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B. LIMITE ^NATURELLE DE LA FORÊT, A BALOTA (CARPATES ROUMAINES

Conifères en <^tendard ebranches mortes du coti- du vent), dans uni tapis de pins de montagne, enfin réduit à quelques toufl'es dans la i)elouse alpine.

G. U., t. IV, Pl. XVI.

LA VIE VÉGÉTALE ET ANIMALE

s'affirme. Après les ravages des Turcs dans la plaine hongroise et ceux des guerres avec la Russie en Valachie, on a vu ce paysage s'étendre et régner de longues années. Les troupeaux de buffles et de chevaux en liberté, les nuées d'abeilles voltigeant sur la prairie fleurie au printemps faisaient l'étonnement des voyageurs à la fin du xviii^ et au commencement du xix^ siècle. Des bandes de loups parcouraient les campagnes, particulièrement redoutables en hiver ; tout un peuple de petits carnassiers donnaient la chasse aux rongeurs de steppe. Il est resté quelque chose de cette population terricole, et la silhouette du spermophile se dresse souvent encore au détour d'une piste traversant les champs de la Bessarabie méridionale. Celle de l'outarde, gros oiseau plus coureur que volant, est aussi familière aux chasseurs. Les nuées de sauterelles continuent à s'envoler de la Dobrogea ou du Baragan.

Formations forestières. — L'arbre n'a cependant pas été toujours entièrement absent de ces plaines. Des bouquets de bois de chênes y sont encore parsemés çà et là dans les parties les moins sèches, comme la campagne de Vlasia (environs de Bucarest en Valachie), et sur les berges des vallées assez profondément entaillées, comme celles du Dniestr et du Prut. Ils se groupent en belles forêts dès que le relief devient un peu plus accidenté, comme dans les Codri de la Bessarabie. Au bord des montagnes, Carpates et petits massifs de la plaine pannonique (Bakony, Fruskagora), la forêt, partout présente encore, a dû former jadis une zone continue. La nature du sol l'indique clairement dans la Moldavie et l'Olténie, ia plus grande partie de la Transylvanie intérieure et de la Galicie orientale, où régnent les terres brunes ou les tchernozioms dégradés. La conquête de la végétation forestière sur des régions jadis découvertes, dont cette dégradation est la preuve, correspond sans doute à la phase de climat atlantique, qui a succédé à la période relativement chaude et sèche des temps postglaciaires.

Cette ceinture forestière, avec les îlots boisés qui apparaissent çà et là, même à rintérieur des plaines, était et est encore bien différente des forêts du Nord. Piien que des feuillus, particulièrement des chênes méridionaux à feuilles souvent épaisses et gondolées (Quercus cerris, Q. pubescens). En Dobrogea et en certains points des Carpates du Sud touchant aux Balkans, les tilleuls s'y mêlent et dominent parfois, témoignant de l'importance des éléments balkaniques et pontiques. Ces bois sont relativement peu denses ; la lumière y arrive au sol, et le sous-bois a une richesse remarquable en arbustes producteurs de baies et de fruits. Dans les clairières et sur le bord des massifs, ce sont des taillis où se mêlent érables, bouleaux, sorbiers, noisetiers, épines, églantiers, prunelliers, mûriers, etc. •Jamais rien qui ressemble aux landes du Nord ; mais, sur les coteaux incultes, ensoleillés et assez secs, tels qu'on en trouve dans la Dobrogea, apparaissent des associations végétales qui rappellent certains aspects des Balkans, soit des fourrés épineux où les prunelliers et les cornouillers jouent le principal rôle, soit des pelouses à graminées xérophiles, en touffes espacées, et à plantes bulbeuses.

Le voisinage des forêts et des plaines découvertes a eu une grande importance pour le peuplement animal et pour l'homme lui-même. Il favorisait les espèces qui cherchent volontiers un abri temporaire, celles qui se nourrissent de baies, des fruits ou graines de certains arbres ; tout un peuple d'oiseaux, de mammifères herbivores ou carnassiers s'est offert à l'homme chasseur.

GéocaApniE uî(ivebselie. — Europe centrale, I. ' 12

l'europe centrale.

Nul doute que le déboisement n'ait joué son rôle même dans les plaines danubiennes. On l'a vu ravager tout le Nord de la Dobrogea le long du Danube, décimant de splendides chênaies pour l'usage des Turcs ; il a détruit complètement les forêts auxquelles le Teleorman roumain doit son nom et qui existaient encore à la fm du xviii*^ siècle. II a remis en marche les dunes du Deliblat et de la Coumanie, que des plantations et des cultures ont de nouveau fixées récemment. Il a dû commencer dès la période préhistorique, s'attaquant aux massifs forestiers en formation ou déjà établis sur le tchernoziom dégradé.

Un autre type de forêt interrompant la monotonie des grandes plaines a subsisté encore, offrant en certains endroits une image qui diffère bien peu sans doute de son aspect primitif. Ce sont les forêts qui poussent sur les alluvions inondables des grandes rivières, Danube, Tisza, Dniestr, et leurs principaux affluents. Le ruban de verdure continu était sans doute jadis plus large, allant d'une berge à l'autre. Il ne reste généralement que des témoins de la forêt au riche sous-bois, établie sur le versant toujours à sec ; parfois ont subsisté encore d'assez grandes étendues de ces superbes chênaies, aux grands fûts espacés, qui se dressent sur le sol gazonné des basses terrasses, inondées seulement par les crues exceptionnelles, où l'eau est toujours assez près de la surface. Mais l'homme n'a presque pas touché à ces fourrés épais de saules et d'aulnes qui suivent les chenaux ramifiés des rivières divagantes, passant insensiblement, sur le bord des étangs et des. bras morts, à la mer des roseaux (pl. XV, B). Le vapeur emporte le voyageur de Vienne à Budapest entre une double muraille de verdure impénétrable, qui lui cache toute la campagne. Sur le bas Danube, la Balta est restée un monde primitif dont rien n'approche la sauvagerie, paradis des chasseurs et des pêcheurs. Tous les oiseaux migrateurs s'y donnent rendez-vous, jusqu'aux spatules, aux hérons, aux flamants roses ; sous les touff'es d'énormes saules, aux branches desquels pendent comme des barbes les racines développées au moment de la crue, on voit l'eau bouillonner par places dans l'agitation de myriades de poissons.

Coupées de vallées forestières humides le long des cours d'eau permanents, semées de bouquets de bois sur les collines et les terrasses élevées, entourées d'une ceinture de forêts suivant le pied des montagnes, les plaines du Sud-Est n'en ont pas moins toujours été essentiellement des pays découverts, où dominent les grands espaces de prairies ou de steppes. Presque tout le reste de l'Europe centrale est au contraire, à l'état naturel, un pays forestier.

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