‹ Europe centraleChapitre 64 sur 129 · LA RUHR · texte numérisé non relu

LA RUHR

quatre cinquièmes du coke de l'Allemagne et permet de produire ici plus de 10 millions de tonnes d'acier.

Le voyageur qui connaît ces chiffres n'en est pas moins impressionné par une traversée rapide de la Ruhr. Non qu'il y découvre des aspects nouveaux, s'il est familier avec les grandes agglomérations industrielles de l'Europe occidentale. Mêmes silhouettes des chevalements de mines s'élevant à côté de la haute cheminée, qu'accompagnent les crassiers et le pullulement des maisons de mineurs ; mêmes alignements de hauts fourneaux, avec les cylindres des appareils Cowper et les longs halls où brille le soir la lueur des forges ; mêmes éventails de voies de garage et même enchevêtrement des voies ferrées se croisant, se doublant, passant l'une sur l'autre ; même atmosphère grise où planent les fumées qui salissent tout. Mais ce spectacle dure pendant des heures d'express ; sur plus de 100 kilomètres de long, il se répète, et finit par devenir presque obsédant (pl. XXXVII, A et B).

Encore faut-il songer que les charbonnages et la métallurgie lourde ne sont qu'une des formes de l'activité de la région. Les industries textiles (coton, laine, soie) y font vivre des centaines de milliers d'ouvriers. Les industries chimiques ne sont pas moins florissantes. Enfin un mouvement commercial prodigieux aspire les matières premières et lance par toutes les voies sur les régions voisines la houille et les produits manufacturés.

Aucune région industrielle ne forme un organisme aussi complet, aussi complexe et aussi vivant. L'ingéniosité et l'esprit d'organisation ont développé jusqu'aux extrêmes limites les possibilités généreusement offertes par la nature, réglé tous les détails du mécanisme de la production et des échanges, adapté besoins et ressources. Pour achever, un esprit d'entreprise d'une audace peu commune a animé les dirigeants et imprimé à cette sorte de machine si admirablement réglée un mouvement presque vertigineux.

Pour comprendre cet ensemble, il est nécessaire d'examiner d'abord les bases mêmes de l'édifice, qui sont les ressources naturelles : combustibles, fer, eau ; puis la main-d'œuvre, et, avec elle, le double problème de l'habitat et de l'appro- \'isionnement ; ensuite les transports, et enfin l'organisation de la production.

Page 1