B. WLRZBURG-SUR-LE-MAIN. VUE AÉRIENNE
A droite, les hauteurs du Marienberg, citadelle et site primitif de la \ill<-, qui s'est étendue dans la plaine.
, t. IV, Pl. XUII.
G. U., t. IV, I']. XLIV.
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parfois les cours d'eau ; poussés par les vents d'Ouest, ils ont formé, sans doute pendant la période sèche qui marque la fin du Quaternaire, des dunes qui se sont avancées jusqu'au pied de la côte et l'ont même gravie en certains points. De maigres pins mal venus — Missholz, comme les appelle le paysan — ont fixé ce sol stérile, où le botaniste trouve une flore spéciale : immortelles, Helychrysum arenarium et Amena vulgaris.
Le sommet de la côte, toujours couronné par la sapinaie, est formé généralement par les calcaires marneux du Jurassique supérieur, parfois par des calcaires massifs peu développés, presque jamais par la dolomie. Le plateau apparaît nettement comme une surface d'érosion ancienne, tranchant obliquement les couches. Des lambeaux de Crétacé gréseux y sont conservés à l'Est ; des placages de sables et d'argiles, représentant probablement le Tertiaire continental, y sont partout répandus. Leur présence se révèle par de belles forêts de hêtres et de sapins, avec un sous-bois de bruyères et de genêts. Les parties les plus argileuses ont été défrichées, et de petits hameaux y apparaissent près des sources. Partout ailleurs, le plateau est un désert sans eau et sans vie, tantôt lande pierreuse à genévriers, gentianes et hélianthèmes, comme la Lange Meile ; tantôt vaste, mais maigre forêt de hêtres, comme dans la région de l'Altmûhl, où affleurent les calcaires en plaquettes ; tantôt chaos de bastions aux escarpements fantastiques, quand la dolomie domine, comme dans la « Suisse franconienne » à l'Ouest de Amberg. Les villages sont concentrés dans les vallées étroites au fond humide, où l'eau surgit en grosses sources au pied des versants boisés. La vallée de la Wôrnitz et celle de l'Altmûhl sont célèbres par leurs grottes aux voûtes parées de splendides stalactites, autant que par la fraîcheur de leurs paysages. Nulle part l'impression n'est plus vive, lorsque, après une longue marche sur le plateau désert et monotone, on voit s'ouvrir à ses pieds la vallée avec ses prairies et ses coquets villages encadrés entre des versants abrupts, où les escarpements dolomitiques blanchâtres surgissent du manteau de la hêtraie mouchetée de sapins. C'est sur l'Altmûhl que l'on rencontre le seul centre industriel de toute la région : d'immenses carrières éventrent le plateau à Solenhofen; plus de 1 000 ouvriers y exploitent les calcaires du Jurassique supérieur, qui donnent des pierres lithographiques au grain fin et des dalles recherchées pour les escaliers.
Le peuplement et les villes des pays franconiens. — L'ensemble des pays franconiens est beaucoup plus pauvre que les pays souabes. Les gros villages y sont l'exception, le peuplement en hameaux ou fermes isolées est la règle. Pourtant les villes y sont assez nombreuses, et quelques-unes égalent ou dépassent les centres du Wurtemberg.
L'histoire, plus que la nature, explique ces conditions particulières. Restée en dehors du Limes, la Franconie n'a pas connu les bienfaits de l'occupation romaine et a été presque entièrement submergée par les Slaves. La colonisation germanique médiévale y a été tardive, et les grands domaines constitués sous les Carolingiens ont contribué à la préservation des forêts. La dispersion de la population a empêché la naissance des industries rurales ; mais elle rendait d'autant plus nécessaires les marchés, la plupart fortifiés, dans un pays d'insécurité persistante. C'est l'origine des petites villes, assez également réparties, occupant généralement un site commercial, à l'entrée d'une des anciennes percées consé-
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quentes à travers la côte keupérienne, comme Crailsheim, Rothenburg, Windsheim, ou le long d'une route marquée par la nature, comme les villes du Main et celles de la Regnitz. Beaucoup sont restées, faute d'industries, de vieilles cités endormies, aux maisons serrées entre les remparts, conservés ou changés en boulevards, qui les moulent exactement. Quelques-unes cependant, favorisées par la richesse de leurs environs, par une croisée de routes plus importante, par les circonstances historiques" et l'esprit d'initiative de leur bourgeoisie, se sont élevées, vers la fin du moyen âge, au-dessus de la condition de marchés locaux, et, avec l'ère des chemins de fer, ont pu développer la fonction industrielle.
Le Main, parcourant des campagnes fertiles, animé, avant le chemin de fer, par une navigation active, a vu naître Schweinfurt (36 336 hab.), marché de bétail renommé dans toute l'Allemagne du Sud, qui a de grandes minoteries et des brasseries ; Kitzingen (10 272 hab.), jadis point de départ d'un coche d'eau quotidien pour Francfort ; mais surtout Wiirzburg, qui a de bonne heure pris la tête (pl. XLIII, B). Son château fort du Marienberg, sur la berge abrupte, protégeait le pont et le marché qui pouvait s'étaler sur les alluvions de la rive droite. Siège d'un évêché dès le viii^ siècle, Wiirzburg avait ses foires au début du xi^ et faisait un grand commerce de vins et de bois. Au xviii® siècle, c'était l'étape principale de la navigation, alors très active, entre Mayence et Bamberg, avec des quais et de grands docks ; un marché en relations suivies avec Hambourg et Amsterdam, exportant le blé du Taubergrund et le vin des coteaux du Main. La décadence de la navigation, qui a ruiné les villes voisines, Kitzingen et Schweinfurt, a profité à Wiirzburg, devenu un nœud important de voies ferrées. Sa population, dépassant déjà celle de toutes les villes de la Basse Franconie en 1850, avec 23 500 habitants, est montée à 68 700 en 1895, à 84 000 en 1910. La poussée de croissance semble arrêtée, sans devoir atteindre les 100 000, car on enregistre seulement 89 910 âmes en 1925. Wiirzburg reste le marché actif d'un pays agricole assez riche ; les usines n'y travaillent qu'à la transformation des produits du sol : ce sont des minoteries, des brasseries et malteries, des fabriques de vin mousseux, auxquelles s'ajoutent les organes nécessaires à une ville d'une certaine importance régionale, tuileries, ateliers mécaniques et imprimeries.
Plus encore que le Main, son affluent la Regnitz devait être un lieu de villes. Son large sillon, tracé au pied de la côte calcaire du Franken Jura, ouvre une route directe vers le Danube par l'Altmiihl, et l'on voit s'y aligner Bamberg (50 152 hab.), Erlangen (29 597 hab.), Fûrth (73 693 hab.) et Nuremberg (392 494 hab.). La prépondérance prise par cette dernière a lieu de surprendre. Bamberg semble à tous égards mieux situé ; à proximité du confluent du Main, il commande directement la route vers les cités rhénanes à l'Ouest et vers celles de la Saxe à l'Est. Les coteaux liasiques se prêtent aux cultures fruitières ; la vigne même apparaît, les houblonnières et le tabac font la richesse du pays jusqu'à Forchheim. Nuremberg est né dans un site singulièrement moins favorable, protégé par le burg établi sur le sommet gréseux du «Niirnberg», au milieu de vastes forêts de pins qui l'entourent encore, sur un sol sablonneux stérile, que le vent soulevait jadis en dunes, tour à tour trop sec ou gonflé d'eau au point de former des marécages tourbeux.
Il semble que la qualité de ville épiscopale ait nui au développement de Bamberg, tandis que Nuremberg, ville impériale, a pu librement donner carrière
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à l'esprit d'initiative de ses citoyens. L'importance de Wiirzburg peut aussi avoir favorisé Nuremberg, qu'on atteignait plus directement par les passages faciles du Steigerwald. Son admirable cathédrale, son archevêché, ses monuments font de Bamberg une des perles de l'Allemagne du Sud (pl. XLIII, A); mais il reste un marché local à l'écart des grandes routes, qui vont se nouer plus au Sud. Les seules industries importantes sont la céramique et la brasserie.
Souvenirs historiques et artistiques, activité industrielle et commerciale féconde, tout se réunit pour faire de Nuremberg la cité la plus curieuse, à la fois
FiG. 53. — Plan de Nuremberg 1 , Les deux centres primitifs. — 2, Boulevards et jardins sur l'emplacement de l'enceinle du xiv^ siècle. — 3, La ville du xiviî siècle — 4, Les riuartiers modernes. — Échelle, 1 : 75 000.
archaïque et moderne. Un cercle d'usines aux hautes cheminées fumeuses entoure la vieille ville tranquille aux rues tortueuses, sur lesquelles flotte le souvenir des Hans Sachs, des Durer, des Martin Behaim et des dynasties de bourgeois éclairés qui fondèrent sa prospérité. Dès le début du xiii^ siècle, le marché, né à l'abri du burg, avait des privilèges spéciaux ; ses commerçants, exemptés des péages dans toute l'étendue de l'Empire, fréquentaient en Bohême, Pologne, Hongrie, comme dans les Pays-Bas. Au xiv^ siècle, ils allaient eux-mêmes chercher les épices, la soie, l'ivoire en Itahe et peuplaient à Venise la fondata dei Tedeschi. Dans leurs caves profondes s'amassaient les marchandises les plus variées. Au xvi^ siècle, l'industrie des métaux se développe ; le fer vient de Styrie et de Bohême, le cuivre et le plomb, du Harz, l'étain, du Fichtelgebirge. Les relations avec l'Italie développent le goût du luxe et des arts. Le bruit des grandes découvertes géographiques retentit au foyer des bourgeois curieux de toutes choses. Quoi qu'on en ait dit, ces découvertes nuisirent peu au développement de Nuremberg. Des relations nouvelles se nouèrent avec Hambourg et les villes de la Hanse, avec Francfort et Anvers par la voie du Main et du Rhin. La guerre de Trente ans
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fut, elle-même, moins funeste que les guerres du xyiii» siècle et la politique de protection douanière des États allemands jusqu'au début du xix^ siècle.
En 1806, Nuremberg ne comptait que 25 000 habitants ; son commerce était bloqué de tous côtés par les douanes. La constitution du Zollverein dans l'Allemagne du Sud, étendu peu à peu à toute l'Allemagne, coïncide avec son relèvement. En 1844, la population était de 67 000 habitants; en 1880, elle atteignait les 100 000. La progression s'accélère avec le développement des chemins de fer et l'essor industriel. On comptait 261 000 habitants en 1900, plus de 300 000 en 1910, 392 000 en 1925. Avec Furth, dont les faubourgs tendent à rejoindre ceux de sa voisine, c'est une agglomération de près de 500 000 habitants, venant immédiatement après Breslau.
Nuremberg est un nœud de voies ferrées de premier ordre. La route de Rotterdam à Vienne par Francfort et Wûrzburg y croise la grande voie Berlin- Leipzig- Augsbourg. L'industrie métallurgique tient la première place, donnant les produits les plus variés : machines, cycles et automobiles, conduites d'eau, caractères d'imprimerie, fonderies de cloches et serrurerie d'art. La brosserie, la cordonnerie maintiennent leur ancienne réputation. L'optique, les fabriques de meubles, la brasserie viennent ensuite, h' Allgemeine Elektricitatsgesellschaft de Berlin a installé une de ses usines les plus importantes dans ce foyer d'industries de haute valeur.
On lit dans le plan de la ville (fig. 53) son développement : les deux centres primitifs, de forme elliptique, avec leurs rues étroites et tortueuses, réunis au xvii^ siècle par une enceinte fortifiée, sur l'emplacement de laquelle se déroulent les jardins et les boulevards (pl. XLIV, A, B et C) ; les quartiers modernes de Sankt Johannes, Gertenhof, Galgenhof et Sankt Jobst, de construction plus régulière ; enfin les faubourgs, s'émiettant le long des routes, avec leurs usines d'abord, puis leurs villas allant jusqu'à la lisière de la forêt.
L'analyse fortifie et justifie l'impression de dualisme que donne, malgré son unité évidente, le bassin hercynien encadré entre la Bohême, la Forêt Noire et le plateau subalpin. Les combinaisons locales des facteurs physiques et historiques sont différentes à l'Est et à l'Ouest, du côté drainé presque entièrement par le Main et du côté du Neckar.
Plus accidenté, plus morcelé à la fois par les mouvements du sol et les érosions, l'Ouest est naturellement plus ouvert; ses vallées profondes, ses platesformes calcaires fertiles* ont attiré de bonne heure les hommes ; sa précocité a été augmentée par l'entrée dans le cercle de l'influence romaine. Moins accidenté et moins découpé, avec ses grandes étendues de sables et de forêts, l'Est était en outre plus loin du rayonnement latin. Il est toujours resté relativement arriéré, et la concentration urbaine, aboutissant, en quelques points privilégiés, à la naissance de grandes cités commerciales, ne rachète pas la pauvreté relative des campagnes.
Les centres d'attraction s'équilibrent des deux côtés. Pas de point central — comme dans le Bassin Parisien — vers lequel convergent à la fois les cours d'eau et les routes commerciales et qui, la faveur politique aidant, puisse être un noyau de cristallisation de premier ordre. Le dualisme politique du Bassin de Souabe et Franconie paraît justifié. Au Wurtemberg revient la partie la plus riche, la plus avancée à tous égards ; à la Bavière, l'Est, moins évolué au point de vue
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physique, économique et même politique. D'un côté, en efîet, les protestants dominent, l'industrie pénètre presque partout, le socialisme gagne les classes ouvrières, et telle petite ville au pied de la Rauhe Alb a vu des grèves nombreuses ; de l'autre, le catholicisme règne, le paysan n'a d'autres soucis que sa' récolte et son bétail, l'industrie n'existe que dans quelques gros centres comme Nuremberg : c'est la Bavière conservatrice et même réactionnaire.
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