SO NE
FiG. 57. — Profils des confins bavarois.
G, granité. — Gn, gneiss et schistes cristallins ; Basalte. — B, M et K, Trias : B, Bundsandstein (grès) ; M, Muscltelkalk (calcaires, marnes, etc.) ; K, Argiles et grès (Keuper). — L, Lias marno-calcaire. — J, Jurassique calcaire. — G, Crétacé sableux. — t, Tertiaire argilo-sableux. — Échelle des longueurs, 1 : 450 000 ; hauteurs exagérées six fois.
A. Bôhmerwald et Baj-rischerwald. Les blocs basculés sont restitués en traits interrompus. — B. Oberpfâlzerwald et plateaux de la Regen inférieure. Remarquer la gorge épigénique de la Regen. Le pointillé reconstitue la pénéplaine tertiaire. — C et D. Oberpfâlzerwald et collines du Bas-Palatinat. Remarquer les cuvettes marécageuses de Waldmûnchen et dn Tirschenreut, appartenant à la pénéplaine tertiaire, sans doute jadis recouverte de Tertiaire. Dans le Bas-Palatinat, remarquer les côtes et les dépressions déblayées dans les couches peu résistantes (Keuper, Crétacé), avec restes de Tertiaire (dépression de la Naab) ; la gorge épigénique de la Schwarzach, près de la dépression de Neuenburg. Dans le profil D, le rajeunissement est à peine indiqué ; Û est plus avancé dans le profil C.
à la tourbière. Le faîte de la frontière est seul assez élevé pour avoir été affecté par la glaciation quaternaire, mais on n'y connaît pas de traces de glaciers comparables à ceux de la Forêt Noire. Quelques cirques avec de petits lacs ont été évidés au flanc de l'Arber, point culminant de toute la région (1 457 m.) (pl. XL IX) ; les moraines perdues dans la forêt indiquent des langues de glace descendant sur quelques kilomètres seulement.
Il semble que ces montagnes soient plus humides actuellement que pendant le Quaternaire. Les vents d'Ouest y poussent les nuées qui se traînent au-dessus du bassin du haut Danube et s'accrochent particulièrement au Bayrischerwald, presque aussi pluvieux que le faîte de la frontière (1 400 mm.). Les brouillards noient les vallées pendant des semaines. C'est l'haleine humide de l'Océan qui baigne les hauteurs hercyniennes. Elle atténue la rigueur de l'hiver, et Cham est de 2^ moins froid que Passau ( — 3^,4, contre — 5o,3) ; mais l'été est aussi
L'ALLEMAGNE
moins chaud (juillet, 17^,5, contre 23°,7), le printemps est tardif, et la neige couvre le sol pendant quatre mois à 700 mètres d'altitude (133 jours à Buchenau).
Sous un pareil climat, on comprend que la forêt ait pris puissamment racine dans les sols d'arènes profondes. Des siècles de défrichement n'ont pas réussi à l'effacer de plus de 30 p. 100 de la surface. Aucun massif hercynien ne donne une impression de solitude comparable à celle qu'on éprouve sur ces hauteurs où les sapins géants pourrissent encore sur place. Du haut des rares sommets chauves, on voit, dans toutes les directions, le manteau sombre descendre sur les versants abrupts jusqu'au fond des vallées que souligne un ruban vert de prairies. La colonisation allemande a remonté péniblement les thalwegs, souvent encaissés au débouché sur le Danube, dispersant ses fermes qui rappellent déjà le chalet alpin. Ce peuple de bûcherons, de charbonniers, de verriers est devenu éleveur et même, par endroits, cultivateur. Quelques bourgs sont nés à des confluents élargis, marchés de bois et de bétail, comme Freyung, Zwiesel, Kôtzting. Seuls Cham et Furth ont quelque industrie. Mais ici nous touchons déjà au Haut- Palatinat.
Le Haut-Palatinat. — Les croupes granitiques atteignant 1 000 mètres ne reparaissent guère en territoire allemand au Nord de la trouée de Cham. La région connue sous le nom d'Oberpfâlzerwald est un plateau ondulé où la forêt a généralement disparu des dépressions, pour se réfugier sur les hauteurs ne dépassant guère 800 à 900 mètres. Rien qui rappelle les gradins si nets du Bôhmerwald proprement dit. On est frappé surtout par de larges cuvettes situées vers 500 mètres d'altitude, souvent parsemées d'étangs. C'est le modelé d'un très vieux pays, comparable au Haut-Morvan. Parfois des résidus de Tertiaire continental subsistent, comme à Tirschenreut (fig. 57, B, C et D). Le Fichtelgebirge n'est lui-même qu'une cuvette de ce genre, entourée de bosses boisées un peu plus hautes. La colonisation bavaroise a occupé toutes les dépressions, dispersant ses hameaux sur les dos de terrain où l'on peut faire quelques cultures, aménageant les fonds et les pentes humides en belles prairies, drainées par un chevelu de rigoles et irriguées par des étangs artificiels.
Des bourgs-marchés sont nés dans chaque bassin, et quelques-uns sont devenus de petites villes industrielles. Le kaolin et les argiles tertiaires ont donné naissance à des fabriques de porcelaine à Arzberg et à Marktredwitz. Mais c'est, dans l'ensemble, un vieux pays rural, fournisseur de bétail pour les cités bavaroises.
Pour trouver de vraies villes, il faut dépasser la limite du massif cristallin vers l'Ouest. C'est dans la zone de transition aux plateaux calcaires du Franken Jura que se trouvent Bayreuth et Amberg. Il y a là une région très variée, malgré les dénivellations relativement faibles du relief, où des dislocations orientées Nord-Ouest — Sud-Est ont relevé ou abaissé des compartiments voisins, si bien que la pénéplaine tertiaire a nivelé, vers 400 à 500 mètres, tantôt le socle cristallin, tantôt le Trias, tantôt le Jurassique et le Lias. C'est sur cette pénéplaine, à laquelle correspondaient sans doute les dépressions de l'Oberpfâlzerwald, qu'a dû s'établir un réseau hydrographique dont le tracé déconcerte. On comprend seulement ainsi que la Regen, évidemment surimposée, perce l'extrémité septentrionale du Bayrischerwald en une gorge tortueuse, au lieu de suivre le large couloir qui s'ouvre devant elle à Roding ; que la Naab elle-même traverse le
LES CONFINS DU MASSIF BOHÉMIEN
massif ancien en poursuivant son cours directement vers le Sud (lig. 57, B). L'érosion des derniers cycles a naturellement évidé de larges dépressions dans les affleurements d'assises tendres, argiles du Keuper et Crétacé. Ainsi est né le large couloir, au fond humide parsemé d'étangs, qui s'étend en ligne droite de Roding à Amberg, nettement limité du côté de l'Est par le bord abrupt du massif ancien. En même temps se sont développés ces gradins d'érosion festonnés, rappelant la côte du Jura Franconien, mais qui tournent leur front vers l'Est, tantôt dominant la Naab, vers Schwandorf, tantôt se déployant en arc de cercle au Nord d'Amberg, tantôt réduits à des buttes, comme vers Bayreuth (fig. 57, C et D).
De grandes forêts couvrent encore les affleurements de grès et d'argile du Trias, et tout ce pays donne souvent l'impression d'être plus boisé que l'Oberpfalzerwald. Mais il y a des coins plus favorisés, là où le Muschelkalk apparaît et au pied des côtes jurassiques où affleure le Lias. Le réseau des dépressions ouvre des routes que le commerce a suivies depuis des sièc'es. A leurs carrefours sont nées des villes : Schwandorf et Neustadt sur la Naab, mais surtout Amberg et Bayreuth, toutes deux au pied des côtes calcaires. A Amberg (26 330 hab.), l'industrie est représentée par le tricotage et des fabriques de meubles. Bayreuth (35 306 hab.) travaille aussi le bois et était connu pour ses instruments de musique, avant de devenir célèbre grâce à Wagner.
Dans l'ensemble, les confins bavarois de la Bohême ne comptent aucune grande ville ; l'industrie n'y a pas suppléé à la pauvreté du sol, la densité de la population reste inférieure à la moyenne de l'Allemagne, et le dépeuplement se ferait sentir partout, sans la très forte natalité du paysan bavarois. Il en est tout autrement des confins saxons.