II. — TYPES DE CLIMATS
Climats de la grande plaine du Nord. — C'est dans la plaine qui s'étend de la Hollande à la Russie que les contrastes du climat sont le moins violents. Les vents d'Ouest, pénétrant jusqu'à la Prusse orientale et même jusqu'à la Pologne, propagent les influences océaniques, qui ne cèdent que graduellement aux influences continentales. Les deux termes extrêmes de cette progression, représentés dans l'Europe centrale, pourraient être appelés le climat frison, dont le type est donné par la côte allemande de la mer du Nord, et le climat polonais, particulièrement réalisé dans la Pologne centrale.
L'opposition est frappante à tous les points de vue : variations mensuelles de la température et des précipitations, aspect du ciel, durée de l'enneigement. A Varsovie, l'hiver est rude, précoce et prolongé. Trois mois ont une moyenne thermométrique inférieure à 0°. Pendant plus de 80 jours en moyenne, le sol reste couvert de neige ; les rivières sont gelées, et la Vistule elle-même coule sous une carapace de glace. Un soleil éclatant, qui rend agréable pendant le jour la promenade aux endroits abrités du vent, brille sur les campagnes blanches ; mais, la nuit, le thermomètre descend souvent à — 20° (minimum moyen, — 21°,3). Parfois des dépressions barométriques passant par la Baltique troublent cependant le calme de l'atmosphère ; un souffle d'air tiède couvre le ciel de nuages d'où tombe une pluie qui précipite la fonte de la neige ; mais bientôt c'est le retour des flocons blancs, qui réparent le manteau éclatant des campagnes, sur lequel brille de nouveau le soleil. Ce n'est qu'en mars-avril que la situation se modifie décidément. Les nuits sont plus courtes, le soleil plus chaud ; la moyenne des températures d'avril est déjà proche de 8°, celle de mai atteint 13°,5. La neige a fondu partout en l'espace de deux semaines, les rivières dégèlent, et la Vistule charrie des glaçons qui s'entassent contre les piles des ponts. Dans les campagnes, le réveil de la terre éclate avec une soudaineté charmante ; les bourgeons s'épanouissent, et tous les arbres sont verts en une quinzaine ; les fleurs tapissent les prairies, sortant du sol encore taché çà et là de neige.
Le printemps paraît court à un Européen occidental, et l'été arrive très vite, avec des chaleurs qui étonnent. Dès juin, la moyenne mensuelle atteint 18°, et pendant trois mois elle ne s'abaissera pas au-dessous. Le thermomètre dépasse souvent 30° et même 32° (maximum moyen).
Pourtant, le soleil brille bien moins qu'en hiver ; le ciel est souvent voilé, les précipitations sont trois à quatre fois plus abondantes que pendant la saison froide. Sans elles, le sol serait desséché ; dans les plaines sableuses, il a l'aridité d'une steppe, dès qu'une période de beau temps s'étend sur plus de quinze jours.
L'automne se dessine dès la fin de septembre. Entre la moyenne thermique de ce mois et celle d'octobre, la chute est de plus de 6°. En novembre, on n'enre-
FiG. 4. — Trois types de temps d'hiver souvent réalisés en Europe. PresBÎOTi atmosphérique (à i^auche) et température (à droite) : 1° le 19 février 1880, d'après Teisserenc de Bort : type d'hiver doux ; — 2' le 17 décembre 1879, d'après Teisserenc de Bort : type d'hiver froid ; le '^risé met en évidence la coïncidence de l'aire d'anomalie thermique négative avec l'aire d'anomalies barométrique positive; — 3° le 17 janvier 1882, d'après Angot : type d'hiver brumeux. — Fig. extraites de Emm. de Mabtonne, Traité de Géographie physique, I.
l'europe centrale.
gistre plus que 2° ; il gèle presque toutes les nuits, et des chutes de neige ne sont pas rares. Les périodes de beau temps sont agréables, mais le froid est de plus en plus vif, et les nuits plus longues. L'hiver s'installe définitivement au plus tard à la fin de novembre.
A ce climat continental, aux contrastes heurtés, aux saisons bien tranchées, le climat océanique frison oppose une égalité remarquable, des variations atténuées et retardées. A Emden, au bord du golfe du Dollart, pas un seul mois n'a une moyenne thermométrique inférieure à 0° ; la neige n'est pas inconnue, mais rarement couvre le sol plus d'une semaine. Le voisinage de l'Océan et des dépressions barométriques qui s'avancent vers la Norvège ou la Baltique se trahit par le ciel voilé de nuages, l'air tiède et les pluies fréquentes ; des coups de froid peuvent se produire après le passage du centre cyclonal, mais durent rarement plus d'une journée. Le gel des rivières est à peu près inconnu. Mais, si l'hiver est relativement doux, il est long. En avril, la moyenne thermométrique n'est pas supérieure à celle de Varsovie ; en mai, elle est plus basse de 2°. Le retard du printemps est sensible dans la végétation : les forêts ne verdissent guère avant la mi-avril. Lentement, l'été s'affirme ; il a de beaux moments, sans jamais connaître les chaleurs de la Pologne ; la moyenne de juillet ne dépasse pas 17°. Le ciel est moins souvent voilé qu'en hiver, mais les pluies ne sont guère inférieures. La belle saison se prolonge, et l'automne est, comme en Bretagne, une saison agréable, où la lumière est plus vive dans les intervalles entre deux périodes de temps troublé, où la température est parfois encore assez élevée pour que des fleurs nouvelles apparaissent. La moyenne thermique d'octobre est supérieure de 2° à celle d'avril. L'approche de l'hiver n'est guère sensible avant le mois de novembre ; décembre a souvent encore des journées tièdes, et les feuilles des arbres ne tombent guère avant Noël.
Entre les deux types extrêmes, océanique et continental, frison et polonais, on pourrait distinguer des types intermédiaires ; mais il est difficile de fixer une démarcation précise. On peut dire seulement que le vrai type océanique est assez limité ; dès le Hanovre et le Mecklembourg, les hivers commencent à se montrer sensiblement plus rudes.
Climats danubiens. — Baignée par la Baltique et la mer du Nord, la grande plaine germano-polonaise garde, même dans ses parties les plus favorisées, une teinte nordique. Le souffle du Midi commence, au contraire, à se faire sentir dans les plaines danubiennes. Mais la Méditerranée en est séparée par des montagnes ; c'est la mer Noire qui baigne les bouches du Danube. Aussi voyonsnous dans ces plaines l'influence méditerranéenne en conflit avec l'influence continentale. En Hongrie, comme en Valachie, les hivers sont très froids pour la latitude et l'altitude, et relativement secs. La moyenne thermométrique de janvier est de — 2° à Budapest et de — 3o,5 à Bucarest. Dans cette dernière ville, elle reste au-dessous de 0 pendant trois mois. Le ciel est souvent dégagé, et le soleil brille, comme à Varsovie, sur la neige, mais le manteau blanc couvre bien moins longtemps le sol (un mois et demi au lieu de trois).
La montée de la température est en effet rapide. En avril, Bucarest est plus chaud, non seulement que Varsovie, mais que Cologne (moyenne, 11°,3). Pendant trois mois (juin à août), la moyenne va dépasser 20°, atteignant 22°,9 en juillet ; les chaleurs sont aussi fortes que dans la région méditerranéenne, dépas-
LE CLIMAT
sant souvent 35° (maximum moyen, 34o,7). L'influence méridionale se dessine nettement dans le régime des pluies et va jusqu'à l'apparition d'une période sèche, sensible à la végétation et aux eaux courantes. Si l'hiver reste la saison où le météorologiste enregistre les précipitations les moins abondantes (19 p. 100 du total annuel), les basses températures, réduisant l'évaporation, et les chutes de neiges en font une période d'accumulation de réserves, pour les rivières aussi bien que pour les plantes qui se développeront plus tard. Le printemps n'est pas seulement la saison du dégel et du soleil de jour en jour plus chaud ; l'éclosion merveilleuse de la végétation y est hâtée par des pluies abondantes, dues au passage de dépressions méditerranéennes qui progressent vers le Nord-Est, pénétrant souvent jusqu'à la Russie méridionale. Ces perturbations amènent parfois des coups de chaleur, suivis de retours de froid désagréables, mais toujours des précipitations, si bien que les mois de mai et juin sont les plus pluvieux de l'année. Les fortes chaleurs de l'été coïncident avec une diminution des pluies et une raréfaction des passages de dépressions barométriques ; les précipitations ne sont plus dues qu'à des orages, et il y a des années où plus d'un mois se passe sans qu'une goutte d'eau tombe sur le sol brûlé par le soleil. Aussi voit-on, au début de l'automne, les campagnes où les moissons sont faites prendre l'aspect désolé de la steppe la plus aride ; les friches sont couvertes de chardons et de chaumes jaunis ; toutes les petites rivières sont à sec, et même un cours d'eau venant des Carpates, comme la Jalomitza, est réduit à un chapelet de mares.
La sécheresse automnale cesse avec la baisse rapide de la température. La chute des moyennes mensuelles est de 6° entre septembre et octobre, de 7^,5 entre octobre et novembre. Les premiers gels apparaissent souvent à la fin d'octobre ; ils s'installent à peu près chaque nuit à partir du milieu de novembre, où parfois se produisent déjà des chutes de neige.
Ainsi le climat danubien est au moins aussi continental que le climat polonais, l'hiver n'y est pas moins précoce, mais l'influence du Midi se traduit par des printemps et surtout des étés plus chauds, par une précocité du maximum pluviométrique, reporté à la fin du printemps, et par une sécheresse sensible au début de l'automne. C'est ce qui explique l'absence de forêts sur de vastes étendues, l'aspect de prairie ou de steppe ouverte, rappelant la Russie méridionale, et les formes mêmes de la vie qui ont longtemps prévalu.
Influence des montagnes. Climat alpin. — Il est certain que les plaines danubiennes seraient moins continentales si elles n'étaient en partie abritées des vents océaniques par les hautes montagnes qui les entourent. L'influence du relief joue déjà ici un rôle plus grand que dans la plaine germano-polonaise. Elle domine dans toutes les régions accidentées, qui occupent le tiers de l'Europe centrale, dans l'Allemagne occidentale et méridionale, dans presque toute la Tchécoslovaquie, dans la Suisse et l'Autriche.
Nulle part le climat des montagnes n'a été mieux analysé que dans les Alpes. On y a déterminé rigoureusement la diminution de la température avec l'altitude croissante, qui est en moyenne de 1° pour 200 mètres d'élévation, plus rapide en été et du côté du Sud, plus lente en hiver et du côté du Nord. On sait que l'isotherme de 0'^ se trouve, en été, à 3500 mètres sur les flancs du Mont Blanc et qu'on rencontre — 5° à 1 300 mètres en hiver.
Mais l'altitude n'est pas seule à considérer, et les formes du terrain jouent
l'europe centrale.
leur rôle. Les vallées ont un climat plus continental que les sommets baignés par les vents d'Ouest. En hiver, celles de Carinthie sont si froides qu'il faut monter de 400 mètres pour voir la température baisser de 1°. Parfois même les fonds sont plus froids que les hauteurs. Cette inversion de température est commune en Autriche et en Suisse ; elle oblige les cultures délicates à se réfugier sur les versants. Encore doivent-elles choisir le côté exposé au soleil.
L'orientation introduit encore ici des contrastes locaux que rien ne peut faire soupçonner dans les plaines. Le versant tourné au Sud, recevant presque perpendiculairement les rayons du soleil, s'oppose au versant tourné au Nord, qu'effleurent à peine des rayons rasants. D'un côté, les cultures et les habitations montent très haut ; de l'autre, la forêt drape les pentes. Partout, le peuple a des noms pour distinguer ces deux aspects : c'est l'adret ou endroit et Vubac ou envers des Alpes françaises, la Sonnenseite et la Schattenseite du Tirol, Vindirizio et Vinvierno de l'Italie.
L'influence du relief n'est pas moins sensible sur l'humidité que sur la chaleur. La somme annuelle des pluies augmente avec l'altitude ; mais les versants èxposés aux vents qui charrient les nuages sont deux fois plus arrosés, à égale altitude, que les versants opposés. Les dépressions sont relativement sèches. De hautes vallées dépassant 1 000 mètres apparaissent sur la carte des pluies comme des îlots de sécheresse (fig. 5). En général, les premières chaînes sont beaucoup plus humides que les massifs centraux.
Partout la neige remplace la pluie sur les hauteurs et couvre le sol pendant plus ou moins longtemps, suivant l'altitude. On évalue à 20 mètres l'épaisseur de la neige accumulée chaque année sur les pentes du Mont Blanc vers 3 000 mètres. Dans la vallée de l'inn, près d'Innsbruck, le tapis immaculé commence à 960 mètres en mars, remonte à 1700 en mai et n'apparaît qu'au-dessus de 3 200 mètres en septembre. Au-dessus de cette altitude, c'est la zone des neiges éternelles, qui donnent naissance aux glaciers ; on a fixé sa limite avec précision dans un grand nombre de massifs et reconnu qu'elle est plus haute de 300 à 500 mètres dans les massifs centraux que dans les chaînes bordières.
Il n'est pas jusqu'au régime des vents qui ne soit profondément modifié par le relief alpin. Brise de vallée et brise de montagne alternent pendant les beaux jours dans les grandes vallées ; la première se lève dans la matinée, quand la température monte, et pousse les cumulus vers les sommets ; elle faiblit à la fin de la journée, et le souffle froid des cimes dissipe les nuées.
Dans la Suisse et le Tirol, on connaît sous le nom de fœhn un vent plus constant, qui souffle des hauteurs pendant plusieurs jours, si violent qu'il arrache les toits, si sec qu'on défend de fumer dans les villages de peur d'incendies. Les brises alternantes se produisent par temps calme et baromètre élevé ; au contraire, le fœhn se déclanche quand la pression baisse et qu'un cyclone avance sur le Nord de l'Europe centrale. Alors on voit les brouillards qui pesaient sur les vallées du versant Nord se dissiper, et les cimes apparaissent, baignées d'une lumière éclatante. Mais bientôt elles sont coiffées par une frange de nuages déchiquetés par le vent qui commence à s'élever. Peu après, les rafales atteignent le fond de la vallée, d'abord froides, puis de plus en plus chaudes et violentes. La neige fond, et les torrents roulent rochers et troncs d'arbres.
A Bludenz, on a noté par fœhn des températures de 19° en février et une humidité relative quasi désertique (14 p. 100). Pendant ce temps, le versant
GéoCBAPHiE UNIVERSELLE. — Europe centrale, 1.
l'europe centrale.
italien est plongé tout entier dans les nuages, et la pluie y tombe sans arrêt. Il est évident qu'on a affaire à un courant atmosphérique aspiré par la dépression barométrique signalée sur l'Allemagne et gêné dans sa progression par le bourrelet puissant des Alpes, qui modifie ses caractères. Plus il donne de pluies sur le versant Sud, dont il remonte lentement les pentes, plus il est sec sur le versant Nord, où il se précipite tumultueusement comme une cascade. Le fœhn est un hôte redoutable, mais bienfaisant. Au printemps, il libère de neige les pâturages; à l'automne, il mûrit les récoltes. Le long des couloirs de fœhn, une flore relativement méridionale s'est maintenue sur les versants ensoleillés.
Toutes ces particularités du climat alpin se retrouvent plus ou moins dans les autres montagnes de l'Europe centrale, soit dans les Carpates, soit dans les petits massifs de la Bohême et de l'Allemagne occidentale.
Climats hercyniens, climats rhénans. — Le morcellement du relief intervient surtout en Allemagne pour diversifier presque à l'infini le climat. Il y a là toute une série de petites montagnes, restes d'un plissement « hercynien », plus ancien que celui des Alpes (Forêt Noire, Massif Schisteux Rhénan, Thûringerwald, etc.), qui encadrent des dépressions moins accidentées, parfois même de vraies plaines. Dans toute cette zone, le relief explique le climat. Les hauteurs y sont relativement très arrosées, couvertes de neige pendant trois mois à 500 mètres, pendant cinq mois à 800 mètres. Les dépressions abritées des vents d'Ouest ont un climat relativement continental, des froids d'hiver très vifs, des étés plus chauds que les plaines ouvertes, des pluies moins abondantes et parfois même une tendance à la sécheresse au début de l'automne.
Les plaines que parcourt le Rhin sont particulièrement intéressantes, et on pourrait parler de climat rhénan, comme de climat danubien.
A Clèves aussi bien qu'à Mayence, on sent comme une haleine du Midi, qui donne à toute la Rhénanie son originalité. Partout la température est plus élevée en toute saison, le ciel plus clair ; la végétation est en avance ; vignoble et arbres fruitiers s'installent sur les pentes bien exposées; le blé remplace le seigle et l'avoine dans les champs bien cultivés. On le comprend en examinant les moyennes thermométriques mensuelles, qui nulle part ne sont plus basses que 1°. L'hiver est plus doux que dans le climat frison lui-même ; la moyenne de janvier est de lo,5 à Clèves, de 1°,9 à Cologne, de 1^,2 à Heidelberg. Si les brouillards voilent souvent les bords du Rhin, souvent aussi les collines en émergent dans la lumière. Ils se dissipent au printemps, qui éclate avec une vigueur rappelant quelque peu le climat polonais. Avril est plus chaud à Cologne qu'à Varsovie, et ce n'est qu'en juillet que le climat continental rattrape l'avantage de la Rhénanie (Cologne, 18°,7 ; Varsovie, 18o,8). Les beaux étés des plaines rhénanes sont coupés d'orages ; les pluies sont plus abondantes qu'en hiver, donnant un total double de juin à août par rapport à décembre-février ; mais les nuées s'accrochent aux montagnes, découvrant les plaines où le soleil brille sur les moissons. L'avantage des influences océaniques, encore légèrement sensibles ici, se marque par un retard du refroidissement : l'automne, qui mûrit les pampres sur les coteaux du Rhin, a de claires et tièdes journées ; la moyenne thermométrique d'octobre est encore de 10o,7 à Cologne, supérieure de 1° à celle d'Emden, de 3° à celle de Varsovie.
On comprend l'attrait exercé par ces pays lumineux sur les peuples de la
IMiol. ICniin. ck- Marlonno.
LE WEISSHORN VU DES MORAINES DU GLACIER DU TRIFT, PRÈS DE ZERMATT (SUISSE).
Au-dessous <Iu léger nuage, ou voit le Trias calcaire plongeant sous les puissantes masses cristallines qui t'oruient la pyramide du Weiss'horn (gneiss d'Arola).
G U., t. IV, Pl. II.
LE CLIMAT
zone hercynienne ; on comprend aussi que la civilisation romaine s'y soit plus facilement et plus fortement implantée que dans le reste de la Germanie.
Climat subalpin. — Les plaines subalpines, qui s'étendent entre les massifs hercyniens et le bord septentrional des Alpes, en Suisse et en Bavière surtout, doivent, par contre, à cette situation, un climat relativement sévère, de teinte montagnarde et continentale à la fois.
L'altitude moyenne, voisine de 500 mètres, abaisse les températures ; les hivers sont d'autant plus froids que la dorsale barométrique fait sentir jusqu'ici son influence. Bavière et Suisse sont fréquemment le siège de hautes pressions, avec brouillards persistants. Par temps clair, on peut voir des coups de froid faire baisser le thermomètre à — 20°. La moyenne de janvier atteint ou dépasse — 2° à Augsbourg, Munich et Zurich (Munich, — 2°,6). La neige tombe et couvre le sol en moyenne pendant un à deux mois.
Le printemps est tardif et souvent pluvieux ; les dépressions barométriques passant par l'Allemagne, surtout celles qui suivent la voie Nord-Sud, déterminent des sautes brusques du thermomètre. L'été est relativement chaud (juillet atteignant, malgré l'altitude, 17° à 18°) ; les pluies y sont abondantes et accompagnées d'orages. Dans toute la Bavière et la Suisse subalpines, le total annuel des précipitations est supérieur à 1 mètre, dont plus du tiers tombe en été.
L'extension des forêts de conifères et des tourbières, la pauvreté des sols toujours humides, tout indique que le climat subalpin bavarois contribue à donner aux pays où il règne une teinte septentrionale. C'est surtout à l'influence des Alpes qu'il doit son extrême humidité.
Dans la variété des types de climats de l'Europe centrale, le rôle du relief apparaît partout essentiel. On peut essayer d'établir le sens général des oscillations, noter la sécheresse croissante vers l'Est et le Nord, l'amplitude des variations du thermomètre de plus en plus grande à l'approche de l'Europe orientale, la teinte méridionale ou même méditerranéenne des plaines danubiennes ; mais il est impossible de comprendre les condition^ locales sur plus de la moitié de l'Europe centrale (zone hercynienne, zone alpine et plaines subalpines), sans considérer les inégalités de la surface du sol.
BIBLIOGRAPHIE
Éléments du climat : ils ont été étudiés dans chaque pays. Température de l'Allemagne, par Peblewitz (Forschungen zur Deulschen Landes und Volkskunde, 1903) ; de l'ancienne Autriche-Hongrie, par Trabert (Denkschriften der K. K. Akademie der Wissenschaflen, Wien, 1901) ; de la Roumanie, par Otetei.isan CBucarest, 1914) ; de la Pologne, par W. Gorczinski (Varsovie, 1916). — Précipitations de l'Allemagne, par Heli.manx (3 vol., Berlin, 1906) ; de la Suisse, par Billwiller (Archives Sciences phi/siques et naturelles, Genève, 1897;, et carte plus récente de Brockmann-Jrroscii (1919) ; de l'ancienne Autriche-Hongrie, par Trabert (Beilage zu Mitteil. der Geogr. Gesellschajt, Wien, t. XXXVI) ; de la Roumanie, par Hepites (Bucarest, 1900) et Elefteriu {Bull, delà Société de Géogr. roumaine, 1923).
Cartes d'ensemble dans : Angot, Régime des pluies de l'Europe occidentale (Annales Bureau central météorol., Paris, 1896), et Regf.r, Regenkarte von Europa (Petermanns Geogr. Mitteil., XLIX, 1903).
J. Hann, Die Verteilung des Luftdruckes iiber Mittel und Siideuropa (Geogr. Abhandlungen, 1887), reste fondamental.
Sur les types de temps, voir : Teisserenc de Bort, Étude sur l'hiver de 1879-1880 (Annales Bureau central météorologique, Paris, 1881 ) et Étude sur la position des grands centres d'action de l'atmosphère (Ibid., 1883). — Van Bebber, Die Hauptwetterlagen in Europa (Annalen der Hydrographie, 1H96).
.J. Han.v a seul, dans sa Klimntologie, 3« éd., donné une description générale des types de climat de l'Europe.