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NATIONALITÉS

ÉTATS ET GROUPEMENTS ÉCONOMIQUES

Les Juifs sont beaucoup plus importants comme nombre et rôle social. Ils sont environ 4 millions, dont plus de la moitié on Pologne et près des deux cinquièmes en Roumanie. L'élément méditerranéen (d'origine espagnole) est le moins nombreux ; son infiltration dans les Principautés danubiennes vassales de la Turquie n'y avait pas amené plus de 250 000 Israélites. C'est l'élément allemand qui domine, resté fidèle au jargon germanique qu'il parlait dans la Franconie, d'où il paraît être surtout venu, ce yiddish, qui a fini par avoir une littérature. Les souverains de Bohême et de Pologne faisaient appel volontiers à des gens capables de fournir les employés et commerçants qui manquaient à leurs capitales. Prague a eu à la fin du moyen âge son ghetto, et Cracovie, sa ville juive. Mais en Bohême les Israélites, restés peu nombreux, se sont fondus dans la bourgeoisie urbaine, comme dans l'Europe occidentale. Ils se sont au contraire multipliés aux confins de la Russie, au point de finir par former des groupes gênants, dont on oublie les services passés et présents, en raison des sentiments d'hostilité, que l'Européen occidental a peine à comprendre.

L'impossibilité d'une assimilation résulte de l'accroissement trop grand d'un élément que différencient, non seulement la religion et la langue, mais la concentration dans les villes et les petits marchés ruraux, l'aversion pour le travail de la terre et la prédilection pour le négoce. Ce n'est pas seulement la natalité très forte, mais surtout l'immigration qui a épaissi de plus en plus les rangs des communautés juives dans la Pologne russe, le Nord de la Moldavie, la Bessarabie et le Nord-Est de l'ancienne Hongrie (c'est-à-dire la Transylvanie orientale et le pays que les Tchécoslovaques appellent Podcarpatie). La politique des tsars était de refouler les Juifs sur les provinces frontières, d'où ils passaient dans les pays voisins. Ainsi les a-t-on vus s'entasser dans les villes, formant un prolétariat souvent misérable. Ils sont 150 000 à Lodz, 300 000 à Varsovie ; à Jassi, à Kishinev on les reconnaît encore à la longue houppelande, à la toque noire, souvent même aux tresses pendant de chaque côté de la face jusqu'à la barbe inculte. Les restrictions que les États-Unis ou l'Australie imposent à l'immigration ne pouvaient intervenir ici ; aux mesures administratives refusant plus ou moins aux nouveaux venus les droits civils et politiques s'est ajoutée l'hostilité de la population, à laquelle les communautés juives ont répondu par un repliement farouche sur elles-mêmes. Telle est l'origine de ce problème juif qui se pose surtout en Pologne et en Roumanie, aspect particulièrement délicat de ce qu'on entend généralement par problème des minorités dans l'Europe nouvelle.

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