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STRUCTURE ET RELIEF

Comparaison avec le Bassin Parisien. — On ne peut échapper à la comparaison du Bassin de Souabe et Franconie avec le Bassin Parisien. Des deux côtés, mêmes zones concentriques où affleurent des sédiments de plus en plus récents ; mêmes « côtes » festonnées, toujours formées par une couche résistante ; même contraste des plateaux secs, pauvres et souvent boisés, avec les dépressions humides aux terres fortes et fertiles ; même multiplicité des noms de petites régions, indiquant d'anciens groupements économiques et politiques, dont les cadres étaient fixés par la nature. L'explication des formes du relief est, dans les deux cas, liée à celle de l'organisation du réseau hydrographique en fonction de la structure du sous-sol ; on parle de « rivières conséquentes » suivant la pente des couches et d'affluents « subséquents » creusant leurs vallées au contact d'assises inégalement résistantes. Le Bassin de Souabe et Franconie est loin cependant d'être une simple réplique du Bassin Parisien. Il n'est point, comme celui-ci, fermé vers le Sud par un massif hercynien, mais s'étendrait jusqu'aux Alpes, si le soulèvement de la grande chaîne n'avait eu comme contrecoup un abaissement profond de sa bordure, formant comme une gouttière où se sont accumulés les débris que lui arrachait l'érosion : mollasse tertiaire, moraines et terrasses fluvio-glaciaires. Le centre du bassin a donc subi une dépression sans exemple en France ; il échappe à l'évolution commune des bassins hercyniens et rentre dans le cercle des bassins subalpins. Chose curieuse : le drainage n'a pas lieu vers cet ombilic tectonique ; sauf un ou deux affluents du Danube, il se fait en sens contraire de la pente des couches, vers la bordure hercynienne, que les rivières maîtresses, Main et Neckar, doivent percer en gorge pour trouver une issue.

L'allure des côtes n'a pas d'ailleurs ici la régularité caractéristique du Bassin Parisien. L'érosion seule ne saurait expliquer leur tracé sinueux, leurs différences d'altitude. Rien, même dans les plateaux bourguignons, n'approche de la grandeur du Jura Souabe, se dressant à 1 000 mètres. Les plateaux gréseux s'appuyant sur les Vosges sont peu de chose comparés aux vastes étendues de pays gréseux dans le Bassin du Main. Par contre, rien ne rappelle, en Allemagne, la Champagne, ni les pays tertiaires si variés de l'Ile-de-France.

LE BASSIN DE SOUABE ET FRANCONIE

Pour comprendre ces caractères originaux, il est nécessaire d'être assez exactement renseigné sur la structure du sous-sol. Son rôle est si grand ici que les couleurs de la carte géologique distinguent souvent les régions. On a même calculé la densité de la population des pays de Trias, de Lias, de Jurassique.

Le sous-sol. — En supposant empilées toutes les formations qui affleurent en différents points de la région, on aurait un paquet de grès, calcaires, marnes et argiles, épais de 1 800 mètres. La série la plus ancienne est celle des Grès bigarrés (Buntsandstein), puissants de 500 mètres, les bancs les plus massifs occupant généralement l'horizon supérieur. Nous les avons vus déjà, dans la Forêt Noire et rOdenwald, former des plateaux boisés. La transition au Trias moyen se fait par des grès schisteux et. dolomitiques ; le véritable calcaire coquillier (Hauptmuschelkalk) n'apparaît qu'après une série de schistes avec gypse et sel. Il soutient les versants des vallées, mais, pas plus que les calcaires du Bassin Parisien, il n'explique l'extension des plates-formes comme celles du Kraichgau ou de Hohenlohe. Le Trias supérieur ou Keuper est encore en partie marneux, mais se termine par un grès blanc à gros grains, connu sous le nom de Stubensandstein, qui joue ici un très grand rôle ; il forme une ligne de reliefs boisés dont les sinuosités déconcertantes sont l'indication de déformations des couches.

Après cette puissante assise gréseuse, le Lias représente une nouvelle série de marnes, épaisse de près de 200 mètres. Quelques bancs calcaires y dessinent parfois un ressaut de pente, mais l'ensemble est, comme en Lorraine, sujet aux glissements, qui arrondissent toutes les saillies. Ce sont aussi des terres fortes, très fertiles, semées de villages dont la position à flanc de coteau est liée aux sources. Avec le Jurassique propre commencent des couches plus résistantes : l'oolithe du Bathonien ferrugineux couronne souvent les buttes-témoins en avant de la côte du Jura Souabe et les éperons qui s'en détachent. Mais le talus principal montre les marnes oxfordiennes, à demi cachées sous les éboulis calcaires tombant de la corniche, qui est formée par le Jurassique supérieur. L'entablement n'a pas toujours la même solidité ; c'est lorsqu'il est formé par les calcaires massifs à polypiers du Tithonique qu'il offre la paroi la plus imposante. Leur épaisseur est très variable, on les voit passer latéralement aux calcaires en plaquettes, exploités dans de grandes carrières à Solenhofen et célèbres par leur faune contenant le plus ancien oiseau connu.

A ce schéma général, l'observation du terrain révélerait plus d'une variante sensible dans le relief : schistes noirs remplaçant, au Sud-Ouest, l'oolithe ferrugineuse du Bathonien, faciès des calcaires à spongiaires, montant par endroits jusqu'à rOxfordien et donnant des saillies rocheuses, calcaires à polypiers changés en dolomies dont les escarpements ruiniformes apparaissent surtout en Franconie. Dans l'ensemble on retrouve cependant partout les mêmes assises maîtresses : grès du Keuper et calcaires massifs du Jurassique supérieur, formant deux lignes de reliefs qui sont comme l'ossature de toute la région. C'est là le fd conducteur qui permet de se reconnaître dans la variété des aspects ; on peut dire que tous les contrastes résultent de l'écartement plus ou moins grand et du développement plus ou moins régulier de ces deux côtes. Tantôt elles sont presque accolées ; tantôt celle du Keuper forme des bastions à 100 kilomètres en avant de la côte jurassique ; l'altitude absolue et relative varie autant que le tracé plus ou moins festonné, plus ou moins continu (fig. 48).

L'ALLEMAGNE

Ces irrégularités peuvent être dues à l'allure des couches, qui sont loin d'être uniformément inclinées. Une flexure brusque fait disparaître les calcaires jurassiques sous la mollasse tout le long du Danube. Ils sont ondulés sur le Jura Souabe. Plus au Nord, des bombements, des failles accidentent le Keuper et le Muschelkalk. Cette région d'apparence tranquille a connu une période de dislocations accompagnées d'éruptions volcaniques, qui n'ont laissé comme traces que les culots de lave remplissant les cheminées. C'est sur les bords du bassin que le relèvement des couches a été le plus accentué ; leur inclinaison atteint jusqu'à 45° au Sud-Ouest. Le Jura Souabe tabulaire semble vouloir se raccorder au Jura franco-suisse plissé.

Les captures et l'évolution du modelé. — La structure a guidé le modelé, dont l'évolution offre ici un intérêt exceptionnel ; il est peu de régions où les transformations du réseau hydrographique apparaissent aussi clairement avec toutes leurs conséquences. La carte suffit à montrer que le drainage a dû être primitivement organisé en vue d'un écoulement conséquent vers le Sud : la plupart des branches du Neckar et du Main commencent par couler vers le Danube, pour faire brusquement volte-face vers le Nord. Ainsi le Wiesent, la Pegnitz et la Rezat se réunissent pour former la Regnitz ; des seuils insignifiants les séparent de l'Altmiihl, et on y trouve des alluvions qui ne laissent aucun doute sur l'ancien écoulement vers le Sud ; un canal rétablit la communication avec le Danube, au prix d'une tranchée de quelques mètres. Plus curieux encore sont les affluents du Neckar : en regardant le réseau de la Jagst et de la Kocher, que nous avons fidèlement reproduit (fig. 49), on peut croire à une erreur de dessin, tant est brusque le coude de la Kocher, après qu'elle a rassemblé tout un chevelu d'affluents coulant vers le Sud. Ce coude est déjà au cœur du plateau calcaire du Jura Souabe, et l'on voit l'ancien chenal conduisant au Danube par une large vallée, où serpente la faible Brenz. Mêmes coudes sur la Nagold et la Murg. Toute l'extrémité Sud-Ouest du Jura Souabe est percée par une série de trouées, dont une seule amène encore au Danube les eaux tombées de la Forêt Noire ; les autres sont des vallées mortes, où des alluvions granitiques indiquent, sans doute possible, le passage de rivières détournées vers le Rhin par le Neckar.

Le Danube semble avoir été jadis le grand collecteur des eaux; les bassins du Main et du Neckar ont dû se former à ses dépens par une série de rapines. On peut en préciser l'histoire et du même coup reconnaître les phases principales de l'évolution qui a conduit aux aspects actuels du relief (fig. 49).

La mer miocène débordait sur le plateau du Jura Souabe ; ses dépôts littoraux subsistent en continuité avec des alluvions descendant de la Forêt Noire. Le relief était peu différencié à ce moment ; la Forêt Noire était encore en partie recouverte par le Trias, les côtes à peine esquissées ; le Rhin n'était pas formé. C'est l'époque de la grande pénéplaine tertiaire dont nous avons signalé l'extension sur presque toute la zone hercynienne (Première partie, chap. IV). Le Danube y est né dans l'axe d'une légère dépression subalpine, et ses affluents de rive gauche se sont développés en même temps que se soulevaient les massifs anciens et que l'inclinaison des couches s'accentuait, comme une conséquence du grand plissement alpin. Ses alluvions d'âge pliocène se suivent encore à la surface du Jura Souabe, d'Immendingen, en amont de Tuttlingen, à Ulm ; ce sont les dépôts d'un grand fleuve tranquille. A ce moment, les différences d'al-

LE BASSIN DE SOUABE ET ERANCONIE

titude étaient encore assez réduites, certainement moins fortes qu'actuellement ; la côte jurassique avait moins de relief, et les failles étaient nivelées ; la côte keupérienne était cependant bien dessinée, et les cours d'eau coulaient

9° IO°E.Gp 11°

FiG. 48. — structure pliysique et régions naturelles du Bassin de Souabe et Franconie.

A. Massifs hercj-niens «Je la bordure : 1 , Socle crislallin ; 2, Couverture de grès du Trias inférieur. — 3, Haut plaleau calcaire jurassique 'pénéplaine tertiaire) ; 4, Surface de ce plaleau, avec restes de sa couverture miocène ; 5, Bord abrupt de ce plateau, formant côle lim trait, hauteur relative, 100 m. ; deux traits, 200 m. ; trois traits, 300 m.). — G, Plateaux de grès du Kcuper (les points les plus haut appartiennent à la pénéplaine tertiaire) ; 7, Bord de ces plateaux, formant côte (un trait, hauteur relative, 100 rn. ; deux traits, 200 m.). — 8, Plate-forme pliocène des Gau sur Muschelkalk avec limon ; 9, Formes douces se rattachant à la mèrne plate-forme, modelées dans le Lias marneux. — • 10, Moraines. — 11, Terrains fluvio-glaciaires et collines de mollasse du plateau subalpin. — 12, Lambeaux cristallins du Riess. — ■ 13, Failles jouant un rôle dans la topographie. — Échelle, 1 : 2 000 000.

à la surface d'une plaine d'érosion largement développée sur les formations meubles du Trias moyen. C'est cette plate-forme qu'on suit depuis la Baar jusqu'au Kraichgau et, par la Hohenloher Ebene, jusqu'au Main.

Les changements qui se sont produits depuis sont la conséquence d'événe-

l' ALLEMAGNE.

ments survenus clans les régions voisines : formation du fossé rhénan et dernier soulèvement des Alpes. Comme on l'a vu plus haut (chap. XI), le Rhin primitif s'écoulait vers la Saône ; c'est seulement au Pliocène supérieur que la dépression, dessinée à l'Oligocène entre les Vosges et la Forêt Noire, est devenue le large et profond sillon qui attire de partout les eaux. Au même moment, l'érosion du Danube était, au contraire, paralysée par le dernier soulèvement des Alpes, gagnant le plateau subalpin bavarois, et surtout par l'afflux des alluvions grossières que déversaient dans son lit les rivières alpines. Les glaciers eux-mêmes se sont avancés jusqu'au bord du Jura Souabe, débordant, au moment de leur plus grande extension, sur le plateau calcaire. Ainsi tout favorisait le Rhin aux dépens du Danube. Actuellement, le premier fleuve coule à moins de 100 mètres vers l'embouchure du Neckar, tandis que le second est à 460 mètres à Ulm. Même dans la gorge pittoresque qu'il a creusée dans les calcaires jurassiques entre Tuttlingen et Sigmaringen, le Danube coule lentement sur des alluvions épaisses. L'érosion n'a fait aucun progrès de ce côté depuis le Quaternaire.

Les seuls affluents du Danube qui aient échappé aux rapines des affluents du Rhin, l'Altmûhl et la Wôrnitz, ont conservé l'aspect de rivières séniles ; l'Altmiihl a une pente de 0,5 pour 1 000 ; il utilise dans la traversée du plateau calcaire une large vallée, qui n'est pas son oeuvre, mais celle du Danube, détourné au Quaternaire par l'invasion glaciaire (voir fig. 49).

Les progrès du drainage vers le Rhin ont été accompagnés par un rajeunissement très marqué du relief ; l'approfondissement des vallées, le développement de vigoureux méandres encaissés s'observent partout dans les bassins du Neckar et du Main ; la plate-forme d'érosion pliocène a été élargie et ravinée à la fois, le relief de la côte jurassique singulièrement ravivé, tandis que l'étendue des buttestémoins de la côte keupérienne devait se réduire. Un modelé plus fouillé, plus exactement adapté à la structure s'est ainsi élaboré ; les contrastes régionaux si frappants actuellement datent en grande partie de cette crise de rajeunissement toute récente.

Différences entre le Sud-Ouest et le Nord-Est. — La structure rend compte des différences les plus apparentes entre le Sud-Ouest, drainé par le Neckar, et le Nord-Est, correspondant à peu près au bassin du Main. L'inclinaison des couches est plus forte au Sud-Ouest ; c'est pourquoi les côtes sont moins écartées et plus hautes. La plate-forme du Kraichgau, témoin de la surface d'érosion pliocène, se suit jusqu'au Neckar, et la rapidité de son ascension (de 200 à 800 m. ) ne peut s'expliquer que par une déformation conséquente au dernier soulèvement de la Forêt Noire. A l'ensellement entre ce massif et l'Odenwald correspondent des dislocations, qui avaient permis, pendant le Mio-Pliocène, la conservation du Keuper et même parfois du Lias ; d'où la physionomie des régions qu'on appelle Berge et Filder.

La situation est bien différente au Nord-Est. L'orientation des reliefs et des vallées change ; les côtes sont plus espacées et moins hautes : le Franken Jura ne dépasse guère 600 mètres, le Steigerwald, qui représente, à 40 kilomètres en avant, la côte keupérienne, atteint 500 mètres. Le rajeunissement paraît les avoir à peine touchés, leurs formes se sont encore émoussées. Les affluents du Main à tracé subséquent n'ont pas les vallées encaissées et les méandres vigoureux du Neckar et de ses affluents. Pas de témoins en avant de la côte du Keuper ;

LE BASSIN DE SOUABE ET FRANCONIE

la plate-forme pliocène s'étale largement jusqu'à l'Odenwald et au Spessart. L'allure tranquille du sous-sol explique celle du relief : les couches sont ici rarement inclinées, et elles ne sont fortement disloquées qu'à l'Est, dans le voisinage du Massif Bohémien ; mais il s'agit de failles anciennes. En l'absence de mouvements du sol récents, il est naturel que les traits remontant au cycle plio-

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