LES CONFINS SAXONS : ERZGEBIRGE — LUS ACE ET PLAINE DE SAXE
L'Erzgebirge. — Le royaume de Saxe a depuis longtemps établi sa frontière avec la Bohême sur le faîte de l'Erzgebirge. On a cité ce petit massif comme un exemple classique de bloc hercynien basculé, plus simple que le Bôhmerwald et même que la Forêt Noire. Ici l'abrupt est tourné vers la Bohême. L'Allemagne ne connaît que la longue et régulière montée du socle cristallin, plus ou moins entaillé par le creusement des vallées ; elle tient la partie la plus riche de la montagne, jadis aussi boisée sans doute que le Bôhmerwald, mais devenue le plus peuplé des massifs hercyniens, grâce à une colonisation tenace, que les richesses minières ont attirée. Si l'argent n'est plus exploité sur les hauteurs, les bassins houillers découverts du côté de la plaine ont fait naître la grande industrie moderne.
Sol et sous-sol ont été étudiés avec passion dans ce pays surpeuplé, et, malgré l'apparente uniformité du relief, on a essayé de deviner les vicissitudes d'une histoire certainement compliquée. Le réseau hydrographique suivant la pente du glacis vers le Nord-Ouest s'est établi sur des dépôts oligocènes, recouvrant la pénéplaine tertiaire dont on trouve çà et là des restes jusqu'aux plus hautes altitudes, préservés par un chapeau de biisalte (Pôhlberg, près d'Annaberg). Ces buttes basaltiques, dont la silhouette rompt la monotonie des horizons du
Géocbapbie universelle. — Europe centrale, I. 32
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haut Erzgebirge, sont tout ce que l'érosion a laissé d'une couverture volcanique très étendue. Leur relief relatif, atteignant 200 mètres, permet de mesurer l'œuvre de la dénudation qui a, depuis le début du Néogène, remis à nu le socle ancien, maintenant entaillé par la morsure de vallées encaissées (fig. 58).
Tout ce modelé récent apparaît conditionné par la structure qui enregistre des épisodes anciens. Si l'érosion a effacé définitivement, semble-t-il, toute trace de dislocation antérieure aux plissements hercyniens, ceux-ci se reconnaissent encore à l'alignement Sud-Ouest -Nord-Est des bassins houillers et des dépôts permiens qui les ont recouverts. Ces formations, beaucoup moins résistantes que le terrain cristallin, avaient été fortement dénudées avant le Tertiaire, et l'Oligocène a remblayé une dépression correspondant à leur affleurement, si bien que
N 0 Pohiberg S ^
FiG. 58. — Profil Nord-Ouest — Sud-Est de l'Erzgebirge.
1, Granité (Gr). — 2, Gneiss (Gn). — 3, Schistes précambriens (X). — 4, Cambrien (Ca). — 5, Houiller (H). — 6, Tertiaire (t). — Basalte. — F, Faille. — Échelle des longueurs, 1 : 450 000 ; hauteurs exagérées six fois. — On a marqué la trace de la pénéplaine du Tertiaire ancien (trait interrompu), inclinée doucement vers le Nord. La dépression du bassin houiller apparaît clairement comme duc au déblaiement de couches peu résistantes.
l'érosion récente ne fait, en les déblayant, que ressusciter un très ancien sillon.
Le glacis de l'Erzgebirge incliné vers le Nord se révèle, à l'analyse, comme une surface complexe, formée par l'intersection de plusieurs surfaces d'érosion d'âge différent. La plus ancienne est une pénéplaine fossile anté-permienne ; il y a aussi une surface antérieure au Crétacé et une surface antérieure à l'Oligocène. Cette dernière paraît la plus évoluée. Mais la surface crétacée a dû être très étendue jadis. Le faîte de la montagne s'abaissant vers l'Est finit en effet par disparaître, avant la percée de l'Elbe, sous un manteau de grès cénomaniens, dont les couches épaisses forment les pittoresques plateaux de la Suisse saxonne (fig. 59). Mais ce manteau devait être déjà enlevé à l'Ouest avant l'Oligocène, car les éruptions basaltiques tertiaires ne l'ont pas traversé. Peut-être existait-il jusqu'à une époque assez récente sur les plateaux du Vogtland, qui forment, vers 500 mètres, un gradin coupé de gorges étroites, séparé de l'Erzgebirge proprement dit par une brusque dénivellation d'origine tectonique.
Le dernier épisode de l'histoire du sol a été l'invasion glaciaire nordique, qui a poussé, au moment de la plus grande extension, presque jusqu'au faîte, et a bloqué, pendant une phase du retrait des glaces, l'écoulement des eaux, en déterminant des accumulations d'alluvions épaisses, depuis imparfaitement déblayées ou modelées en terrasses.
Si intéressants que soient ces détails de géographie physique, minutieusement étudiés par les savants allemands, le pays est peut-être plus curieux encore par son peuplement et par les conditions presque paradoxales de sa prospérité économique. Entre 400 et 700 mètres, la densité de la population varie de 90 à 130 habitants au kilomètre carré. Entre 700 et 900, le long de la frontière, elle est encore de 92. A ces hauteurs, la neige couvre le sol pendant plus de six semaines, la floraison est en retard de trente jours sur Leipzig, les récoltes d'avoine
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et de pommes de tei;re même sont problématiques, quatre mois onL une moyenne de température inférieure à 0°.
Il faut, pour s'expliquer pareille agglomération sous un climat aussi rude et sur un sol d'arènes pauvres, songer aux facilités d'accès offertes par les hauteurs qui montent si régulièrement vers le Sud et aux richesses minérales qui ont attiré les hommes à partir du xi^ siècle. Mais la plupart des exploitations sont depuis longtemps abandonnées. La population avait pris possession du sol avant l'épuisement des gîtes, taillé dans la forêt la place pour ses cultures et ses prairies, assis ses villages au fond des larges vallonnements de la zone faîtière, que le rajeunissement n'a pas atteints, ou sur les crêtes arrondies qui persistent plus bas entre les vallées profondément burinées. Une forte natalité en a épaissi les
FiG. 59. — Profil à travers l'Erzgebirge oriental, la Suisse saxonne et la Haute-Lusace. Gr, Granité. — Gn, Gneiss. — C, Crétacé : Ct, Grès inférieur (Unterquader) ; C-, Marnes (Planer) ; G-', Grès supérieurs (Oherquader) . — Basalte. — Échelle des lonjrueurs, I : 400 000 ; hauteurs exagérées six fois. — Toute la topographie de la Suisse saxonne apparaît creusée au-dessous du niveau de la pénéplaine tertiaire (dont le basalte du Winterberg a préservé un témoin), qui est indiqué en trait interrompu. La faille de Lusace était nivelée par cette pénéplaine, mais une dislocation ultérieure paraît avoir relevé le plateau granitique.
rangs de siècle en siècle. Les bourgs miniers, comme Freiberg, sont devenus de gros marchés et des centres industriels. Partout les mains actives ont cherché le travail et l'ont trouvé dans les industries du bois, du cuir, du papier. Certains centres haut perchés se sont spécialisés dans la mécanique de précision, tandis que le Vogtland, avec ses hameaux disséminés sur les hauteurs, se vouait à peu près exclusivement au tissage.
Au-dessous de 400 mètres et en dehors de l'extrémité orientale de l'Erzgebirge où s'étendent les plateaux de grès avec leurs immenses forêts, la montagne semble s'évanouir. Les vallées encaissées s'élargissent et se confondent parfois à l'entrée dans le sillon carbonifère. Des limons s'étalent sur les hauteurs au sol plus fertile. Si le socle cristallin reparaît un instant au Nord, des résidus du Tertiaire ou des moraines anciennes décomposées le voilent bientôt, et il disparaît définitivement dans la plaine saxonne. C'est dans la zone houillère que sont les plus fortes densités de population, variant de 200 à 600 habitants au kilomètre carré. La richesse du sol ne saurait l'expliquer sans le développement extraordinaire de l'industrie, à la fois disséminée dans les campagnes et ramassée dans de grandes villes comme Zwickau, centre des charbonnages, et Chemnitz, capitale des textiles.
Suisse saxonne et Haute-Lusace. — Le surpeuplement de la montagne, encore sensible jusqu'au faîte de l'Erzgebirge, cesse cependant à l'Est, lorsqu'on approche du débouché de l'Elbe, dont les méandres encaissés s'inscrivent dans les plateaux de grès couverts de vastes forêts. C'est le pittoresque, mais pauvre district de la Suisse saxonne.
Il a fallu un abaissement notable du socle ancien pour permettre l'accumulation des couches crétacées sur plusieurs centaines de mètres d'épaisseur et pour
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les préserver de l'érosion jusqu'au milieu du Tertiaire. Cet afïaissement a marqué sa voie à l'Elbe, qui coulait sur une plaine à 200 mètres au-dessus de son niveau actuel. En enfonçant son thalweg, comme les rivières de l'Erzgebirge, au cours des derniers cycles d'érosion, elle a rencontré une alternance de bancs épais de grès débités par des diaclases en blocs parallélipipédiques (Quadersandstein) et de plaques de grès fm plus ou moins argileux (P/aner) ; ses affluents l'ont suivie avec plus ou moins de retard suivant leur importance. Aussi les vallées ne traversant qu'une des masses gréseuses sont-elles réduites à des carions entre des parois rocheuses presque verticales, tandis que celles qui ont poussé jusqu'au-dessous du Planer argileux se sont élargies en développant une terrasse structurale, au sol fertile, généralement couverte de champs et occupée par des villages. Des buttes-témoins de la masse gréseuse supérieure forment ces étranges architectures, où la décomposition des grès hachés de diaclases verticales a créé des piliers, des tours, des arcades même (fig. 59 ; pl. L et LI, A).
L'opposition de la vallée de l'Elbe, toujours plus large, avec les affluents, débouchant par des gorges en trait de scie, est d'autant plus grande que le fleuve décrit des méandres où les escarpements sont limités à la rive concave sapée par le courant (pl. LI, B). Beaucoup d'eau se perd sur le plateau, et le creusement des vallées secondaires est arrêté. La forêt couvre tout ce qui n'est pas plate-forme de Planer ou escarpements de rochers verticaux.
Ce district pittoresque est limité au Nord par une faille qui ramène au jour le socle cristallin. Aussitôt reparaît la topographie ondulée, le chevelu des petites vallées humides convergeant vers les gorges des vallées maîtresses, et même le peuplement serré avec le fourmillement des villages remontant jusqu'aux sources des cours d'eau. C'est la Haute-Lusace (Ober-Lausitz), d'où descendent la Sprée et la Neisse. La frontière allemande y zigzague, laissant à la Bohême les parties les plus hautes au Sud, s'avançant en pointe pourtant le long de la vallée de la Neisse jusqu'à la ville industrielle de Zittau.
Ce ne sont pas les richesses minérales qui ont attiré ici un peuplement presque aussi dense que dans l'Erzgebirge. Les altitudes sont plus modestes (500 à 600 m. au plus), le climat est moins sévère, les sols sont plus profonds. Le défrichement des forêts a été très poussé dès le moyen âge, et les cultures bien organisées. Mais c'est l'industrie qui a changé un grand nombre de villages en bourgades populeuses, et les marchés en villes de plus de 20 000 habitants. Sauf Zittau, les centres importants sont à la lisière de la plaine : Gôrlitz comme Lôbau, Bautzen comme Kamenz. Insensiblement le massif ancien aux formes usées disparaît sous les argiles tertiaires, que voilent les dépôts de la glaciation nordique la plus étendue. Des bosses granitiques en surgissent parfois, comme près de Kamenz. Entre Gôrlitz et Lôbau, on est surpris par la silhouette hardie de pitons boisés atteignant 400 mètres : ce sont les témoins d'un massif de petits volcans tertiaires. Du haut de ces buttes, on devine vers le Nord un horizon infini : c'est le début de la grande plaine qui va jusqu'à la Baltique.
L'industrie et les villes de Saxe. — En parcourant les confins saxons de la Bohême, on rencontre partout l'industrie, et les cheminées des usines se dressent le long de toutes les vallées. C'est un pullulement de petites villes jusqu'au faîte même de l'Erzgebirge, et tout un essaim de grandes villes jalonne le contact avec la plaine. Le royaume de Saxe était en 1914 l'État le plus peuplé
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de l'Allemagne, avec une densité moyenne de 320 habitants au kilomètre carré. Cette densité avait presque doublé depuis 1871, où elle était déjà de 170 ; elle a continué à monter, malgré les pertes de la guerre, atteignant en 1925 le chiffre de 333. Ce sont les villes qui forment la grande masse, plus des trois quarts ; c'est leur accroissement constant, suivant l'essor de l'industrie, qui explique cette étonnante concentration de population, dans un pays moins favorisé par son sol et son climat que bien des régions de l'Allemagne du Sud.
Les richesses minérales sont loin de rendre compte du développement de l'industrie moderne. Ce que celle-ci emprunte au sol se réduit aux terres propres à la faïencerie, à 4 ou 5 millions de tonnes de houille et aux lignites dont l'exploitation intensive date à peine de vingt ans. Il faut surtout ici tenir compte de traditions de travail remontant à dix siècles. Le croisement des Germains avec les Slaves paraît avoir donné en Saxe une race vigoureuse, que des chefs habiles ont su de bonne heure entraîner aux fabrications variées aussi bien qu'au commerce. L'exploitation des gîtes métallifères de l'Erzgebirge a préparé la maind'œuvre des houillères et des établissements métallurgiques. Dans les villages se sont formées des générations de tisserands et de brodeuses, qui ont adopté plus tard les machines modernes. D'autre part, la circulation commerciale a fait naître de bonne heure des marchés de caractère un peu international, où s'établissait le contact avec l'Europe orientale ; tels Dresde et Leipzig avec ses foires renommées. Les plus grandes villes sont des places de commerce, où la fonction industrielle a pris finalement la prépondérance.
L'industrie saxonne diffère profondément de l'industrie rhéno-westphalienne par la grande place qu'y tient encore le travail domestique et par la prépondérance des textiles sur la métallurgie. La persistance du travail à domicile est rendue possible par l'électrification, et la Saxe est, de tous les États allemands, celui où l'industrie demande le moins de force directement au charbon. Mais les fabrications sont extraordinairement variées et comprennent à la fois toutes les transformations du bois, toutes celles de l'acier, jusqu'à la mécanique de précision, la verrerie, les industries chimiques. D'après le recensement de 1925, la population active de la Saxe s'élevait à 1 600 000 personnes (sur 4 992 000 hab.), dont 28 p. 100 adonnés aux textiles et à la confection, 15 p. 100 à la métallurgie, 23 p. 100 au commerce.
Dans le textile, on note la grande place tenue par la main-d'œuvre féminine (35 p. 100), la prédominance des petites entreprises et même du travail domestique (87 p. 100 du nombre des ouvriers). La proportion est plus faible pour les lainages et les cotonnades, mais c'est le tricotage et la broderie qui l'emportent de plus en plus (32 p. 100 des textiles), et cette évolution ne fait que s'accentuer depuis la guerre. Dans la métallurgie, c'est la construction des machines qui l'emporte, avec 178 000 ouvriers, employant 200 000 CV, dont les deux tiers fournis par des moteurs électriques. L'électro-technique, la mécanique de précision et l'optique jouent un rôle de plus en plus grand : en 1925, elles occupaient 47 000 ouvriers, soit trois fois et demi plus qu'en 1907.
La Ruhr bâtit sur les bases solides de la métallurgie lourde et de l'extraction massive du combustible une industrie très variée sans doute, mais absolument liée aux richesses du sous-sol. En Saxe, c'est l'homme qui est le facteur essentiel, et la valeur de son travail est assez grande, ses fabrications sont assez finies pour suppléer à l'indigence des matières premières.
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Partout présente, l'activité se concentre pourtant particulièrement le long d'une zone qui va du Vogtland à la Lusace, suivant à peu près le contact de la montagne avec la plaine et soulignant particulièrement la traînée des petits bassins houillers. C'est là que sont les gros centres : Zwickau (80 358 hab.), Chemnitz (331 655 hab.), Dresde (619 157 hab.), Bautzen (40 335 hab.). Au Sud, on voit encore les petits centres fourmiller dans la montagne ; au Nord, la campagne reparaît, mais avec des places de commerce devenues des villes d'industrie, comme Leipzig, et de nouveaux foyers nés du lignite, comme Merseburg (fig. 60).
L'Erzgebirge ne vit plus de ses gîtes d'argent, plomb et cuivre, successivement abandonnés. A Freiberg (34 742 hab.), jadis siège d'une Berg Akademie, les talus de déchets des fonderies qui frappent les yeux ne répondent pas à l'importance réduite de la métallurgie ; ce sont les textiles qui occupent surtout la population ouvrière. Dans toute la montagne domine la passementerie, avec plus de 6 000 ouvriers dans une multitude de petits ateliers. Annaberg (18 204 hab.) en est le centre principal. Glashûtte ne mérite plus son nom et, abandonnant la verrerie, s'est voué à l'horlogerie et à la mécanique de précision. Un peu partout on fabrique des meubles et des jouets en bois. Dans le Vogtland règne depuis longtemps une activité diffuse, tournée vers les textiles, surtout vers la broderie et la dentellerie, auxquelles s'ajoute la lutherie dérivée du travail du bois. Une grosse ville est née dans la vallée de l'Elster, où chaque village travaille pour elle. C'est Plauen, qui dépasse 100 000 habitants et dont la bourse de broderie fait concurrence à celle de Saint-Gall en Suisse. Des usines y groupent les travailleurs, mettant en marche des machines perfectionnées. A 15 kilomètres à l'Est, Auerbach (19 408 hab.) et Falkenstein (15 626 hab.) sont spécialisés dans le tissage des rideaux. Plus au Nord, Reichenbach (30 862 hab.) et Greiz (37 490 hab.) sont connus pour leurs lainages.
La zone de concentration massive commence vers Zwickau, où le paysage charbonnier s'étend sur plusieurs kilomètres de largeur le long de la Mulde. C'est là que l'exploitation de la houille a commencé et donne encore le plus. La production a baissé d'un tiers depuis 1913 (1 830 000 t. en 1925), bien que le nombre des mineurs ait augmenté. L'extraction devient de plus en plus pénible dans les fosses, qui poursuivent les couches irrégulières et très disloquées jusqu'à une profondeur de 1 000 mètres. Zwickau est pourtant le seul bassin saxon qui donne de bon coke. La métallurgie, qui vivait jadis du minerai de fer de Schwarzenberg, y a persisté, en s'organisant surtout pour la transformation des fers bruts reçus de la Ruhr. A Oelsnitz et Lugau, l'exploitation houillère est plus récente, mais la production est également en baisse (1 590 000 t. en 1925). Chemnitz n'est pas un centre minier, mais une grande ville manufacturière et un marché pour l'essaim serré de bourgs industriels dont le pullulement fait presque disparaître la campagne depuis Zwickau. A Meerane (24 094 hab.) et Glauchau (27 318 hab.), on fde, tisse, teint et imprime les étoffes. A Mittweida (19 278 hab.) et Limbach (17 044 hab.), la cordonnerie, la fabrication des meubles et celle des cigares alternent avec les tissages. Chemnitz lui-même, avec ses 300 000 âmes, est surtout une ville de tisserands (42 000 ouvriers d'usines), le Manchester allemand, disent les guides. Dans les faubourgs, on tricote partout; on fabrique les meubles en bois. Mais la métallurgie tient aussi sa place, produisant toutes sortes de machines et spécialement les métiers à tisser et à tricoter. L'industrie chimique.
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née des besoins de colorants pour les textiles, diversifie de plus en plus et développe ses fabrications.
La zone de concentration massive s'étrangle à l'Est de Chemnitz et paraît coupée à l'Est de Freiberg, où la voie ferrée s'engage dans la vaste forêt de Tharandt ; mais bientôt la vie renaît, à l'approche de l'Elbe, avec la grande ville de Dresde et ses satellites : Meissen (41 516 hab.), renommé pour ses porcelaines et produits céramiques ; Pirna (30 460 hab.), spécialisé dans la papeterie. L'acti-
FiG. 60. — Les industries de la Saxe.
1, Houillères. — 2, Mines de li-fiiite. — 3, Villes comptant moins de 20 000 habitants ; 4, De 20 000 à 50 000 ; 5, De 50 000 à 100 000 ; 6, De 100 000 à 200 000 ; 7, De 200 000 à 400 000 ; 8, Plus de 400 000. — 9, Souligne les noms des villes où se trouvent des industries métallurgiques ; 10, Des industries le.vliles ; 11, Des industries chimiques ; 12, L'industrie de la lutherie ; 13, L'industrie de l'optique ; 14, Des industries du bois. — 15, Verrerie. — 16, Industrie du cuir. — 17, Régions d'industrie textile diffuse. — Dans la carte, les lettres suivantes, placées près des noms de villes, désignent : I, Mécanique de précision ; V, Confection ; P, Papeterie ; S, .Sucrerie. — Échelle, 1 : 1 650 000.
vité continue jusqu'à la Silésie avec la file de cités industrielles de la Haute- Lusace. A Radeberg (15 651 hab.) et Kamenz (11 165 hab.) dominent les papeteries et les sucreries, Lôbau (12 635 hab.) tisse le lin et la jute, Bautzen (40 335 hab.) et Zittau (38 353 hab.) ajoutent au tissage la fabrication des machines. Dresde est plus qu'un centre local ; il mérite une étude spéciale.
Le pullulement des industries au contact de la plaine avec la montagne cesse parfois assez brusquement, comme au Nord de Bautzen, au Nord et à l'Ouest de Dresde. Il se prolonge au contraire au Nord du Vogtland et du bassin houiller de Zwickau, en suivant l'Elster et la Mulde dans leur traversée de la plaine saxonne. L'entaille peu profonde des vallées a suffi cependant pour y fixer des bourgs, tandis que les villages agricoles parsèment le plateau au sol fertile, où la culture des. céréales s'associe, depuis plus d'un siècle, à la production en
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grand de la betterave sucrière. Saxe royale et Saxe prussienne sont ici inséparables du point de vue économique. Les syndicats formés pour l'exploitation du lignite ne tiennent pas compte de la frontière.
Le nouveau combustible, extrait le plus souvent à ciel ouvert des couches tertiaires à peine voilées par une pellicule de glaciaire et de limon, réclame déjà deux fois plus de bras que la houille, représente un tonnage quatre à cinq fois plus considérable et, malgré son pouvoir calorifique inférieur, une puissance presque double. Borna emploie 10 000 ouvriers, Weissenfels et Merseburg, 17 000, Querfurt, 8 000. Le lignite anime les centrales électriques et les usines de produits chimiques, qui s'installent en pleine campagne, près des fosses ouvertes au milieu des champs de blé ou de betteraves. La centrale de Guipa près Bitterfeld, fondée en 1922, produit 1 520 000 CV et envoie son courant à Berlin (150 km.). A 4 kilomètres de Merseburg, la Badische Anilin a fondé toute une ville : treize cheminées y dominent les usines d'ammoniaque synthétique, la gare spéciale et la cité ouvrière de 28 000 habitants, née au milieu des champs, avec ses larges rues et ses avenues plantées d'arbres, son hôtel de ville monumental, son hôpital et ses écoles. Les vieux centres sont galvanisés par le nouveau combustible. Riesa, qui l'exporte par l'Elbe, en retient un tonnage suffisant pour ses brasseries, ses tanneries, ses sucreries. Zeitz (34 590 hab.) et Géra (81 402 hab.) sur l'Elster, en amont de Leipzig, depuis longtemps spécialisés dans la teinturerie, se servent de plus en plus du charbon brun. De même Wurzen (18 286 hab.) et Grimma (11 334 hab.) sur la Mulde, à l'Est de Leipzig, avec leurs papeteries et leurs fabriques de machines, et Altenburg même (42 570 hab.), plus au Sud, voué surtout aux industries du cuir (cordonnerie et ganterie).
Halle et Leipzig se disputent le rôle de capitale pour tout ce district industriel, mais leur situation géographique, leur importance comme marchés et leurs relations lointaines engagent à les étudier plutôt avec l'ensemble des grandes villes de la plaine du Nord (chap. XIX).
Dresde, devenue une agglomération aussi importante, est, par sa situation géographique et par l'orientation de son activité économique, restée plus attachée aux confins bohémiens. Capitale royale, elle a été parée, comme Munich, par des souverains qui ont voulu en faire une ville d'art. Les boulevards suivant les anciennes fortifications enveloppent une cité régulièrement bâtie, où palais, musées, théâtres et jardins se pressent au bord de l'Elbe, dominée par un quai en terrasse. Le site rappelle quelque peu les villes rhénanes ; des hauteurs boisées ferment l'horizon. On est pourtant assez loin du Massif Bohémien, et Pirna aurait été mieux désigné, semble-t-il, pour garder le débouché de l'Elbe, sortant de sa pittoresque gorge à travers les grès de la Suisse saxonne. C'est sur des alluvions humides que Dresde s'est étalée. Mais son essor moderne a dépassé tout ce qu'imaginaient les souverains appliqués à en faire une coquette ville de résidence. La mer des maisons couvre non seulement toute la plaine sur la rive droite du fleuve, depuis la Neustadt aux rues en étoile jusqu'au pied de la terrasse boisée de la Dresdener Heide, mais vient assaillir sur la rive gauche les hauteurs granitiques et remonte les gorges étroites qui les entaillent. Il est difficile de dire où s'arrête l'agglomération. On n'en sort guère à l'Ouest avant la forêt de Tharandt ; elle se prolonge le long de l'Elbe presque jusqu'à Meissen au Nord, presque jusqu'à Pirna au Sud. C'est par l'annexion de faubourgs que Dresde a doublé sa population de 1895 (336 000 hab.) à 1910 (608 000).
Phot. Agcnue Clioniins du icr allciiuintls, l*;u-ib.
A. VALLÉE DE l'ELBE, A TRAVERS LES PLATEAUX DE LA SUISSE SAXONNE.
Au premier plan, escarpements des grès du Quader (Schrammitciiie) . Au second plan et sur la rive opposée, au-dessus du versant abrupt formé par les grès inférieurs, vaste plate-forme structurale des marnes du Planer, toute en cultures, avec villages, dominée par les buttes-témoins des gi'ès supérieurs.
l'hol. Waller Haliii, Diusilc.