SILÉSIE ET SUDÈTES
Les confins orientaux du Massif Bohémien forment une des provinces auxquelles le patriotisme allemand manifeste le plus d'attachement. Violemment arrachée par Frédéric II à l'Autriche au xviii*' siècle, la Silésie est un pays d'ancien peuplement slave, comme la Saxe, attaqué dès le moyen âge par le germanisme, mais où l'assimilation est demeurée imparfaite en dehors des montagnes et du Nord de la plaine. Elle est restée une marche-frontière, presque une colonie. Breslau a dû son essor à cette situation, qui en a fait de bonne heure un marché international. La grande propriété aux mains de la noblesse germanique a favorisé au xix^ siècle l'organisation d'une production agricole rationnelle dans les parties les plus riches de la plaine, tandis que l'industrie dilîuse permettait une accnmulation singulière de population dans les montagnes et que la houille faisait naître la grande industrie près de la frontière autrichienne. Mais le bassin de Haute-Silésie se trouvait dans la partie où les masses slaves n'avaient pas été entamées ; la résurrection de la Pologne et le règlement des frontières conformément aux vœux de la population l'ont fait perdre presque entièrement à l'Allemagne.
Les Sudètes. — C'est le nom donné communément aux montagnes où serpente la frontière de la Bohême et de la Silésie. Son tracé capricieux s'appuie sur une série de petits massifs parfois plus hauts que le Bôhmerwald ou l'Erzgebirge, mais beaucoup moins continus. Le massif ancien apparaît ici morcelé par des mouvements tectoniques en une série de blocs basculés ou de horsts, entre lesquels se sont parfois conservés des synclinaux permo-carbonifères et même des restes de la couverture crétacée. Les dénivellations, atteignant 500 à 1 000 mètres, ne tiennent pas seulement à ces dislocations répétées jusqu'au Miocène, mais à l'érosion qui a souvent évidé des dépressions en forme de bassin dans les couches permo-carbonifères ou crétacées et n'a réussi qu'à égratigner les durs blocs granitiques (fig. 61).
Le point culminant des Sudètes est aussi celui de tout le Massif Bohémien; les Tchèques aussi bien que les Allemands l'appellent avec emphase « monts des Géants » (Riesengebirge). Sa Schneekoppe, dépassant un peu 1 600 mètres, n'est pourtant qu'une butte dominant des croupes arrondies de 1 400 à 1 500 mètres, où l'on reconnaît les formes mûres d'une pénéplaine soulevée. Le versant allemand, plus raide que le versant tchèque, paraît le bord relevé du bloc basculé, et les gradins par lesquels il tombe sur le Bassin de Hirschberg, avec leurs bords sciés de gorges étroites, peuvent être en rapport avec des failles. C'est du côté allemand aussi que les traces glaciaires sont le plus manifestes, quoiqu'elles indiquent seulement de petits glaciers, nichés dans les têtes de vallées, qu'ils ont transformées en cirques typiques avec d'énormes remparts de blocs (pl. LU). La neige remplit ces creux jusqu'à l'été (Schneegrube), et l'observatoire de la Schneekoppe enregistre un climat étonnamment sévère, avec 264 jours de brouillards et 187 jours de pluie, sept mois ayant une moyenne thermique inférieure à 0° et pas un seul dont la moyenne atteigne 10° (juillet, 8o,5). On comprend que la forêt s'arrête vers 1 250 mètres. Des pins rabougris tapissent les pentes jusqu'à 1 450 mètres. Sur les hauteurs, de grands troupeaux de vaches pâturent une maigre pelouse alpine, cependant qu'aux rares beaux jours d'été défilent les batail-
Géographie universelle. —
Europe centrale, I.
l'allemagne.
Ions des touristes allemands, dont la route est jalonnée, à chaque lieue, par les énormes bâtiments des hôtels.
De là le regard est attiré au Nord par la tache claire des prairies et la lumière des étangs du Bassin de Hirschberg, au delà duquel le moutonnement des croupes boisées du Katzbachergebiige, dépassant 750 mètres, ferme l'horizon. Nous avons affaire à une dépression tectonique et à un nouveau bloc basculé, cette fois vers le Nord. Le dei nier cycle d'érosion a balayé de la dépression les couches tendres, et la glaciation nordique, y pénétrant au moment de son extension maximum, a laissé des argiles et sables morainiques. Mais la Bober, persistant dans son cours surimposé, a enfoncé ses méandres encaissés dans les granités formant le bord relevé du bloc et les schistes siluriens qui leur succèdent au Nord.
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R i esengebi rge
FiG. 61. — Profil à travers la région septentrionale des Sudètes.
G, Granité ; Gn, Gneiss et scliistes cristallins ; S, Silurien schisteux, avec quelques bancs calcaires ; P, Schistes et grès permiens avec porphyres (tt) ; Cr, Crélacé gréso-marneux ; , Basalte ; m, Moraines ; gl, Glaciaire. — Échelle des longueurs, 1 : 300 000 ; hauteurs exagérées quatre fois. — On voit une série de blocs failles, la plupart des failles nivelées par une pénéplaine (dont la trace est indiquée en trait interrompu), les dépressions résultant du déblaiement par un nouveau cycle d'érosion dans les roches moins résistantes (Permien, Crétacé et même scliistes siluriens). Le Riesengebirge paraît le front d'un bloc fortement soulevé.
En descendant la pente du bloc, on découvre encore des accidents Nord-Ouest — Sud-Est : le Crétacé, conservé à la faveur de failles inverses, donne de nouveaux bassins largement déblayés ; le Trias lui-même apparaît sous le manteau diluvial qui finit par tout noyer vers Bunzlau (fig. 62).
Tout ce revers tourné vers le Nord a été submergé par le flot de la colonisation germanique remontant les vallées jusqu'au faîte du Katzbachergebirge et au Bassin de Hirschberg. Des gisements aurifères, des minerais de cuivre et de fer, depuis longtemps épuisés, ont pu servir d'appât, comme dans l'Erzgebirge, mais l'agriculture et l'industrie textile ont seules fixé une population dont la densité moyenne dépasse 100 habitants au kilomètre carré. Les files de maisons, caractéristiques des villages de colonisation forestière, suivent toutes les sinuosités des thalwegs, avec leurs champs grimpant sur les hauteurs où le Glaciaire ancien donne de bons sols pour le seigle et les fourrages. Les petits bassins évidés dans le Crétacé ont vu naître des marchés, devenus d'activés villes, comme Schônau et Lôwenberg. La dernière avait des relations lointaines avec Venise et balançait la réputation de Breslau avant les ravages de la guerre de Trente ans. Le Bassin de Hirschberg lui-même, malgré son rude climat, ses neiges et ses brouillards d'hiver, ses fonds facilement marécageux, a été défriché dès le xii^ siècle. Autour du vieux bourg, marché et place forte, tout un essaim de gros villages tissent la toile, jusqu'au pied du Riesengebirge.
Nous avons, avec le Riesengebirge, le Bassin de Hirschberg et le Katzbachergebirge, comme un résumé de toute la géographie des Sudètes. Jusqu'à la frontière méridionale, c'est la même alternance de bassins déprimés et de blocs soulevés, ceux-ci tantôt assez élevés pour rester le domaine de la forêt et du pâtu-
LES CONFINS DU MASSIF BOHÉMIEN
rage d'été, tantôt assez bas pour avoir été envahis par le peuplement. L'EuIengebirge est un bloc allongé sur 75 kilomètres, du type des « horsts bien moins élevé que le Riesengebirge (Hohe Eulen, 1 014 m.), assez étroit pour que les villages de colonisation forestière, suivant les vallées, poussent leurs files de maisons jusqu'au col, mais qui tranche cependant comme une sombre masse boisée dominant la plaine de Reichenbach. L'Adlergebirge, dont la frontière suit à
is° le» 17°
15° 16° E.Gr n"
FiG. 62. — Structure physique et régions naturelles des Sudètes.
1, Masses cristallines ; 2, Schistes primaires ; 3, Carbonifère, grès et schistes ; 4, Schistes routes permiens ; 5, Crétacé fgrès et marnes) ; 6, Failles principales ; 7, Crête monoclinale de nappes éruptives ; 8, Crète raonoclinale de grès crétacé ; 9, Culot éruptif mis en saillie par l'érosion. — Échelle, 1 : 1 700 000.
peu près le faîte, est un second bloc plus massif. Entre les deux s'étend une zone déprimée, comme un synclinal dont l'axe Nord-Ouest — Sud-Est est encore occupé par le Crétacé, mais où l'érosion, poussée jusqu'au socle primaire, a évidé plu- .sieurs bassins (fig. 63). Au Nord, le Carbonifère, nivelé sur de grandes surfaces, forme une plate-forme ondulée vers 400-500 mètres, entaillée par des vallées très ramifiées, et dominée par quelques pitons porphyriques. C'est le pays de Waldenburg, où la houille a fait naître l'industrie et où les métiers claquent partout dans les gros villages allongés le long des vallées. Les crêtes de grès permiens se développent en arc de cercle au Sud de Landshut, embrassant une dépression évidée dans les schistes rouges du Permien inférieur. Au centre même du synclinal, on peut suivre sur plus de 30 kilomètres la crête recourbée des grès crétacés aux escarpements pittoresques, marquant le bord des plateaux boisés du Heuscheuer, qui traversent le saillant de la frontière tchécoslovaque et
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s'allongent jusqu'au bord du bassin de Glatz. Celui-ci est comme une réplique du bassin de Hirschberg. Les terres rouges du Permien y ont accueilli la colonisation germanique; l'activité industrielle s'y est répandue comme dans tous les Sudètes.
La plaine silésienne, ses grands domaines et son agriculture. — Ce n'est pas une vraie plaine qui s'étend au delà des derniers replis des Sudètes
FiG. 63. — Bloc-diagramme de la région centrale des Sudètes. Vue vers le Nord, les deux coupes orientées, l'une, Sud-Ouest — Nord-Est, et l'autre, Nord-Ouest^ — Sud-Est.
G, Granité. — H, Carbonifère ; H', Grès et schistes du Culm ; H^, Schistes houillers. — P, Permien (grès et schistes rouges, avec nappes éruplives de porpliyrcs et mélaphyres indiquées en noir). — C, Crétacé (couches alternantes de grès et marnes). — Les lettres, dans le relief, désignent les localités suivantes : R, Reichenbach ; F, Freiburg im Schlesien ; \V, VValdenburg, centre du bassin houiller exploité ; L, Landshut. — A l'Ouest de l'Eulengebirge, qui tombe par un abrupt rectiligne faillé sur la plaine de Silésie, l'érosion a mis en saillie les porphyres ou mélaphyres du Permien (on voit la partie orientale de la boucle de crêtes indiquées sur la carte fig. 62). A l'angle inférieur du bloc apparaissent les couches crétacées avec les plateaux d'Adersbach ou Heuscheuer, résidu de la couche des grès supérieurs fantastiquement découpés par des gorges étroites. Noter l'indifférence complète du réseau hydrographique pour la structure, et notamment la rivière traversant le plateau culminant crétacé.
jusqu'à la frontière polonaise. Si les limons et les moraines anciennes y apparaissent partout, le relief est plus accidenté que dans la grande plaine du Nord. A 20 kilomètres de Breslau, le piton du Zobten atteint presque l'altitude de l'Eulengebirge (718 m.), et tout autour de Mûnsterberg ondulent des collines à sous-sol granitique. Au Sud d'Oppeln, le Trias forme un plateau dominant de plus de 200 mètres la vallée de l'Oder. En réalité, la plus grande partie de la Silésie se rattache au plateau de la Pologne centrale, oîi le socle hercynien est assez déprimé pour avoir conservé une couverture de Trias, et même de Jurassique, généralement voilée sous les dépôts glaciaires. La vallée de l'Oder s'est formée suivant une dépression, probablement d'origine tectonique, parallèle aux failles et aux synclinaux secondaires des Sudètes, comblée par des dépôts tertiaires. Dans les argiles et sables, le grand fleuve et ses principaux affluents ont déblayé de larges vallées, noyées par la grande extension glaciaire dont les
LES GONFINS DU MASSIF BOHÉMIEN
dépôts atteignent jusqu'à 150 mètres d'épaisseur, bloquées encore par la dernière, et qui forment des couloirs humides avec leurs alluvions gorgées d'eau, leurs lacis de bras morts et de rigoles, leurs forêts et leurs prairies tourbeuses inondées chaque hiver. Les plateaux de Trias calcaire, relativement secs, et surtout ceux de Keuper argilo-gréseux, au sol ingrat, sont restés, dans l'Est et le Sud, d'immenses solitudes forestières, domaines de la grande propriété, jusqu'au bassin houiller installé d'abord au milieu des bois. C'est sur le Tertiaire et le Glaciaire, recouverts de limons du type du lœss rhénan, que le peuplement s'est installé de bonne heure, même avant la conquête germanique. Là sont ces bonnes terres que des améliorations systématiques ont transformées en grenier de la Prusse.
Cette plaine limoneuse, abritée par les Sudètes, est relativement sèche, et la somme annuelle des précipitations y reste généralement inférieure à 60 centimètres ; mais l'été, qui enregistre des températures assez élevées (juillet : 18°,6 à Breslau), est heureusement la saison la plus pluvieuse (40 p. 100 du total annuel). L'agriculture silésienne est, par suite, presque aussi favorisée que celle de la Bohême centrale. Malgré les montagnes et les grandes forêts du Sud-Est de la plaine, les trois districts silésiens ont de 55 à 63 p. 100 de terres labourables et 8 à 11 p. 100 de prés et pâtures. Le seigle domine (25 à 32 p. 100 des cultures), mais le blé n'est pas négligé (8 à 12 p. 100). La pomme de terre tient une large place (12 à 17 p. 100) ; la betterave est devenue pour les grands propriétaires une source de richesses. Son extension a crû avec celle du blé pendant le dernier quart du xix^ siècle et les premières années du xx^, surtout dans la région de Miinsterberg et Frankenstein. En même temps se sont modifiées les conditions de l'élevage. Le nombre des moutons, qui pâturaient jadis les friches maintenant disparues, est tombé de 2 600 000 à 650 000 dans le district de Breslau ; celui des bovidés n'a augmenté que d'un quart (atteignant 1 300 000 têtes), mais la qualité et le poids ont fortement gagné.
Nous avons ici une vie rurale profondément différente de celles des pays rhénans et du Sud de l'Allemagne. La grande propriété domine, aux mains des nobles prussiens, comme la famille Hohenlohe dont les deux branches possèdent ensemble 67 000 hectares. Les domaines fiscaux de l'État couvrent euxmêmes 86 000 hectares. Sans doute les plus grands domaines s'étendent-ils au Sud-Est, sur des terres pauvres ; ils ont contribué à y maintenir ces immenses forêts qui font de la Silésie la province la plus boisée de l'Allemagne (35 p. 100 de la surface). Ils occupent aussi une grande partie de la zone du lœss de la Haute-Silésie, au Sud-Ouest d'Oppeln notamment, avec les domaines de Kujau (4 587 hectares), d'Oberglogau (5 996 ha.), de Tillowitz (8 340 ha.), etc.
On remarque que la grande propriété s'est installée surtout dans la région restée polonaise, oii la germanisation s'est poursuivie jusque dans les temps modernes. Breslau était encore à la limite des campagnes polonaises en 1840 ; à la fin du xix® siècle, cette limite avait reculé sur une ligne Nord-Sud, un peu à l'Ouest d'Oppeln. Le paysan polonais, longtemps serf, a vécu jusqu'aux temps modernes une existence misérable, entièrement dans la main du seigneur. Cependant la grande propriété a favorisé certainement une mise en valeur plus rationnelle des terres. Des intendants éclairés, parfois les seigneurs eux-mêmes, soucieux d'augmenter leurs revenus, ont introduit le drainage des terres lourdes, l'usage des engrais chimiques et des machines agricoles, la pratique des assolements complexes, et ont dépensé sans compter, soit pour construire des routes
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utiles à leurs exploitations, soit même pour donner aux travailleurs des logements plus sains. On a vu de grands propriétaires prendre en main l'exploitation des mines, et la naissance de la grande industrie dans la Haute-Silésie a beaucoup dû à la famille de Donnersmark.
L'industrie et les villes. — Pays de grande culture, pays de grandes forêts, la Silèsie est connue aussi comme un pays industriel et, par suite, un lieu de concentrations urbaines.
Dans la montagne et ses abords, c'est l'industrie textile qui domine encore. Depuis des siècles, on y filait et tissait dans les villages le lin cultivé aux environs et la laine des grands troupeaux de moutons qui pâturaient jadis les friches de la plaine. L'exploitation du petit bassin houiller de Waldenburg, commencée au xviii^ siècle, la naissance des chemins de fer apportant la matière première que l'élevage local ou la culture ne fournissaient plus, le développement même de gros bourgs nombreux, devenus des villes de 10 000 à 20 000 habitants, n'ont pas empêché la dispersion des petits ateliers familiaux de rester la règle, comme en Saxe. Le bassin de Waldenburg ne donne que 5 millions et demi de tonnes ; l'exploitation en est difficile, exige un boisement minutieux des galeries et serait très dispendieuse, sans une main-d'œuvre restée encore relativement peu exigeante. Les cokeries, installées ici dès la fin du xviii^ siècle, produisent près d'un million de tonnes, utilisées par la métallurgie, qui est poussée jusqu'à la fabrication des machines, surtout des métiers à tisser. Waldenburg même ne compte cependant que 44 111 habitants. Plus au Nord, au contact avec la plaine, tout un essaim de villes associe, comme dans les centres voisins de la Lusace, la céramique et le travail du bois aux textiles. Bunzlau (17 977 hab.), où domine maintenant la laine et le coton, Striegau (14 143 hab.) et Jauer (12 191 hab.) n'ont pas atteint cependant l'importance des villes de la plaine : Liegnitz (73 123 hab.) et Oppeln (41 507 hab.), marchés de riches campagnes.
La plus grosse agglomération de la Silésie est née dans le Sud, sur un bassin houiller dont la richesse n'est dépassée que par celle de la Ruhr. L'Allemagne n'en possédait guère plus de la moitié en surface avant 1918, mais c'était la partie la plus riche et la mieux exploitée, produisant, en 1913, 43 millions de tonnes, près du quart du total de l'Allemagne. A côté des combustibles, la nature avait placé les minerais, exploités depuis longtemps déjà à l'aide du charbon de bois tiré des immenses forêts voisines.
L'industrie houillère et la métallurgie lourde se sont trouvées travailler ici dans des conditions particulièrement favorables. La concentration des mines était dès le principe accomplie, car elles appartenaient à un petit nombre de grands propriétaires terriens. Quelques-uns, comme le comte de Donnersmarck, qui tirait de ses domaines 2 millions et demi de tonnes de houille, sont devenus en même temps maîtres de forge. L'association mine-forge a toujours existé. La main-d'œuvre polonaise, dans un pays de grandes forêts et de sol ingrat, était d'un bon marché inconnu dans le reste de l'Allemagne.
Les minerais de fer locaux ne suffisent plus depuis longtemps à la consommation des hauts fourneaux, mais les minerais de zinc et de plomb alimentaient les fonderies les plus importantes de l'Allemagne. Un peuple de 200 000 mineurs, doublé par les ouvriers des grandes usines métallurgiques, s'est rassemblé ici sur une surface étroite, portant la densité de la population à plus de 1 000 habi-
LES CONFINS DU MASSIF BOHÉMIEN
tants au kilomètre carré. L'image même de la campagne a disparu entre les mailles serrées des voies de communications, des villes et des usines. Toute une vie ardente s'est organisée, avec un chevelu de voies ferrées, de conduites d'électricité et de gaz, de canalisations d'eau. L'impossibilité de s'entendre sur l'attribution à la Pologne ou à l'Allemagne d'une région économique certainement une, mais ethnographiquement divisée, a conduit à un plébiscite dont les résultats ont fait attribuer à la Pologne la plus grande partie du bassin houiller, toutes les mines de zinc, sauf une, toutes les fonderies de zinc, toutes les mines de fer, les deux tiers des hauts fourneaux et la plupart des aciéries. Un modus Vivendi a dû être établi pour permettre le fonctionnement régulier de l'activité économique. Cependant l'Allemagne garde le pouvoir de fermer sa porte au charbon produit en territoire polonais ; elle a augmenté considérablement l'extraction dans les mines qui lui restent, la portant de 10 millions de tonnes, en 1913, à 27 millions, en 1926. Beuthen est une des plus grandes villes de Silésie (62 543 hab.), devenue le centre d'un nouveau district métallurgique.
Breslau n'a rien perdu à l'amputation de la Haute-Silésie et reste la plus grande cité de l'Allemagne orientale, avec 557 139 habitants. Comme Hanovre, Leipzig, c'est plus qu'un marché local et une capitale régionale ; le rayonnement de sa vie commerciale et industrielle s'étend assez loin pour qu'il y ait avantage à la décrire dans le cadre d'ensemble de la grande plaine du Nord de l'Allemagne.
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