L'ÉTAT
La forme générale du territoire n'a pas changé : il va toujours des Alpes à la mer du Nord, du massif de Bohême à la Baltique ; sa dimension Nord-Sud
L ALLEMAGNE
est plus grande à l'Ouest qu'à l'Est, sa dimension Est-Ouest, plus grande au Nord qu'au Sud. On compte en effet 700 kilomètres de l'embouchure de l'Elbe au lac de Constance, 450 seulement de Rûgen à Breslau ; la traversée de l'Allemagne du Sud, de Kehl à la frontière tchèque, ne représente que 400 kilomètres au plus, celle de l'Allemagne du Nord est trois fois plus longue, d'Emmerich sur le Rhin à Tilsitt sur le Niémen.
Aucune modification essentielle à la position géographique dans l'Europe, à la répartition des grandes régions naturelles, à l'équilibre des forces économiques (fig. 30).
Les voisins ne sont plus les mêmes à l'Est et au Sud, où apparaissent la Pologne ressuscitée et la Tchécoslovaquie créée de toutes pièces. La frontière orientale offre cette anomalie, unique dans l'Europe contemporaine, d'une enclave en territoire étranger : la Prusse Orientale, isolée par le couloir polonais de la Vistule et la ville libre de Danzig. L'Allemagne n'en reste pas moins puissamment assise au Nord de l'Europe centrale. Elle y est le seul État qui dispose d'un large front de mer, ayant jour, non seulement sur la Baltique, comme la Pologne, mais sur la mer du Nord, antichambre directe de l'océan Atlantique.
Des aspects variés de l'Europe centrale, seul celui des plaines danubiennes, avec leurs larges horizons ouvrant sur l'Europe orientale, lui reste étranger.
La longue traversée de l'Allemagne, de la frontière hollandaise à celle de la Pologne et de la Lithuanie, déroule pendant près de 24 heures d'express les paysages monotones de la grande plaine glaciaire du Nord et montre la transition graduelle du climat océanique frison au climat continental polonais. Le Scandinave qui gagne les pays méditerranéens, en passant par Berlin, voit se succéder en un jour des spectacles plus variés, en traversant la zone hercynienne, où l'Allemagne occupe la première place, et les pays rhénans, qu'elle maîtrise presque entièrement.
La possession de la zone hercynienne est d'une importance capitale. L'Allemagne tient tous les abords du massif de Bohême, le Bôhmerwald à l'Ouest, les Sudètes et la Silésie à l'Est, l'Erzgebirge et la riche plaine de Saxe au Nord. Les États thuringiens, la Hesse, la Bavière et le "Wurtemberg lui donnent, non seulement des plateaux de grès encore en partie boisés, mais des Tpays de vieux peuplement, comparables aux campagnes du Bassin Parisien : Bassin de Thuringe, Bassin de Souabe et Franconie ; enfin tous ces vieux massifs forestiers, Harz, Thûringerwald, etc., où la colonisation médiévale a implanté un peuple de travailleurs, devenus la souche des populations industrielles les plus nombreuses et les plus actives.
Mais c'est en s'établissant solidement sur le Rhin que l'Allemagne a mis le sceau à une puissance dont les plus terribles secousses n'ont pu compromettre la durée. La zone hercynienne et la zone rhénane sont les deux axes économiques de l'Europe centrale, les deux zones de peuplement les plus denses ; et l'axe rhénan est le plus important, par sa signification commerciale, par son riche passé aussi bien que par son présent plein de promesses. Ce n'est pas en vain que Rome est apparue sur les bords du Rhin et y a laissé des traditions, dont ont profité les tribus germaniques. Peut-être le reflet de la civilisation méditerranéenne s'est-il d'autant mieux conservé que ces pays, déjà plus méridionaux, ont, par le relief du sol et le climat, des coins où l'on commence à oublier les brumes et les tristes aspects du Nord. Entre les massifs hercyniens couverts de forêts, où les
l'allemagne.
nuées s'accrochent, la plaine du Rhin moyen déroule en été sous un beau soleil ses moissons de blé et ses vergers ; la vigne s'étale aux flancs de la gorge du grand fleuve qui traverse le Massif Schisteux Rhénan. Enfin, par un coup du sort que rien ne permettait de prévoir avant l'époque contemporaine, c'est aux bords mêmes du Rhin qu'on a découvert le plus riche de tous les bassins houillers de la zone hercynienne et qu'est née, dans la Province Rhénane et la Westphalie, la plus forte agglomération industrielle de toute l'Europe centrale. L'activité fiévreuse qui y règne s'est propagée tout le long du grand fleuve, où circule, sur l'eau et sur les rails, un courant commercial d'une intensité peu commune, gagnant les confluents du Main et du Neckar, avec Mayence et Francfort, Mannheim et Ludwigshafen. De vieux pays agricoles, comme les campagnes du Neckar, ont vu l'industrie s'insinuer partout. Au delà du Bassin de Souabe et Franconie, les plateaux subalpins, où l'action glaciaire et l'ombre des Alpes ramènent les aspects de la grande plaine du Nord, ont eux-mêmes été vivifiés et ofl'rent un peuplement relativement dense.
La densité généralement très forte de la population est un caractère essentiel de la structure de l'État allemand. Il importe d'y insister. Le peuple est ici, autant et plus peut-être qu'ailleurs, le facteur essentiel des destinées économiques et politiques.