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C. UN VILLAGE ROUMAIN DE LA PLAINE DE VALACHIE

Daia, au fjord de la vallée du Danube. Maisons disiJersées dans les vergers.

G. U., t. IV, Pl. XVIII.

LE PEUPLEMENT. ORIGINES ET ÉVOLUTION

La colonisation germanique médiévale. — Voici quelle était à peu près cette situation : plus de la moitié de l'Europe centrale est slave jusqu'à l'Elbe, la Saale et le haut Main à l'Ouest. Les vallées des Alpes orientales elles-mêmes sont sla visées presque jusqu'à l'Inn et l'Adige. C'est même en incorporant des éléments slaves que se forment deux nationalités isolées au milieu du monde slave, dont elles interrompent la continuité : les Hongrois, établis sur le Danube moyen, qui parlent une langue finnoise, les Roumains, occupant les Carpates du Sud et leurs abords, qui ont hérité des Daces romanisés une langue et un tempérament latins.

A la place des Celtes, plus ou moins en voie de romanisation, les Germains apparaissent partout en force, dans l'Ouest de l'Allemagne actuelle et une grande partie des Alpes jusqu'à la haute vallée du Rhône. Sans doute n'ont-ils pas anéanti entièrement les traces d'une culture supérieure ; ils ont assimilé plutôt que supprimé les populations rhénanes, en bénéficiant de toute leur riche expérience. A leur école, ils apprennent à cultiver le blé en alternance avec d'autres produits, à irriguer et drainer les prairies, à planter toutes sortes d'arbres fruitiers d'origine méditerranéenne ou orientale, s'a joutant aux seuls pommiers qu'ils connaissaient, notamment la vigne, qui donne une boisson singulièrement plus vivifiante que la cervoise ou l'hydromel. Ils se perfectionnent dans l'art de chercher et d'utiliser les minerais, qui ne leur était pas tout à fait inconnu ; dans celui d'endiguer les fleuves impétueux et la mer elle-même. L'organisation sociale, relativement simple, des tribus se complique, en s'inspirant des méthodes romaines ; par une combinaison originale, des liens étroits vont être forgés, enchaînant le paysan au sol et y enracinant le seigneur lui-même, tandis que les grands chefs, convertis au christianisme, se considèrent comme les héritiers de la tradition impériale latine.

Toutes ces acquisitions assurent au monde germanique une supériorité écrasante sur le monde slave, qui n'a pas bénéficié du contact direct avec une culture supérieure et où persistent des genres de vie relativement primitifs, avec une organisation sociale et politique relativement rudimentaire.

C'est ce qui explique que le moyen âge soit, à partir du viii® siècle environ, une ère de civilisation germanique. Tantôt pénétrant par force au milieu des Slaves idolâtres pour les évangéliser par le fer et le feu, tantôt s'in filtrant lentement comme colons appelés par les princes slaves eux-mêmes pour défricher les forêts, drainer les marécages, exploiter les mines, les Germains vont se répandre dans toute l'Europe centrale, reconquérir sur les Slaves presque toute l'Allemagne orientale actuelle, fonder même des groupements isolés un peu partout jusque dans les Carpates. Le point de départ est toujours la région rhénane, devenue déjà un foyer vital, et les campagnes qui s'étendent jusqu'aux rives de la mer du Nord, avec leurs polders surpeuplés. Une forte poussée de natalité paraît en effet avoir suivi l'établissement des tribus germaniques sur ces terres d'une fécondité inconnue dans les forêts du Nord, leur croisement avec les Celtes plus ou moins romanisés et leur initiation aux méthodes de la civilisation latine. L'émigration pacifique et spontanée des paysans flamands, au xii^ siècle, par la Westphalie et la Haute-Saxe jusqu'aux Sudètes et même à la Transylvanie, si elle suit la fondation de l'Ostmark conquise par Otton le Grand, précède les conquêtes de Henri le Lion à l'Est de l'Elbe. L'organisation des territoires du Brandebourg et du Mecklembourg ne date que du xiii^ siècle, avec la

l'europe centrale.

colonisation officielle qui s'alimente dans le réservoir inépuisable des pays rhénans, surtout dans la Franconie.

Les émigrants germaniques se font généralement place aux dépens des forêts et des marécages, car ils continuent à pulluler partout où ils s'établissent. Le défrichement fait de plus en plus tache d'huile autour des clairières primitives, seules occupées jusque-là, et s'attaque même aux montagnes hercyniennes, quand elles se révèlent particulièrement riches en gîtes minéraux. Les monastères, établis généralement en pleine forêt, sont partout le point de départ de nouvelles clairières qui s'élargissent de siècle en siècle.

La physionomie de l'Europe centrale se transforme ainsi de plus en plus, surtout dans la zone hercynienne, où la densité de la population augmente, en même temps que se réduit l'extension des forêts, où le commerce se développe avec de grands marchés comme Nuremberg, Bâle, Wurzbourg, Francfort et les ports de la Ligue hanséatique.

Le développement urbain paraît même être allé si loin qu'on enregistre un dépeuplement des campagnes à la fin du moyen âge.

A ce moment, on peut dire que les traits essentiels de la géographie humaine sont fixés, tels à peu près qu'ils subsistent actuellement. Les deux grandes zones de densité maximum se dessinent, surtout la zone rhénane. Les formes de l'habitat rural y sont différenciées suivant les conditions du milieu et l'origine du peuplement (fig. 27) : villages agglomérés avec cultures à assolement triennal obligatoire, dans les clairières primitives de la région forestière hercynienne, toujours occupées par les hommes depuis le Néolithique (pl. XVII, A) ; hameaux et fermes isolées dans la plaine humide du Nord-Ouest et le bas Rhin (pl. XVIII, B) ; villages de colonisation forestière, dans les régions défrichées au moyen âge, avec l'alignement caractéristique des maisons le long de la route, qui suit généralement la vallée, et les tenures allongées des deux côtés en bandes étroites (pl. XVII, B) ; villages aux maisons groupées en rond ou égrenées au bord des vallées dans le domaine de la colonisation slave, reconquis par les Germains. Ces formes de villages persisteront jusqu'à nos jours, signe évident de l'histoire du peuplement. On verra seulement s'y ajouter un type de colonisation des plaines, aux rues en damier (pl. XVII, C), et un type de bourg-marché, souvent fortifié, qui évoluera vers la ville.

Dans les pays non germanisés, des foyers de puissance politique s'allument çà et là ; les princes qui rassemblent les terres se font eux-mêmes les champions du christianisme et cherchent à introduire les formes supérieures de la civilisation méditerranéenne, dont le reflet leur vient des pays germaniques ou de Byzance. Mais l'instabilité est trop grande ; les guerres sont incessantes entre les empires formés sur le bas Danube par les Bulgares et les Roumains, sur le Danube moyen par les Hongrois, sur la Vistule par les Polonais ; enfin la chute de Byzance vient ruiner pour de longs siècles tout espoir de stabilisation. Les Turcs vont faire régner un régime de terreur, non seulement dans les Balkans, mais dans presque tout le bassin du Danube ; les Principautés roumaines leur paieront tribut jusqu'au milieu du xix^ siècle ; la Hongrie sera parcourue par leurs raids jusqu'au xviii^. Des remous agitent les populations. De grandes bandes d'émigrés serbes se portent vers la plaine hongroise et y fondent des colonies jusqu'aux portes de Budapest. La plaine valaque et la Bessarabie méridionale, dépeuplées, ne sont, pendant des siècles, que des territoires de parcours pour les nomades

LE PEUPLEMENT. ORIGINES ET ÉVOLUTION

tartares ; le xix^ siècle les verra peuplées par un flot de colonisation, à peu près purement roumain sur le Danube, extraordinairement mêlé au contraire du côté du Dniestr.

L'instabilité compromet les progrès, arrête l'essor des foyers de vie urbaine et du commerce. Les formes même de l'habitat rural manquent de netteté et se modifient suivant les circonstances. La seule qui semble s'être perpétuée depuis

FiG. 27. — Esquisse de la répartition des principaux types de village dans l'Europe centrale.

D'après Braun, Friedrich, Zaborski, Prinz et Michailescu. — 1, Village aggloméré sans ordre ; 2, Village de colonisation forestière allongé ; 3, Village de colonisation allongé, dans les tourbières ou les polders ; 4, Village ancien allongé ; 5, Village rond ; 6 Village en damier (colonisation) ; 7, Village en semis lâche et sans ordre ; 8, Village très serré méditerranéen ; 9, Hameaux ; 10, Habitations isolées ; 11, Région inhabitée. — Échelle, 1 : 13 500 000.

l'origine jusqu'à nos jours est le groupement en hameaux (càtun des Roumains) formés de maisons assez dispersées (pl. XVIII, A), souvent alignées le long du thalweg, qu'on trouve dans toute l'étendue des Carpates et des colhnes voisines, comme dans les Préalpes de Styrie et Carinthie. Les gros villages des plaines hongroise et roumaine (pl. XVIII, C), aux rues en damier, s'étalant sur des étendues démesurées, avec une population de plusieurs milliers d'habitants, sont des formes de colonisation relativement récentes.

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