III. — LE DOMAINE FORESTIER HERCYNIEN ET SEPTENTRIONAL
Vocation forestière générale. — Des rivages de la mer du Nord ou de la Baltique jusqu'aux Alpes et aux Carpates, le sol de l'Europe centrale, dans les conditions de climat actuelles, peut nourrir presque partout des arbres en masses plus ou moins compactes. Les exemples abondent de terres abandonnées devenues assez rapidement des bois. L'humidité ne fait défaut nulle part, car l'été est généralement la saison la plus pluvieuse, et les températures ne s'élevant pas assez pour donner une aridité comparable à celle qu'on note en fin d'été dans les plaines danubiennes. Les sols qui dominent sont les sols cendreux du type podzol, accusant un lessivage profond et la pénétration des racines des arbres depuis des milliers d'années, ou des sols bruns ou gris encore profondé-
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ment décalcifiés. Dans les régions les plus humides de la plaine glaciaire septentrionale, surtout du côté de la mer du Nord, l'accumulation de l'humus acide à la surface manifeste souvent une dégradation avancée du sol forestier, qui passe à la terre de lande, et les tourbières s'installent sur les fonds gorgés d'eau. Plus au Sud, les dépressions de la zone hercynienne offrent cependant des limons du type lœss et parfois des étendues de terres noires plus ou moins dégradées qui indiquent des vides plus ou moins importants et plus ou moins persistants dans le manteau forestier.
Mais les espaces découverts, qui étaient la règle dans la plaine danubienne, sont l'exception, La vocation forestière de l'Europe centrale est ici générale. La forêt, toutefois, prend des formes variées : tantôt massifs compacts, poussant sur des sols appauvris, tantôt massifs ouverts, laissant la place aux buissons et aux espèces herbacées nourries par un sol plus riche. Dans le premier cas, ce sont surtout les conifères qui dominent, au Nord-Est et sur les versants des montagnes ; dans le second, ce sont surtout les feuillus, et particulièrement les chênes plus ou moins mêlés de hêtres, qui se rencontrent au Sud et à l'Ouest ; la hêtraie pure ou mêlée de conifères représente un type intermédiaire très fréquent dans la zone hercynienne propre.
Forêts de conifères du Nord et des montagnes. — Rien qui s'oppose davantage aux plaines découvertes du Sud-Est de l'Europe centrale que la sombre forêt de conifères qui règne encore sur d'immenses étendues dans le Nord de la Pologne et la Prusse à l'Est de l'Elbe. L'ombre des rameaux est éternelle. Le sol, que la lumière n'atteint pas et que couvre un feutrage épais d'aiguilles, est toujours humide, privé de fleurs, incapable de nourrir ces buissons qui donnent tant de variété et de charme aux forêts de feuillus. Rien de plus monotone que les pinèdes s'étendant sur les sables du Brandebourg et de la Poméranie, avec les fûts grêles étroitement serrés, portant très haut un bouquet vert foncé. Plus sombre encore est la forêt d'épicéas et de pins, qui domine à l'Est de la Vistule dans la Prusse orientale et le Nord-Est de la Pologne.
Certains coins, près des frontières de la Lithuanie, permettent d'imaginer ce que devaient être ces massifs forestiers, comparables à la Taïga sibérienne, avant que l'homme s'y soit insinué. Les miroirs d'eau des lacs et les tourbières, occupant les innombrables dépressions des moraines, interrompaient seuls l'immense forêt, où les vieux arbres, attaqués par les lichens et les champignons, minés par les insectes, croulaient et pourrissaient sur place au milieu des mousses d'où jaillissaient les nouveaux plants.
En même temps qu'elle prenait possession des moraines, après le retrait des glaciers Scandinaves, la forêt de conifères s'emparait des hauteurs hercyniennes dépassant 700 mètres, des versants des vallées alpines et carpatiques. Les défrichements ont laissé presque intactes ces sombres futaies d'épicéas ou de sapins qui forment une ceinture à toutes les montagnes assez élevées de l'Europe centrale, zone remarquable par la pauvreté de son sol en fleurs et en arbustes, qui contraste avec la richesse relative des sommets découverts et des pentes inférieures;
La forêt hercynienne : hêtres mêlés de conifères ou de chênes. — La plus grande partie de la zone hercynienne a cependant été conquise par une végétation forestière à cachet atlantique, qui a couvert aussi la plaine du
l'europe centrale.
Nord jusqu'à l'Elbe, sinon même jusqu'à l'Oder. L'élément caractéristique en est le hêtre, ami des brouillards, des sols profonds et humides, qui craint les hivers secs et froids du climat continental, autant que les étés secs des plaines méridionales. Il forme encore des peuplements purs, dont on admire la vigueur, dans le Slesvig oriental, les montagnes de la Weser, le Jura Souabe, l'intérieur de la Bohême. La précocité de la feuillaison, l'ombre versée par les frondaisons denses ne laissent guère au sol plus de lumière que dans la forêt de conifères du Nord-Est et ne se prêtent guère plus au développement du sous-bois. Primevères et anémones se hâtent de fleurir au printemps avant que les feuilles ne donnent leur ombre. En été, les fougères jaillissent au bord des ruisseaux, la mousse couvre les troncs humides. L'abondance des feuilles mortes donne un humus acide qui compromet la formation saine de la terre végétale, et la dégradation du sol forestier peut aller jusqu'à la terre de lande, passant à la tourbe sur les fonds mal drainés.
Dans la plaine cependant, la hêtraie est rarmeent pure, elle est même souvent remplacée par d'autres peuplements forestiers sur les moraines du Mecklembourg et de la Poméranie ; les pinèdes ne sont pas rares à l'Ouest de l'Elbe ; les chênes atlantiques aux feuilles presque aussi minces que celles des hêtres (chêne pédonculé particulièrement) se mêlent aux hêtres et peuvent dominer, comme sur les dernières pentes du Massif Schisteux Rhénan et les derniers chaînons des montagnes de la Weser. Ces forêts étaient jadis encore plus variées ; les ormes, les charmes, les bouleaux qu'on y trouve çà et là devaient jouer un plus grand rôle. Le sous-bois y est déjà plus riche que dans la hêtraie pure, les fleurs et les buissons apparaissent dans les clairières et sur les bords des massifs, rappelant un peu les forêts de chênes des plaines danubiennes.
Mais deux ennemis menacent la forêt dans la plaine glaciaire du Nord-Ouest, qui prolonge la Hollande. Le premier est l'humidité excessive du sol, souvent sableux, gorgé d'eau qui s'écoule difficilement faute de pente ; il en est résulté, dès la disparition des glaciers, la formation d'immenses tourbières, sur lesquelles la forêt a dû conquérir peu à peu le sol, mais qui couvrent encore des espaces plus grands qu'un département français, d'un seul tenant (pl. XV, A). Le second ennemi est l'homme, dont les déboisements ont favorisé certainement l'extension des landes, les bruyères gagnant sur les friches et les pâturages. Il est probable cependant que la lande a toujours existé comme forme de transition entre la tourbière et la forêt. Suivant les changements du climat postglaciaire, accentuant ou diminuant l'humidité, la tourbière a pu gagner sur la forêt et la lande, ou reculer devant elles ; on en a la preuve dans les strates successives que découvrent les sondages au bord des tourbières actuelles.
La hêtraie mêlée de chênes ou de conifères s'est mieux conservée dans la région hercynienne propre. Elle apparaît presque partout au-dessous de la zone de conifères des montagnes, et le mélange des sapins avec les feuillages clairs des hêtres, qui prennent à l'automne des teintes jaune ou orange, est un des charmes du paysage dans les vallées de la Forêt Noire, comme dans le Taunus, le Harz méridional, l'extrémité Nord-Ouest du Thûringerwald.
Souvent l'exploitation forestière moderne a tendu à éliminer les hêtres et à créer des futaies de conifères, coupées à blanc et replantées régulièrement.
Forêts subalpines et étage alpin. — La forêt hercynienne a envahi les pentes des grandes chaînes de plissement de l'Europe centrale, Alpes et
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Carpates, mais sans arriver à occuper les sommets où les neiges couvrent le sol presque toute l'année. Les Alpes en particulier, avec leurs puissantes chaînes dépassant 4 000 mètres, offrent aux regards tout un étagement de formes de végétation (pl. XVI).
L'étage forestier, que les botanistes qualifient généralement de subalpin, va de 800 à 2 000 mètres en moyenne. Ce sont évidemment les défrichements
FiG. 25. — Altitude moyenne de la limite de la forêt dans les Alpes. D'après Imhof, pourla Suisse, et Marek, pour l'ancienne Autiiclie. — Les chiffres indiquent des hectomètres (22 = 2 200 mètres). — B, Mont Blanc ; Bn, Bemina ; Br, Brenner; D, Dolomites ; G, Saint-Gothard ; HT, Hohen Tauern ; Or, Ortier ; Ot, Œtztal ; R, Mont Rose ; S, Sântis. — Échelle, 1 : 7 500 000. — Figure extraite de Emm. de Martonne, Les Alpes (Collection Armand Colin).
qui ont fixé presque partout sa limite inférieure, sauf peut-être dans les régions où l'influence méditerranéenne s'est fait plus ou moins sentir. On voit encore parfois la forêt descendre jusqu'au pied de la montagne du côté du plateau bavarois. La limite supérieure a reculé çà et là à partir du moment où l'homme est remonté dans les hautes vallées et a conduit régulièrement ses troupeaux dans les pâturages alpins. Elle reste pourtant, dans l'ensemble, fixée par les conditions du climat et varie nettement avec elles. Une carte indiquant son altitude moyenne (fig. 25) montre des différences de 800 mètres entre les chaînes préalpines, où les précipitations plus abondantes déterminent un enneigement plus prolongé, et les régions centrales, généralement plus sèches, moins neigeuses, plus chaudes et moins venteuses à égale altitude. Ainsi, elle est à 1 500 mètres dans le Sântis, à 1 400 sur l'Isonzo, à 2 200 dans l'Œtztal, à 2 300 au Mont Rose.
Le peuplement forestier des Alpes, comme celui des Carpates, qui lui res- .semble, est assez varié encore à l'étage inférieur et de plus en plus monotone à l'étage supérieur. D'un côté, les hêtres mêlés aux sapins pectinés, parfois même aux érables et aux ormes ; de l'autre, les conifères à peu près seuls, sapins et
l'europe centrale.
épicéas généralement. Les déchirures des torrents et des éboulis forment des clairières naturelles, peuplées de fourrés d'aulnes, où s'insinuent parfois des plantes de l'étage alpin. Vers la limite supérieure, le manteau sombre se déchire, avant de céder la place aux prairies et landes alpines. A l'état naturel, il devait exister partout une zone de transition, qu'on observe encore dans les régions les plus sauvages, avec des bouquets de sapins rabougris, des buissons de genévriers ou de pins aux branches tordues rampant sur le sol (pl. XVI, B).
Quand la neige persiste pendant plus de neuf mois, même ces derniers représentants de la végétation ligneuse sont proscrits. L'étage alpin ne connaît que des plantes herbacées, aux longues racines, aux feuilles réduites ou charnues, aux fleurs épanouies et éclatantes. Suivant l'acidité plus ou moins grande du sol, son caractère plus ou moins pierreux, son exposition plus ou moins favorable, c'est une prairie qui s'installe ou une sorte de lande. Le premier aspect est celui qui a attiré l'homme vers les hauteurs et qu'on a cherché à étendre surtout aux dépens de la zone de transition buissonneuse.
Bien entendu, l'occupation humaine des Alpes n'a pas été sans porter atteinte à la forêt elle-même. Dans les hautes vallées relativement sèches, comme l'Ubaye ou la Haute-Engadine, elle est réduite à un ruban étroit qui se déroule sur les versants. Partout des clairières ont été ouvertes sur les replats oii le sol pouvait permettre quelques cultures. Mais il existait certainement des vides naturels. Sur les versants ensoleillés, le long des couloirs où souffle le vent chaud connu sous le nom de fœhn, le botaniste trouve des stations de plantes méridionales, qui ont dû s'insinuer à la faveur de la période de température plus élevée succédant au retrait des glaciers. Peut-être est-ce aussi à ce moment que la forêt est montée à plus de 100 mètres au-dessus de sa limite actuelle, comme le prouvent les souches qu'on trouve en pleine zone des pâturages alpins.
Tous les étages de végétation des Alpes se retrouvent dans les Carpates, mais les massifs hercyniens arrivent bien rarement au niveau de l'étage alpin.
Forêts des alluvions inondables. — Le tableau du monde forestier serait encore incomplet, si l'on oubliait les associations végétales des larges fonds de vallées inondables, si développées dans la plaine glaciaire du Nord, non seulement le long des grandes rivières actuelles, mais aussi le long des anciens cours qui ont été suivis par le drainage au moment du retrait des glaciers. L'eau y est toujours presque à fleur du sol, et de grandes étendues sont sujettes chaque année à l'inondation. L'aspect ne diffère pas très sensiblement des forêts alluviales traversant les plaines danubiennes découvertes. La végétation est seulement moins vigoureuse. Les sols rarement inondés, mais où la nappe d'eau est toujours voisine de la surface, ont des forêts claires de chênes pédonculés avec frênes et charmes, un sous-bois relativement abondant où les primevères, les anémones, les aulx fleurissent au printemps, avant que soient développées les feuilles des noisetiers et des saules.
Là où l'inondation est la règle chaque printemps, le sol, toujours humide et tourbeux, n'est couvert que de touffes d'aulnes et de buissons de saules, entre lesquels apparaît un gazon de plantes de marais, carex, joncs, ériophores. C'est ce que le peuple germanique appelle proprement Bruch.
Ces forêts humides occupaient jadis une étendue qu'on a peine à imaginer. Leur défrichement, commencé au moyen âge et continué dans les temps modernes,
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a livré d'excellentes prairies et même des terres de culture. On retrouve encore pourtant leur aspect primitif dans certains coins, comme le Spreewald aux portes de Berlin et surtout dans cette curieuse Polésie, où le Pripet rassemble et draine les eaux d'une immense étendue de marécages et de forêts (pl. XV, C).
Appauvrissement de la faune forestière. — Le vaste domaine forestier constitué après le retrait des glaciers dans la zone hercynienne et les plaines du Nord a eu sa faune formée en partie de survivants de la faune des toundras quaternaires, en partie d'espèces arboricoles suivant les progrès de la forêt. La chasse et les défrichements l'ont considérablement appauvrie, plus tardivement cependant que dans l'Europe occidentale où les progrès du peuplement ont été plus rapides. On trouve encore çà et là des reliques inconnues dans le reste du domaine forestier européen. Pour certaines espèces, on connaît avec précision la date de la disparition définitive, qui ne remonte souvent pas plus loin que le xviije siècle ou même les débuts du xix®.
L'ours brun (Ursas ardos) était encore connu dans la Hesse et le Thiiringerwald au xvi^ siècle, dans les Sudètes et dans le Bayrischerwald au xviii*^. On le chasse encore dans les Carpates du Sud. Les réserves des domaines seigneuriaux ont maintenu les sangliers, daims, cerfs et chevreuils dans les plaines et les collines, les chamois dans les montagnes. Des ruminants plus archaïques encore ont survécu très tard. L'élan, plus gros que le cheval, lourd et haut sur jambes, avec ses cornes digitées, était partout répandu au début de l'ère chrétienne ; il vivait encore en Poméranie au xvi^ siècle, en Silésie au xviii^ ; la dernière horde paît dans les forêts de la Kurische Nehrung (Prusse orientale). L'auroch, sorte de bœuf poilu, survivant de la période glaciaire, et le bison à crinière, déjà rares au moment de l'établissement des Alamans, existaient encore au xv® siècle dans les forêts du plateau subalpin bavarois et au xviii^ siècle dans la Prusse orientale. Le lynx, jadis très répandu, a disparu de la Hesse au xvi^ siècle, de la Silésie et du Thùringerwald au xyiii^ siècle ; on le chasse encore dans les immenses forêts marécageuses de la Polésie, de même que le chat sauvage et le glouton.
On est moins bien renseigné sur la disparition d'une foule d'espèces sans intérêt pour la chasse, petits rongeurs arboricoles dont il ne subsiste qu'une espèce d'écureuil, insectes, dont les larves attaquent les vieux arbres et qui sont proscrits par les coupes régulières aussi bien que par les déboisements définitifs. Le dessèchement des marais a aussi été fatal à un grand nombre d'animaux qui vivent dans les roseaux, la vase ou les eaux.
L'appauvrissement de la faune forestière continue. De 1820 à 1882, le naturaliste Senft a pu constater à Eisenach, dans le Thùringerwald, la disparition de 25 espèces de vertébrés, 4 mammifères, 16 oiseaux, 3 amphibiens, 2 poissons, et l'extinction presque complète de 21 espèces, dont 5 mammifères et 12 oiseaux.
Sans doute, cet appauvrissement est-il compensé par l'introduction des animaux domestiques avec leurs satellites, et surtout par l'immigration des espèces steppiques. Mais c'est surtout dans les clairières du domaine forestier, considérablement élargies par les hommes, que s'installent les nouveaux venus.
Origine et transformation par l'homme des clairières naturelles. — On a quelque peine à comprendre l'existence de clairières primitives dans le domaine forestier de l'Europe centrale. Sans doute certains sols indiquent-ils l'ab-
l'europe centrale.
sence de végétation arborescente. L'humus manque presque complètement sur les versants pierreux des coteaux calcaires, où la vigne a souvent pris la place d'une pelouse rase de graminées ou de buissons épineux ; il imprègne une couche superficielle, qui n'a pu nourrir que des plantes herbacées et rappelle le tchernoziom, dans les plaines de Thuringe et de Saxe, de Hesse et du Wurtemberg, où le lœss cache le sous-sol sur d'assez grandes étendues. Plus souvent l'apparence est celle du tchernoziom dégradé par l'invasion de la végétation forestière. En fait, partout où la culture s'arrête, les buissons s'installent, puis les arbres et la forêt, aussi bien sur les terres limoneuses où poussent les céréales que sur les côtes pierreuses où prospère le vignoble. Cependant aucun doute n'est possible sur la continuité du peuplement dans ces régions. Dans le Wurtemberg notamment, une enquête très précise a montré l'existence de quatre cents établissements romains dans les campagnes du Neckar, et une multitude de traces préhistoriques. Il en est de même partout où a été faite une enquête sérieuse, notamment dans la Hesse rhénane. La plaine crétacée de l'Elbe en Bohême et la Basse-Moravie sont aussi connues comme pays de lœss, où les vestiges du peuplement néolithique abondent, autant que les restes d'animaux de steppe sub-fossiles, et où même la flore a des éléments communs avec celle des plaines danubiennes.
Il faut évidemment admettre que l'homme a pris possession du sol à une époque où le climat n'était pas aussi humide qu'actuellement, avant la dernière offensive de la végétation atlantique. Nous savons, par l'analyse des traces de végétation parfaitement reconnaissables dans les strates de tourbières du Nord, qu'une pareille période, relativement sèche et chaude, a existé après la dernière glaciation. A ce moment, les dépressions de la zone hercynienne, qui se signalent encore par un climat plus continental et moins humide que les hauteurs, ont été envahies par la végétation des prairies steppiques caractéristiques des plaines danubiennes. Il en a été de même des plateaux calcaires, au sol naturellement pierreux et sec, comme le Jura Souabe. Les établissements humains qui ont trouvé place dans ces clairières naturelles s'y sont incrustés et n'ont fait, dans la suite, que se défendre contre le retour de la forêt.
Si les Néolithiques ont gagné du terrain, ç'a été d'abord aux dépens de forêts de chênes relativement peu denses, du type de celles qui font une ceinture aux plaines danubiennes, ou de taillis d'arbustes riches en fruits, en baies et en gibier, tels qu'on en voit encore çà et là. Plus tard, à partir du moyen âge, le défrichement a attaqué le domaine forestier primitif lui-même et a élargi considérablement les vides. Les cultures de céréales ont créé une sorte de steppe nouvelle, qui a naturellement accueilli tout un monde d'émigrants, plantes messicoles et rudérales, oiseaux, petits rongeurs et insectes.
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