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LES ÉLÉMENTS DU CLIMAT

Essayons d'analyser ces contrastes. Nul phénomène ne s'y prête mieux que la température, dont les cartes d'isothermes représentent la répartition moyenne, en éliminant l'influence du relief par réduction des valeurs à celles que donneraient des observations faites au niveau de la mer.

La température. — Le tracé des isothermes annuelles (fig. 1) indique un réchauffement lent du Nord au Sud, jusqu'aux Alpes, où, brusquement, la température s'élève de plusieurs degrés. C'est un bond de 3° entre la plaine suisse et la Lombardie, de 4° et 5° même sur une distance de 50 kilomètres entre Ljubljana et Trieste. Nulle part n'existe en Europe un contraste de température aussi accusé. On sent qu'il n'est pas sans rapport avec le relief : la barrière alpine arrête la propagation des influences méditerranéennes vers le Nord. On retrouve en été et en hiver la même montée brusque du thermomètre au Sud des Alpes. Mais l'allure générale des isothermes est tout à fait différente.

Pendant la saison chaude, elles sont orientées Sud-Ouest— Nord-Est, indiquant un réchauffement plus lent suivant la latitude du côté de l'Ouest. Karlsruhe n'est pas plus chaud que Varsovie, ni Bonn que Kœnigsberg. En hiver, l'influence de la latitude n'apparaît plus dans le tracé des isothermes, qui traversent l'Europe centrale du Nord au Sud ; c'est l'éloignement de la mer qui compte seul : Kiel a la même moyenne de janvier que Bâle, Danzig n'est pas plus froid que Vienne, ni même que Ljubljana, alors que Cracovie a une moyenne inférieure de 4° à celle de Mannheim sur le Rhin.

On reconnaît dans ces anomalies le cachet du climat continental de l'Europe orientale, avec ses fortes variations, de plus en plus atténuées quand on approche de l'Atlantique. La différence entre le mois le plus chaud et le mois le plus froid est, en fait, de 16o,6 à Brème, contre 22^,9 à Varsovie ; de 17°,2 à Bade, contre 26°,6 à Bucarest,

L'influence du relief n'a pas été éliminée entièrement par la réduction au niveau de la mer, car on voit en janvier se dessiner des îlots de froid sur les bassins entourés de montagnes, en Bohême et dans les vallées des Alpes orientales.

Les précipitations. — La carte des pluies (fig. 2) montre avant tout l'influence des inégalités du relief. Sur toute l'étendue des Alpes et des Carpates, la tranche d'eau précipitée annuellement dépasse 1 mètre, tandis que les plaines danubiennes reçoivent moins de 60 centimètres. Dans toute la zone hercynienne, chaque massif est marqué par un maximum, chaque bassin, par un minimum ; on note moins de 50 centimètres au centre de la Bohême, comme dans la plaine du Rhin entre les Vosges et la Forêt Noire. Il n'est pas impossible cependant de s'élever au-dessus de ces contrastes locaux et de dégager le sens général des variations. De la carte elle-même (fig. 2) se dégage l'impression que la pluie diminue du Sud au Nord et de l'Ouest à l'Est. L'humidité plus grande du Sud est due certainement à l'influence des chaînes alpines, mais la diminution des pluies vers l'Est dans les plaines du Nord ne s'explique que par l'éloignement de l'Océan, source des vapeurs que les vents d'Ouest apportent sur les côtes.

Le régime des pluies offre moins de contrastes que la répartition de leur

l'europe centrale.

somme annuelle. Il ignore la sécheresse méditerranéenne et marque en général seulement un fléchissement des totaux mensuels pendant la saison froide. La part de l'été dans le total annuel devient de plus en plus prépondérante vers l'Est : elle est de 33 p. 100 à Karlsruhe, de 41 p. 100 à Cracovie.

L'influence du relief se traduit par une augmentation des précipitations de saison froide sur les sommets des montagnes, librement exposés aux brises océaniques, par une diminution, au contraire, dans les dépressions abritées : ainsi Prague ne reçoit, en hiver, que 13 p. 100 des précipitations annuelles. Dans les plaines danubiennes, les pluies de printemps, caractéristiques du bassin méditerranéen, se font sentir, et le maximum des précipitations est reporté de juilletaoût à mai-juin ; le fléchissement de la saison froide commence déjà en automne. Bucarest reçoit 84 millimètres en mai et 37 seulement en septembre ; la végétation et les eaux courantes ne sont pas insensibles à cette nuance méditerrané<^nne du climat.

Les vents. — Ce sont les mouvements de l'atmosphère qui peuvent le mieux expliquer les contrastes généraux que nous venons d'indiquer dans la répartition des températures et des pluies, ainsi que dans leur régime annuel.

L'Europe centrale est le champ où luttent les influences océaniques et les influences continentales. Les premières sont propagées par les vents d'Ouest, qui modèrent les excès de la température, combattent la baisse du thermomètre en hiver et sa montée en été, apportent les pluies en toute saison, mais particulièrement pendant la saison froide. Les secondes sont propagées par les vents d'Est, qui accusent, au contraire, les extrêmes de température, apportent le froid en hiver, la chaleur et la sécheresse en été. Les vents du Nord et du Sud ont des caractères moins nettement opposés : en hiver, le froid vient de l'Est, car les isothermes sont tracées du Sud au Nord ; ce n'est qu'en été et au printemps que les vents du Nord font baisser rapidement le thermomètre.

En général, les vents d'Ouest sont dominants, comme dans toute la zone tempérée ; partout où ils pénètrent librement, la transition du climat océanique au climat continental se fait lentement et sans à-coups : tel est le cas pour la grande plaine germano-polonaise, où les pluies diminuent régulièrement et où l'oscillation du thermomètre augmente lentement vers l'Est. Là où le relief s'oppose à la libre circulation des brises océaniques, des contrastes accusés apparaissent : sur le flanc des montagnes exposé à l'Ouest tombent des pluies abondantes et s'accrochent les nuages ; les dépressions abritées sont, non seulement plus sèches et moins nuageuses que les plaines ouvertes, mais ont des températures plus extrêmes.

La pression atmosphérique. Cyclones et anticyclones. — Le régime des vents est déterminé par la distribution de la pression atmosphérique. L'Europe centrale est constamment sous la menace d'une extension des hautes pressions qui occupent pendant une grande partie de l'année le Nord du continent asiatique. Ce vaste « anticyclone », d'où l'air s'épanche en un lent mouvement descendant, apporte avec lui le ciel découvert et la sécheresse, les fortes variations du thermomètre, les froids d'hiver et les grandes chaleurs de l'été. Plus il s'étale vers l'Ouest, plus s'étend le domaine des influences continentales ; les vents d'Ouest sont refoulés, les basses pressions sont limitées à l'Europe péninsulaire

FiG. 1. — Isothermes de l'Europe centrale. Température moyenne annuelle ; température moyenne de janvier ; température moyenne de juillet.

l'europe centrale.

et maritime. La situation moyenne est caractérisée par l'extension de ces hautes pressions en promontoire allongé sur toute la partie méridionale de l'Europe centrale. Cette « dorsale barométrique », suivant l'expression de Woeikof, sépare le monde méditerranéen, où les pressions sont plus basses, du Nord de l'Europe, toujours ouvert aux dépressions barométriques atlantiques et aux vents d'Ouest qu'elles appellent. Elle contribue à accentuer la sécheresse et les excès thermiques sur les bassins et les plaines de la zone montagneuse. C'est en hiver qu'elle est le plus marquée. En été, l'anticyclone asiatique a disparu. Le centre de hautes pressions dont l'influence se fait sentir sur l'Europe est un anticyclone océanique, dont la partie la plus stable se trouve vers les Açores. Les pressions moyennes vont en diminuant de l'Ouest vers l'Est ; ce sont des brises maritimes d'Ouest-Sud-Ouest et de Nord-Ouest qu'elles lancent sur l'Europe centrale ; on s'explique par là que le contraste entre les parties océaniques et les parties continentales soit généralement moins marqué qu'en hiver.

Dans l'atmosphère européenne, les hautes pressions ou anticyclones sont l'élément de stabilité, les basses pressions ou cyclones sont, au contraire, un élément de trouble. On trouve celles-ci le plus souvent au Nord-Ouest et au Sud de l'Europe centrale, sur la mer du Nord et la Méditerranée ; mais le centre du minimum barométrique n'est jamais deux jours de suite à la même place ; il progresse généralement vers l'Est, bouleversant toute la situation atmosphérique.

L'étude de ces perturbations a seule permis quelques progrès dans la prévision du temps, qui intéresse maintenant, non seulement le marin, mais l'agriculteur, l'aviateur et le militaire. On sait ce qui se passe quand la courbe du baromètre enregistreur descend rapidement : le ciel brumeux se dégage en hiver, en été, la température devient souvent accablante, les girouettes indiquent un afflux d'air du Sud et de l'Est ; la descente du baromètre continuant, le vent passe à l'Ouest. Précédée de quelques nuages isolés, une grande muraille sombre apparaît à l'horizon occidental, monte et envahit tout le ciel ; la pluie tombe, on se sent enveloppé par l'haleine de l'Océan, si tiède en hiver que le dégel n'est pas rare, même au cœur de la Pologne. Enfin, le baromètre remonte : le ciel se dégage, des nuages y traînent encore quelque temps, en donnant des ondées plus froides ; la baisse de température est de plus en plus sensible, tandis que la girouette indique un vent du Nord-Ouest ou du Nord.

Souvent une dépression est presque immédiatement suivie par une autre, mais toutes ne suivent pas les mêmes voies, et la succession des phénomènes n'est pas toujours exactement celle que nous venons de décrire. La route la plus fréquentée par les cyclones, surtout en hiver, passe par la mer du Nord et la Scandinavie (fig. 3) ; il en résulte, pour le Nord de l'Europe centrale, une prépondérance des brises d'Ouest et Sud-Ouest, humides et tièdes, qui balayent toute l'Allemagne. Quand la dépression passe plus au Sud, par la Hollande et la plaine germano-polonaise, c'est un bouleversement complet de l'atmosphère dans toute l'Europe centrale ; souvent une vague de froid ou de chaleur, suivant la saison, précède la pluie, avec saute de vent à l'Ouest; toujours la température baisse fortement après le passage du minimum. La route méditerranéenne est surtout suivie au printemps et en été par les dépressions qui remontent au Nord-Est par l'Illyrie et la Hongrie, portant avec elles des perturbations caractéristiques. L'appel d'air donne naissance à des vents profondément influencés par les hauts reliefs qu'ils sont obligés de franchir, tantôt secs et froids, tantôt

Géographie universelle. — Europe centrale, 1.

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humides et chauds, toujours violents, comme la bora des côtes dalmates, la kosova de la plaine pannonique, le crivetz et Vaustru du bas Danube. Il est relativement rare de voir la dépression se déplacer du Nord au Sud, en traversant la région généralement occupée par la dorsale barométrique qui sépare les trajectoires septentrionales des trajectoires méditerranéennes. Le fait n'est assez commun qu'au printemps. Il amène une révolution dans toute la situation atmosphérique et a comme conséquence de brusques changements de temps dans toute l'Europe centrale, sautes de vent, averses du type des giboulées, grêle ou neige, coups de froid et vagues de chaleur se succédant brusquement.

Quelques types de temps. — L'analyse rapide de quelques exemples fera mieux comprendre le mécanisme de ces influences.

C'est en hiver que l'instabilité barométrique est la plus grande et que se présentent les situations les plus tranchées. La plus commune est celle qui répond aux conditions moyennes déjà indiquées : anticyclone s'étalant sur la Russie et s'avançant jusqu'aux Alpes, dépressions passant par la mer du Nord et la Scandinavie. La carte du 19 février 1880 en offre un exemple typique (fig. 4). Les vents d'Ouest dominent toute l'Allemagne, surtout au Nord, y adoucissant la température, qui reste relativement basse en Bavière, en Bohême, Autriche et Hongrie. Les isothermes sont tracées du Nord au Sud, comme dans la carte des moyennes de janvier (fig. 1) ; Hambourg n'est pas plus froid que Trieste.

Il arrive que les conditions thermiques se montrent encore plus défavorables pour le cœur de l'Europe centrale, plus avantageuses pour l'Allemagne du Nord et la Scandinavie. L'hiver de 1879 en a offert l'exemple le plus frappant. Pendant trois semaines, la Bohême et la Bavière ont subi des froids de — 20°, alors que sur les rivages de la Baltique régnait le dégel, comme le montre la carte du 17 décembre (fig. 4). Tous les fleuves étaient gelés, le sol couvert de neige, l'atmosphère calme avec un soleil brillant, comme si le climat des rives de l'Ob et de riénissei s'était transporté sur celles du Danube et du Rhin. Des brises humides et tièdes soufflaient au contraire sur le SIesvig et la Prusse orientale, où l'on se serait cru plus voisin de l'Irlande que de la Russie. En fait, la dorsale barométrique de l'Europe centrale s'était élargie, en formant un anticyclone autonome, complètement séparé du maximum sibérien ; les hautes pressions et le calme de l'air favorisaient le refroidissement continu du sol et des couches inférieures de l'atmosphère. Les basses pressions passaient sur le Nord de la Scandinavie, en sorte que les vents d'Ouest apportaient sur l'Allemagne du Nord l'air tiède et chargé de vapeurs qui baigne habituellement les côtes des Iles Britanniques.

L'apparition d'un anticyclone sur l'Europe centrale n'a pas toujours, en hiver, des conséquences aussi frappantes. En 1879, comme dans tous les cas semblables, des chutes de neige avaient précédé la fixation d'un anticyclone émané du maximum sibérien. Le 17 janvier 1882 (fig. 4), nous voyons apparaître un anticyclone venant de l'Ouest à la suite de dépressions qui ont donné des pluies et laissent l'atmosphère humide ; la conséquence est la formation d'un voile de brouillards, le rayonnement est supprimé, le refroidissement ne dépasse pas — 5° dans la Rhénanie, la répartition des températures est très uniforme dans toute l'Europe centrale ; partout le thermomètre se tient jour et nuit au voisinage du zéro, aucun rayon de soleil ne perce la brume épaisse qui rampe sur le sol.

LE CLIMAT

Les types de temps sont moins tranchés dans la saison chaude que dans la saison froide. Il n'est pas rare, en été, de voir des pressions moyennes et remarquablement uniformes s'étendre sur toute l'Europe centrale ; le vent est faible et indécis ; c'est alors qu'éclatent les orages, qui donnent des pluies locales,

FiG. 3. — Route des dépressions cyclonales inlluant sur le temps dans l'Europe centrale.

D'après Van Bebber. — La fréquence des dépressions est indiquée par la grosseur des flèches. — Fi^re extraite de Emm. de Martonne, Traité de Géographie physique, \.

rafraîchissant un instant l'atmosphère surchauffée. Au printemps, la situation est, au contraire, troublée par la disparition de la dorsale barométrique et la tendance des basses pressions méditerranéennes à rejoindre les cyclones se déplaçant par la mer du Xord et la Baltique. Les brusques coups de froid, les grêles accompagnant la saute de vent du '< grain » sont des dangers pour les vergers et la vigne en fleurs.

Ces exemples suffiront à donner une idée des variations du temps, toujours dues à la position des centres de hautes et de basses pressions, qui contrôlent la

l'europe centrale.

vie de l'atmosphère. La démonstration est complète : le mécanisme du climat de l'Europe centrale a été démonté pièce à pièce, et le jeu en a été étudié dans des cas particuliers. Nous pouvons essayer maintenant de fixer les principales combinaisons locales qui donnent leur physionomie aux saisons dans les différentes régions et permettent de définir des types de climat.

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