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LES BASES NATURELLES

Si prodigieux qu'ait été dans les cinquante dernières années l'essor de la région de la Ruhr, il est loin d'être parti de rien. Nous avons affaire à une de ces régions rhénanes où, depuis de longs siècles, les rangs de la population sont devenus de plus en plus serrés et où les hommes se sont ingéniés à exploiter toutes les ressources. Les minerais de fer, de zinc, de cuivre et de plomb du Siegerland et du*Sauerland, les réserves inépuisables de combustibles des forêts du Massif Schisteux Rhénan avaient fait naître un grand nombre de petits centres métallurgiques dans les pays de Berg et de Mark. Les bords de la Wùpper, aux eaux claires et rapides, avaient fixé les teintureries à côté des tissages, presque exactement sur l'emplacement des deux grandes cités jumelles de Barmen et Elberfeld. La Ruhr était descendue par des flottes de barques; le Rhin voyait, dès la fin du moyen âge, fleurir sur ses rives des ports et des places de commerce, dont ia plus réputée a été longtemps Cologne.

Géocbapbie usivebselle. — Euiopp centrale, 1. 24

l'allemagne.

Comme partout ailleurs, le grand essor industriel date du moment où l'énergie a été demandée au charbon de terre, dont la région se trouvait renfermer des réserves presque inépuisables. Tout l'édifice de la Ruhr repose sur cette bas solide.

Les charbons : houille et lignite. — Comme le bassin houiller francobelge et celui d'Aix-la-Chapelle, le bassin de la Ruhr a conservé les précieuses strates de combustible riche en calories, qui se sont formées à l'époque carbonifère, grâce aux plissements et affaissements qui les ont amenées bien au-dessous du niveau des mers. Une couverture de terrains crétacés et tertiaires, épaisse de quelques centaines de mètres au plus, a protégé contre l'érosion les réserves les

Lippe Emscher Gelsenkirchen Bochum Ruhr Hattingen

0 5 10 15 20 25 30 35 Km.

FiG. 41. — Coupe Nord-Sud à travers le bassin houiller de la Ruhr, d'après Kukuk et Mintrop.

1, Houilles maigres. — 2, Houilles grasses. — .3, Houilles à gaz. — 4, Houilles flambanles. — Le pointillé indique

la couverture tertiaire et crétacée. À

plus abondantes, que les puits atteignent dans la plaine ; les couches, affleurant parfois sur les versants même des vallées qui entaillent le bord septentrional du Massif Schisteux Rhénan, se sont offertes à l'exploitation débutante. Ainsi, à cheval sur la plaine et la montagne, le bassin de la Ruhr a bénéficié des ressources des forêts pour le boisage des galeries et de celles des eaux courantes descendant des hauteurs, dont on verra tout à l'heure l'importance.

Mais ses plus grands avantages viennent de sa structure stratigraphique et tectonique. On y connaît 94 couches de houille, d'une épaisseur totale de 79 mètres, offrant toutes les variétés, depuis les houilles maigres jusqu'aux houilles à longues flammes, en passant par les houilles grasses propres à la fabrication du coke et les houilles à gaz. Ces couches, avec les morts-terrains qui les séparent, au lieu d'être violemment plissées, fracturées et recouvertes par des paquets épais de morts-terrains, comme il arrive dans le bassin franco-belge, ne sont affectées que par des ondulations et des chevauchements relativement simples, dont l'ampleur va en diminuant vers le Nord, en même temps que tout l'ensemble s'enfonce de plus en plus profondément (fig. 41). Grâce à ce dispositif, les houilles maigres s'offrent à l'exploitation près de la surface dans la zone méridionale, qui a été la première mise en valeur. Plus loin, les puits rencontrent, avant de les atteindre, les précieuses couches à coke ; c'est la zone sur laquelle s'alignent actuellement tous les grands centres métallurgiques entre la Ruhr et l'Emscher. Plus au Nord, les houilles à gaz, épargnées par l'érosion, s'offrent les premières après la traversée du Tertiaire. Enfin, vers la Lippe, les puits rencontrent, sous le Crétacé, les houilles à longues flammes et, s'ils peuvent pousser assez loin, toute la série jusqu'aux houilles maigres. Aussi l'exploitation a-t-elle pu facilement commencer au Sud, avec des puits peu profonds ou même des galeries, et se développer progressivement vers le Nord, avec les progrès de la

LA RÉGION INDUSTRIELLE RHÉNO-WESTPHALI ENNE. LA RUHR

technique, qu'excitait la richesse de plus en plus grande du gisement. Les puits ont déjà 400 mètres en moyenne sur l'Emscher, 800 sur la Lippe ; ils atteignent 1 500 mètres près de Miinster. Il semble que seules les diiïicultés d'exploitation à de très grandes profondeurs arrêtent l'extension vers le Nord de l'industrie, qu'on voit envahir de plus en plus les paisibles campagnes westphaliennes. Les réserves, d'après l'évaluation faite en 1910, doivent suffire à une production annuelle de 120 millions de tonnes pendant un siècle dans la zone actuellement exploitée, et pendant deux siècles y compris la zone des forages de reconnaissance. Avec l'épuisement des

tonnes

FiG. 42. — Extraction de la houille dans le bassin de la Ruhr de 1850 à 1929 (non compris les charbonnages de la rive gauche du Rhin).

premiers gisements exploités au Sud, la vie industrielle tend à disparaître des dernières pentes du Massif Schisteux Rhénan ; tandis que, au delà de la zone de vie exubérante où se pressent, l'une contre l'autre, les cités de plus de 100 000 habitants, de Duisburg jusqu'à Dortmund, on assiste à la naissance et au développement de villes-champignons, dont les quartiers ouwiers s'étendent de plus en plus chaque année en faisant tache d'huile.

La courbe de la production annuelle de la Ruhr (fig. 42) a monté avec une rapidité étonnante jusqu'à la guerre, passant de 11 800 000 tonnes en 1870 à 27 800 000 en 1883, 35 700 000 en 1890, 60 millions en 1900, puis 87 milHons en 1910, pour atteindre, en 1913, 114 millions de tonnes. La dépression produite par la crise d'après-guerre et l'occupation de 1923 a été rapidement surmontée : l'extraction s'est relevée de nouveau en 1925 à 104 millions de tonnes, et elle a atteint 1 18 millions de tonnes en

Malgré cette abondance qui semble inépuisable, la houille n'est pas le seul combustible utilisé dans la Ruhr. Les bords du Rhin offrent, de Bonn jusque près de Cologne, un des plus riches bassins à lignite de l'Allemagne, ajoutant aux facilités d'exploitation les facilités de transport par voie d'eau, qui produisait, en 1925, 39 millions de tonnes. Le lignite, utilisé pour chauffer les chaudières et animer les centrales électriques, libère un tonnage important de houille pour l'exportation. La plupart des grandes sociétés métallurgiques possédant des houillères se sont assuré le contrôle d'exploitations de lignite.

Les MINERAIS. — Après le charbon, qui anime toutes les industries, les minerais, et principalement le minerai de fer, sont la principale nécessité pour la Ruhr, où la métallurgie lourde reste la grosse afîaire. En 1913, 12 millions de tonnes ont été englouties par les hauts fourneaux. Depuis longtemps déjà les ressources locales ne suffisent plus à de pareils besoins. La métallurgie est ici

l'allemagne.

particulièrement fondée sur le charbon, non sur le minerai. La part des mines allemandes dans l'approvisionnement de la Ruhr était réduite à 5 p. 100 en 1913. Elle a augmenté depuis, par suite des circonstances : difficultés de la guerre et crise monétaire. Les exploitations du Siegerland, qui était le principal fournisseur, ont été développées et sont soutenues par des primes à la production. Mais les minerais étrangers arrivent encore à meilleur compte par la voie rhénane.

En 1913, la Scandinavie fournissait à la Ruhr 3 millions de tonnes de minerai, l'Espagne, 2 millions et demi, la Lorraine française, un peu plus d'un million, la Lorraine annexée et le Luxembourg, 3 millions et demi. La part de la minette lorraine était donc de plus de 40 p. 100. Après être tombée à presque rien, elle est remontée de jour en jour et a atteint 3 millions de tonnes en 1929. Le courant d'échange du minerai français contre le coke de la Ruhr représente une nécessité pour les deux grands centres industriels voisins, qui ont des besoins complémentaires. Cependant, le fait dominant reste la prépondérance des minerais Scandinaves que les cargos amènent directement au pied des hauts fourneaux situés sur les bords du Rhin. En 1929, ils représentent la moitié des importations de toute la métallurgie allemande. La France fournit 3 253 000 tonnes, l'Espagne, 3 025 000 tonnes, l'Algérie-Tunisie, 1 097 000 tonnes. Mais la Scandinavie vient toujours en tête, avec 8 070 000 tonnes.

Il faut ajouter que la métallurgie rhénane utilise depuis longtemps les vieux fers, qui forment un appoint non négligeable au minerai. Leurs amoncellements tiennent ime place dans le paysage. Ils viennent de toute l'Allemagne par le rail et la voie d'eau, et même des pays voisins. L'ensemble des fours Martin de l'Allemagne en absorbe dans les 9 millions de tonnes, et, là-dessus, la Ruhr prélève au moins les trois quarts.

L'eau dans la Ruhr. — Après le charbon et le minerai, la grande industrie n'a pas de besoin plus pressant que celui de l'eau. Il ne s'agit pas seulement d'alimenter la population, mais les mines et les usines. En 1921, on estimait à 237 millions de mètres cubes d'eau la quantité exigée par les houillères ; il faut, en moyenne, 2 m^ 5 d'eau pour une tonne de charbon extraite. La métallurgie, les industries textiles et chimiques ont aussi leurs exigences.

Pour fournir à ces besoins, la région de la Ruhr ne peut compter que sur le débit des cours d'eau venant du Massif Schisteux Rhénan, car les nappes souterraines sont taries par les mines, et les cours d'eau de plaine sont pollués par les déjections industrielles, parfois même changés en marécages par des affaissements du sol. L'Emscher, se traînant sur ses alluvions au milieu de vastes prairies, reçoit par seconde 2 m^ 6 d'eau salée évacuée par les pompes des mines, Om^ 3 d'eau noircie par le lavage du charbon, autant d'eaux ammoniacales, à la fois pestilentielles et funestes à la végétation.

C'est la Ruhr qui fournit le plus fort contingent à l'alimentation de la région : 209 millions de mètres cubes en 1913, 550 en 1921, soit presque le cinquième de son débit moyen. Onze grands barrages construits dans les parties hautes de son bassin, dont les sources vont jusqu'au cœur des montagnes du Sauerland, assurent des réserves pour l'été. Des stations de pompages puissantes élèvent les eaux de 100 à 150 mètres, car la Ruhr est encaissée jusque vers Essen. Plusieurs compagnies ont installé des réseaux de canalisation, dont le plus important (Wasser-

LA RÉGION INDUSTRIELLE RIIÉNO- WESTPH ALI ENN E. LA RUHR

werk fur das nordliche Wesifàlische Kohlenreuier) fournit 130 millions de mètres cubes amenés par 1 652 kilomètres de tuyaux à 150 communes, 120 mines et usines.

Les eaux usagées sont déversées dans les rivières de plaine, Emscher et Lippe. h' Emschergenossenschaft a créé, pour leur évacuation, un vaste réseau de rigoles de drainage, aux pentes bien ménagées, qui a supprimé la malaria, mais doit être constamment surveillé pour remédier aux tassements. En 1911, un affaissement de 2 mètres existait près de l'embouchure du Rhin; il avait atteint 4 mètres en 1927 et nécessitait des pompages continuels.

Le problème de l'eau n'a nulle part peut-être préoccupé davantage. Il eût été plus grave, si le Massif Schisteux Rhénan n'assurait les ressources nécessaires ; mais l'évacuation des eaux dans la plaine reste difficile.

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