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B. • LACS CRÉÉS PAR LE BARRAGE DE HEIMBACH

Les méandres encaissés, noyés par les eaux accumulées derrière le baiTage, donnent un paysage étrange, avec les pédoncules des rives convexes changés en presqu'îles ou même en îles.

G. U., t. IV, Pl. XXX.

LES PAYS RHÉNANS DU NORD

tertiaire peu épaisse, et c'est seulement lorsque son approfondissement a continué dans ces couches meubles, conservées à la faveur d'un affaissement, comme à Xeuwied près de Coblence, qu'il a pu effectuer un déblaiement assez large.

Ainsi l'histoire du Rhin est bien la clef de celle de tout le Massif Schisteux Rhénan. Elle explique les contrastes violents des hauteurs et des dépressions ; elle éclaire des contrastes plus délicats auxquels l'homme n'a pas été insensible, qui introduisent des nuances dans l'aspect et la valeur des différentes parties du plateau, comme dans ceux des différentes sections des vallées. Nous retrouvons ici des régions ayant gardé leur nom et qui ont parfois vécu longtemps une vie un peu à part.

Les régions hautes. — Toujours monotones, froides et relativement peu peuplées, les hauteurs sont cependant plus ou moins élevées, plus ou moins découpées, et conséquemment plus ou moins animées, suivant leur situation par rapport aux axes de bombement ou d'alïaissement et suivant la nature du sol (fig. 39).

Le relèvement du Massif vers le Sud, coïncidant avec l'affleurement de roches particulièrement résistantes, y a localisé les plus hautes altitudes dans le Taunus et le Hunsrùck (Grosser Feldberg du Taunus, 880 m.).

Des terrasses qui dominent le Rhin au Sud de Mayence, le Taunus apparaît comme une barre rigide fermant au Nord l'horizon. Ses forêts dominent le pays le plus riant ; une des routes les plus anciennes du monde rhénan court à sa base, conduisant vers la porte de Vetteravie, jalonnée par d'anciennes villes romaines, qui sont devenues des cités modernes florissantes, comme Wiesbaden, Kônigstein, Homburg, Friedberg. Sur les pentes directement tournées au Sud, la vigne s'étale, à l'exclusion de toute autre culture. C'est le célèbre Rheingau, le plus riche de tous les vignobles rhénans. Pendant 30 kilomètres, la Weinstrasse court entre les champs enclos de murs, aux ceps amoureusement soignés, s'engoufîrant à chaque instant dans les rues tortueuses des vieux villages.

Une heure de montée, et l'on est dans la solitude des grands bois, couronnant les crêtes. Le plateau descendant lentement vers le Nord est encore en grande partie boisé et peu peuplé (50 hab. au kilomètre carré en moyenne). A une altitude de 400 mètres, il a des hivers rigoureux ; l'air froid coule dans les vallées encaissées, comme celle de la Wisper, donnant au débouché sur le Rhin un souffle glacé (Wisperivind). Les progrès du peuplement sont insensibles depuis un siècle. Les seuls centres vivants paraissent avoir existé déjà à l'époque romaine, jalonnant le Limes et les routes qui y conduisaient. Ils occupent de petits bassins, au sol plus chaud, comme celui de Mûhlbach, des coins riches en minerais, ou en sources minérales, comme Limburg et Ems sur la Lahn.

Le Hunsrùck est plus pauvre encore que le Taunus. Ses crêtes de quartzites, moins hautes et moins continues, ne sont pas moins boisées. Leur versant méridional n'a pas la ceinture de villes et les vignobles du Rheingau. Au Nord, le plateau, que les Romains n'avaient pas commencé à coloniser, est resté désert pendant la plus grande partie du moyen âge. Des gorges étroites, descendant à la Moselle, l'entaillent à l'Ouest; une ceinture forestière s'étend de ce côté, de même que du côté du Rhin. Les relations sont et ont toujours été avec le versant Sud- Est; c'est à l'Évêché de Mayence, non à celui de Trêves, que ressortissait le Hunsrùck. Actuellement encore, ni route ni chemin de fer vers la Moselle.

Géooiiaphie universelle. — Europe centrale, 1. 22

i/allemagne.

La densité de la population est faible (40 à 60 liab, au kilomètre carré), et, depuis le milieu du xix^ siècle, il y a diminution. Les progrès ont été réalisés avant. Ils se sont bornés à une amélioration de l'exploitation du sol : les landes ont disparu, reboisées en pins ou changées en prairies. Le bétail du Hunsriick est estimé. Pas d'industrie, très peu de commerce. Le seul centre important est Kastellaun.

Au Nord de la Moselle, les hauteurs de l'Eifel forment un bombement plus élevé dans l'ensemble, bien qu'aucun point n'y atteigne l'altitude des quartzites du Taunus (Hohe Acht, 760 mètres). C'est aussi un pays plus pauvre et plus arriéré encore, sauf dans la partie qui avoisine le Rhin, vivifiée par le volcanisme, et dans celle que parcourt la Moselle (Voreifel et Maifeld), correspondant au niveau de la vallée miocène. Pendant longtemps, ces plateaux monotones, coupés de gorges étroites au voisinage du cours d'eau principal, partout ailleurs traversés de vallonnements larges au fond humide, sont restés une solitude forestière. Le Pagus eiflensis, nommé pour la première fois en 762, fait partie de VArduenna silva. De grandes abbayes, Prûm, Orwald, Hohenacht, ont contribué au défrichement, qui a été poussé bien au delà des possibilités agricoles. Il y a encore ici beaucoup trop de céréales, pas assez de prairies et de fourrages ; les pâturages, mal entretenus, tournent à la lande ; l'écobuage, encore en faveur, appauvrit le sol. La forêt est livrée à la pâture et coupée en taillis. Nulle part le revenu de base de l'impôt foncier n'était tombé aussi bas dans les premières années du xx^ siècle (6 marks à l'hectare, alors que, dans le Hunsriick même, la moyenne était 14). De pauvres villages de 100 à 300 habitants sont disséminés jusqu'aux plus hautes altitudes. D'anciennes industries locales ont disparu : les fonderies alimentées par les maigres gisements de fer du district de Schleiden, comme la draperie utilisant la laine des moutons, qui ont été chassés du Haut- Eifel par les reboisements. L'État prussien a tenté, en effet, de tirer parti des hauteurs tourbeuses par des plantations de pins et des drainages. La population continue à diminuer, sauf aux environs d'Adenau, gros marché de bétail.

Les seules parties vivantes des plateaux à l'Ouest du Rhin sont, d'un côté, la bordure de la plaine, de l'autre, la région volcanique de la basse Moselle.

Vers Bonn et le Rhin, comme vers Aix-la-Chapelle et la Meuse, c'est par une descente graduelle que le socle ancien paraît plonger sous la plaine tertiaire et quaternaire, mais les rivières afiluentes du Rhin ou de la Meuse y enfoncent des méandres vigoureux, créant par endroits presque des aspects de montagne. L'Ahr Gebirge a ses vignobles, comme la Moselle. L'Urft, surimposée sans doute sur le Trias, se tord en boucles si serrées que le grand barrage donnant la force à Diiren et Aix-la-Chapelle a créé un paysage extraordinaire, avec son lac sinueux enveloppant les îles ou presqu'îles allongées des lobes de méandres (pl. XXX, A et B). Toute cette bordure, avec son climat plus doux que celui du Schneeeifel, avec ses sols moins acides, grâce à des affleurements calcaires, a été peuplée dès le début du moyen âge.

L'Eifel volcanique est un curieux pays, avec ses Maare entourées de forêts (pl. XXVIII, B), ses pitons basaltiques et ses cuvettes remplies de tufs. Dans la dépression de la Pellenz, un climat plus sec, un sol plus fertile, oîi le loess apparaît déjà, ont attiré de bonne heure les hommes. Mais c'est aux industries nées des roches volcaniques elles-mêmes qu'est due surtout la prospérité. Dans les communes restées purement agricoles, la densité ne dépasse pas 100 habitants

LES PAYS RHÉNANS DU NORD

au kilomètre carré ; l'augmentation de la population a cessé depuis le milieu du xixe siècle. Le pays des tailleurs de pierres a vu sa population tripler dans le

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