisteux Rhénan cet ensemble de plateaux qui s'étend de la Hesse à la Belgique, à une altitude moyenne de 400 mètres, atteignant parfois 700 et 800 mètres. La percée du Rhin à travers ce bloc compact s'est faite dans l'axe d'un golfe de plaine qui réchancre au Nord jusqu'à Bonn.
En avançant vers le Nord et l'Est, les reliefs hercyniens se morcellent de plus en plus. Le Harz est un « horst » isolé. A l'Est du massif de Bohême, la plaine polonaise s'étale. Le socle ancien, dans lequel s'enfoncent les puits de mines en Silésie, et même sa couverture secondaire sont voilés par le Tertiaire et les alluvions fluvio-glaciaires. Un dernier massif surgit encore au cœur de la Pologne : c'est la Lysagora, qui offre un relief appalachien très caractéristique, crevant une carapace de Trias et de Jurassique légèrement plissés.
Tels sont les principaux groupements régionaux qu'on peut distinguer dans la zone hercynienne. Sauf la Bohême, aucun ne répond à une unité ethnique ou nationale. Le morcellement physique semble avoir prédisposé au morcellement politique. La Thuringe a été longtemps une mosaïque de petits États. Le Bassin de Souabe et Franconie a été divisé entre la Bavière et le Wurtemberg. Depuis quinze siècles, la Rhénanie est disputée entre Germains et Français. Ces divisions n'ont pas empêché les hommes de développer de plus en plus toutes les possibilités que la nature leur offrait. Partout, à côté de régions pauvres, les pays hercyniens ont des coins singulièrement favorisés par le climat, le sol ou les richesses du sous-sol. Nous touchons à une zone vitale, débordante de sève, avec ses districts surpeuplés, ses foyers industriels et ses essaims de grandes villes. La description régionale devra en être assez minutieuse ; il importait de la préparer par une analyse précise du relief, facteur essentiel de ses aspects si variés.
En dehors des innombrables mémoires sur les différentes régions, dont les plus importants seront mentionnés plus loin (bibliograpliies des chap. XI et suivants), il y a peu ou point d'ouvrages d'ensemble. Citons les études qui ont la portée la plus générale : A. Penck, Deulschland (coll. Unser Wissen von der Ercle), Leipzig, 1887, donne encore la description la plus approfondie de la zone hercynienne en Allemagne. — F. Machatschek, Landeskunde der Siidelen- und Wesi-Karpatenlaendcr, Stuttgart, 1927, est capital pour la Bohême. — A consulter encore : E. Philippi, Ueber die prâoligozane Landoberflâche in Thiiringen (Ze/rst/ir//; der Deiilschen geologisclien Gesellschafl, LXII, 1910, p. 305-404).— C. Mordziol, Ein Beweis fur die Antecedenz des Rheindurchbruchs (Zeitschrift Gesellschafl fur Erdkunde zu Berlin, 1910, p. 77-92, 1.59-173). — Emm. de Martonne, Deux massifs hercyniens, le Bœhmerwald et la Lysa Gora {Annales de Géogr., XXXV, 1926, p. 27-50).