Superficie comparée de la Russie et de la France
ligne sinueuse qui limite les provinces balliqiies à l'ouest, et coupe les territoires polonais en laissant au tsar la plus grande partie de l'ancienne république, ne correspond à aucun accident géographique.
Au nord-ouest, la Tornéa ne sépare guère la Finlande de la Suède, à laquelle autrefois elle était rattachée; une ligne purement conventionnelle marque la frontière entre la Laponie et la Norvège.
Formation géologique et relief. — Comparée à l'Europe occidentale et centrale où toutes les roches se mêlent sur des espaces restreints, suivant des alignements très divers, l'Europe orientale présente une structure géolog-ique et un relief très simples.
En France ou en Angleterre on peut, sans parcourir plus de 300 kilomètres, rencontrer tous les types de terrains et toutes les formes topographiques, depuis les alluvions quaternaires jusqu'aux granités et aux roches primitives. Un Russe au contraire peut parcourir en traîneau 2 500 kilomètres de l'ouest à l'est ou du sud au nord, sans jamais apercevoir une montagne ou une colline qui dépasse 400 mètres d'altitude au-dessus du niveau de la mer. Sur des distances de 1 000 kilomètres il foulera le même terrain, verra les mêmes sites.
Dans son ensemble, le territoire russe n'est en effet qu'une immense plaine à peine ondulée. Il semble qu'aucun plissement n'ait troublé la lente formation des dépôts sédimentaires qui en couvrent la plus grande pjartie et offrent presque partout une disposition régulière en couches horizontales, larg-ement étendues, aussi bien les argiles primaires des provinces baltiques que les grès per miens à l'ouest de l'Oural ou les plates-formes calcaires de la Russie centrale et méridionale.
Seuls les dépôts houillers du bassin de Moscou, du bassin du Donetz et de la Pologne occidentale ont une allure plus tourmentée, mais que révèle à peine la surface du sol.
Les roches cristallines, telles que le granité, n'apparaissent que sur le pourtour, en Finlande par grandes masses, dans l'Oural en axes allongés, dans le sud de l'Ukraine par fragments; dans les massifs très tourmentés du Caucase, elles sont associées aux minéraux les plus variés.
Les vrais systèmes de montagnes que possède la Russie lui sont, pour ainsi dire, extérieurs^ comme le Caucase et YOural.
Le Caucase est le plus élevé des systèmes européens, et l'un des plus considérables par l'étendue. Ses sommets volcaniques, V Elbrouz (5046 m.), et le Kasbek (50 Î5 m.),
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le Kachtantaou (5210 m.), dépassent la plupart des cimes alpestres; la surface couverte par ses montagnes égale à peu près celle des Alpes. Il s étend sur une longueur d'environ 1200 kilomètres entre la Caspienne et la mer d'Azov, suivant une direction presque parallèle à celle des Pyrénées, du sud-est au nord-ouest. 11 barre ainsi entièrement lïsthme par lequel l'Asie Mineure se rattache à la plaine de l'Europe orientale, comme les Pyrénées ferment lïsthme qui rattache la péninsule Ibérique à la France. L'épaisseur de la zone montagneuse du Caucase varie de GO kilomètres (aux extrémités à 2(30 kilomètres dans les parties les plus massives. La partie centrale, la plus élevée, présente un rétrécissement remarquable qui réduit sa largeur à 130 kilomètres.
C'est aussi au centre du système et au pied du massif du Kasbek que s'ouvre l'entaille la plus profonde, la passe de Dariel ou col de la Croix (2379 mètres), traversée par la route militaire de Vladilcavkas à Tiflis.
Dans le Caucase oriental, les larges massifs du Da(jhestan n'offrent pas de passages aussi faciles et la route principale longe le littoral de la Caspienne entre Dcrbent et Bakou.
Le soulèvement du Caucase est avec les Alpes un des })lus récents. L'action volcanique et les tremblements de terre s'y font sentir ainsi que dans le massif arménien de YArarat. De nombreuses sources thermales sulfureuses ou salées, des jets de pétrole et de gas, des satses ou volcans de boue y jaillissent principalement aux deux extrémités, dans la presqu'île de Taiiian et la presqu'île (ÏÂpchéroii.
La presqu'île d'Apclicron, formée de collines peu élevées (150 à 200 mètres), est le centre le plus remarquable de ces phénomènes et peut être considérée comme l'un des trésors de l'empire russe. A Bakou, le pétrole sourd même à travers les eaux de la Gaspieimc et s'enllamme parfois à la surface.
Le Caucase constitue dans l'empire russe un monde à part ; ses vallées, où s'éta;je la flore la plus varii'-e de l'ancien continent, ont alirité jusipià nos jours une mulliluile de races distinctes parlant 70 lantçues. L'Arabe .Vhoul-Feda l'appelait avec; raison « la montairne des lanj^es ».
Si le Caucase foimc un oltstacle du nord au sud, entre la lUissie et sus possessions arméniennes, au contraire les
vallées da Rion et du Koura, qui en long-ent les pentes méridionales, ouvrent une voie naturelle enlre la mer Noire et la Caspienne, voie suivie par un chemin de fer qui unit Poli, Tillis et Bakou.
Crimée. — Le relief du Caucase se prolonge à l'ouest au delà du détroit de Kertch dans la presqu'île de Crimée, plateau qui s'élève vers le sud où il s'adosse à la crête du Yaila-Dagh. Celle-ci est dominée par des plateaux en forme de table, le Tchatir /^a///?. (1560 mètres), et tombe sur la mer Noire en falaises abruptes.
Monts Durais. — Les monts Ourals, ou « ceinture de pierre », allong-ent du nord au sud, sur près de 2500 kilomètres et 21 deg-rés de latitude, leurs chaînes cristallines aux dômes dénudés, aux flancs couverts de sapins et de mélèzes. Très anciennement émerg'és et médiocrement élevés, les monts Ourals n'ont pas de pics aig'us, comparables au Caucase, mais le plus souvent des sommets arrondis comme nos ballons des Vosg-es. Les neiges éternelles y sont inconnues, malgré leur latitude boréale.
VOural seplenlrional seul forme une cliainr assez haute, qui séparo ueUeinent la Petcliora des afflncnls (le l'Obi. Dans ceUe réirioii l'( Mirai porte les noms des populations clairsemées quihahilenl les plaines voisines, les ScDnoyèdes et les Oslia/cs. Ses principaux sommets, très dénudés, dépassent 1000 mètres, et le Tell-Poess, qui aUeint 1 G5G mètres, est le point culminant de tout le système.
ISOnral cen/ral, formé de plateaux allongés que surmontent quelques dômes poi^jhyriques, est caractérisé par la facilité des passages qui mènent de Russie en Sibérie. Quelques-uns s'abaissent jusqu'à 360 mètres d'altitude, surtout dans le voisinag-e de la vallée de l'Oufa. Les pentes sont très douces : les cavaliers les franchissent sans ralentir le trot de leurs chevaux, et ne se douteraient pas qu'ils ont atteint le faîte de l'Oural s'ils ne voyaient une pierre portant deux inscriptions : d'un côté « Europe », de l'autre « Asie ». Il n'y a guère plus de 100 mètres de différence d'altitude entre les seuils de la chaîne et la ville de lékalérinbourg'. L'Oural central est donc aussi facile à franchir que les basses Vosg-es. Or c'est précisément dans cette région où l'Oural est le plus déprimé qu'abondent les ressources minérales (or, platine, cuivre, fer, piexTes précieuses) qui en font pour la Russie un centre d'attrac-
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lion. Aussi est-il traversé depuis longtemps par plusieurs routes et même par une voie ferrée entre Perm et lékatérinbourg-.
h'0u7'a/ inéridional ou des Baclikirs est plus élevé et plus accidenté. Il est formé d'arêtes parallèles supportées par un large plateau et séparées par les vallées des affluents de rOural; deux sommets y dépassent 1500 mètres [Vlj'emel 1537 m., et VYaman-Tou 1040 m.). Il se prolonge vers la Volg-a par des plateaux de plus en plus bas, VObchfc/tcï-Sijrf, mais laisse au nord de la Caspienne une large trouée entre les steppes asiatiques et les steppes de la basse Volg-a.
L'Oural méridional, non plus que l'Oural central, ne forme une limite administrative : les gouvernements miniers de Per/n, (ÏOufa et cVOrcubourg s'étendent sur ses deux versants.
Plateau de Finlande. — La Finlande, la Laponie russe et la ])resqu'ile de Kola forment une rég-ion à part, un plateau granitique très nettement délimité par la mer Blanche, les grands lacs Onég'a et Ladoga et le golfe de Finlande. Par son sol rocheux, imperméable et froid, à peine recouvert de terre vég'étale, ses nombreux lacs, au fond desquels se dépose une argile ferrugineuse, sa surface rabotée par les anciens g-laciers, couverte de blocs erratiques et de moraines ou collines de g-raviersque les Finlandais appellent harju et les Suédois œsni\ la Finlande ressemble à la Scandinavie. Elle en continue la pente : ses terres les plus hautes atteig'nent 500 à 700 mètres en Laponie, près de la fronlière norvégienne ; le niveau s'abaisse au contraire à 150 et 80 mètres au sud vers le g'olfe de Finlande et le lac Ladoga. L'ensemble de la Finlande et de la Scandinavie rapi)ollc d'autre ])art d'une manière frappante la masse granitique du Canada limitée également au sud par les grands lacs du Saint-Laurent.
La plaine russe. — l']n delKJis des systèmes extérieurs du Caucase, de l'Oural cl du jihilcau de Finhuidc, la Russie ne y)0ssède pas de viaies montag'nes. File est le type des pays de plaines. On ne peut lui comparer pour l'étendue et l'uniformité que les plaines de Sil)érie ou celles qu'arrosent les grands fleuves américains. Toutefois, il ne serait pas
exact de l'assimiler compictemeat aux pays bas formés de depuis quaternaires qui s'étendent au nord de l'Europe occidentale et centrale, des bouches du Rhin à la Vistule. La plaine russe dans son ensemble n'est pas aussi basse que la Hollande ou que la longue dépression qui unit d'ouest en est les fleuves de l'Allemagne du Nord. A cHé de régions déprimées, elle a des étendues de hautes plaines parfois accidentées de quelques collines comme autour de Moscou.
On peut distinguer quatre masses principales de hautes terres séparées par de larges vallées ou de vastes dépressions.
1° Les hauteurs de la Russie centrale^ d'une altitude moyenne de 150 mètres au-dessus du niveau des rners, s'étendent sur 1 400 kilomètres de longueur depuis le plateau de Valdaï au nord jusqu'au plateau du Donetz au sud et dans le voisinage de Moscou à l'est. Vers l'ouest, elles s'amincissent et n'arrivent pas à rejoindre les hauteurs de Pologne et de Volhynie. La partie la plus élevée, le plateau de Valdaï (300 m.), est aussi la plus intéressante. C'est la région où se rapprochent les ditlërentes formations géologiques; c'est aussi la région des sources, où prennent nais sance les grands fleuves russes, la Volga et ses premiers affluents, la Dvina, le Dniepr et plus au sud le Don. Sur ce sol modelé par les eaux, creusé de nombreux ravins, l'uniformité de la plaine fait place à quelque variété. Ces ondulations ont donc dans la géographie générale de la Russie une importance capitale, et cependant leur hauteur la plus considérable, le Papavagora (monts des Popes) dans le plateau de Valdaï, ne dépasse pas 351 mètres.
Entre le plateau de Valdaï et l'Oural se trouvent quelques collines, les monts Uwalli, dont l'altitude n'atteint pas 200 mètres et qui d'ailleurs ne forment pas une ligne continue.
2° Dans la Russie boréale les monts Timan, simple pli de terrain aligné du nord-ouest au sud-est et séparant les vallées de la Petchora et du Mezen. Ces collines de médiocre altitude sont remarquables par leurs schistes et leurs grès imprégnés de pétrole et d'eau salée.
3" Les hautes terrées qui bordeîit la Volga de Nijni- Novgorod à Symbirsk et de Symbirsk à Tzaritsin. Ces plateaux calcaires s'élèvent par une pente presque insensible
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depuis la vallée du Don jusqu a la rive droite de la Volg-a, où ils forment une sorte de falaise dominant de toute sa hauteur (347 m.) les eaux du g-rand fleuve. Aussi cette partie du cours de la Volg-a est-elle la plus pittoresque de la
plaine russe, la seule qui présente un aspect montagneux, des hauteurs à pentes abruptes.
4° Une série de hauteurs qui s'étendent à Touest parallèlement aux Karpates, depuis la Pologne méridionale jusqu'à la Bessarabie et à l'Ukraine.
C'est à l'ouest que se rencontrent les massifs les plus élevés : le plateau de Saiuloinirs:, dominé par Tarèfe du Lysa Gora (G 10 m.). Plus à l'est, les terrasses de Volhynie sont la terminaison des plateaux de Galicie qui s'adossent aux Karpates et se continuent vers lo sufJ par les hautes jilaines crayeuses de Bossaral)ie, où le Dnioslr et le Pruth se sont creusé des vallées profondément encaissées. Dans l'Ukraine méridionale apparaissent quelques saillies rocheuses, exceptionnelles dans toute la plaine russe. Ce sont ces rebords granitiques du plateau de l'Ukraine qui barrent le cours des ileuves et détei-minent les rapides du Dniepr.
A ces rpgions rolnlivomeul arculeiUées s'opposent les horizons monotones fies sleppes do la basse Volga et de la dépression comprise entre la mer Caspienne et la mer d'Azof. Dans ces plaines sans arbres, au sol sablonneux et imprégné de sel, aucun acridenl n'arrête le regard, si ce n'est de nombreux, tertres ou « Rourgans », élevés de main d'homme et recouvrant des tombeaux.
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Fig. 9. — La région des sources.
En général, c'est la nature du lorrain et ras]»ect des cullui'cs, plus que le relief, qui distinguent les dilférentes parties de la plaine russe :
1° Au nord les toundra!^, plaines glacées l'hiver, mare* cages impénétrables l'été.
2" La moitié septentrionale de la plaine russe jusqu'aux
environs de Moscou, est couverte de dépôts g-laciaires, boues, graviers, blocs erratiques. C'est la cône des forêts.
3° A l'ouest ces mêmes boues g-laciaires, particulièrement imperméables, retiennent les eaux stagnantes des maltais de Pinsk, vaste région de tourbières, une des plus pauvres de la Russie.
4° Au contraire au sud de Moscou s'étend la terre noire [tchernoziom), la terre nourricière. Sur un espace deux fois grand comme la France, de Kiev à Kazan et de Toula à lékatérinoslaf, le sol oiïre à la culture des céréales une couche d'humus épaisse suivant les endroits de 0",G0 à 1 mètre et parfois 5 mètres.
Ce sont les hautes herbes des steppes brûlées chaque année par le soleil, puis recouvertes de neig-e pendant Ihiver et pourries au printemps qui ont fourni par une accumulation séculaire cette couche précieuse de terreau.
Climat. — Par son climat, par les formes de son relief, la Russie se distingne nettement du reste de l'Europe et se rattache à l'Asie septentrionale, ù la Sibérie. Son climat en effet est essentiellement continental.
L'éloignement de l'Atlantique prive la Russie de l'influence océanique du Gulf-Stream, qui réchauffe et adoucit le climat de l'Europe occidentale ; les hauts massifs de la Norvèg-e arrêtent les vents d'ouest et leur enlèvent presque toute la chaleur et l'humidité qu'ils avaient recueillies dans leur parcours sur l'Océan, si bien qu'ils arrivent en Russie après avoir perdu tout caractère maritime.
La mer Baltique ni la mer Caspienne ne peuvent atténuer les effets de ce climat continental, car ce sont des mers fermées, peu profondes, dont la température varie avec celle des terres environnantes. La Baltique gèle tous les hivers dans une grande partie de sa surface, et dés lors ne fait qu'accroître l'étendue de la masse continentale. La Caspienne est prise par les glaces dans sa partie septentrionale.
L'uniformité de niveau, l'absence de véritables barrières montag:neuses imposent à la Russie un climat proportionnellement aussi rude au Midi qu'au Nord. Les vents balayent la plaine sans obstacle; la langue russe est une des plus riches en termes expressifs pour désigner les tempêtes (bouran, myatel : tourmentes de neig-e, coup de balai).
Cependant, si les vents du nord et du nord-est se font cruellement sentir sur la partie méridionale de la Russie et sur le littoral de la mer Noire, il ne faut pas en exagérer la fréquence ni retendue. La majeure partie de la Russie est soumise le plus souvent aux vents d'ouest, dépouillés, il est vrai, de leur vapeur d'eau et par suite inefficaces pour tempérer le climat.
Ce climatestcaractérisé, non seulement par larig-ueur bien connue de ses hivers, mais aussi par la chaleur non moins excessive de ses étés. Nulle part en Europe on ne trouve
des températures aussi extrêmes, avec des écarts aussi exagérés.
Ainsi à Saint- Pétersbourg- la tempe rat u r e moyenne de janvier descend chaque année à 9° au-dessous de zéro, tandis qu'à Berg-en, située sur la côte de Norvège à la même latitude, le th e rm o mètre descend rarement au-dessous dupoint déglace; par contre, en été la chaleur atteint -|- 18° à Saint-Pétersbourg', au lieu de -f 14° à Berg-en.
L'écart entre les températures d'hiver et d'été s'accroît à mesure qu'on s'éloig-ne de l'ouest à l'est, même en s'avançant vers le midi : à Moscou, il atteint déjà près de 30° ( — 11° en janvier, -|-19° en juillet); encore ne sont-ce là que des moyennes : entre le jour le plus chaud et le jour le plus froid de l'année, l'écart peut dépasser 50° ( — 25° en hiver, -f-30° en été). A Astrakhan, aux bouches de la Volga, cet écart s'élève chaque année jusqu'aux chiffres prodigieux de 70 et 80° (de— 30" à +40°). Astrakhan subit des étés plus rhauds que Rome et des hivers plus rigoureux qu'Hammerfest, la ville la plus septentrionale de l'Europe (située à 30" de latitude de Rome). Même sur les bords de
Fig.lO.^ Lesteraporalurrs d*hîveretd'été en Hussic
la mer Noire, le climat continental se fait sentir : Odessa, située à peu près à la latitude de La Roclielle, a des hivers plus froids que Textrémité septentrionale de TÉcosse ( — 3°) et des étés aussi chauds que Marseille (-|- 22°).
Il faut pénétrer jusqu'au sud du Caucase, à Tiflis ou à Poti, pour trouver un régime différent, une température plus clémente {à Bakou : -|-3° en hiver, +25° en été).
Ce qui n'est pas moins important à considérer pour comprendre le climat de TEurope orientale, c'est la durée des saisons et la marche graduelle de la température. L'hiver russe diffère de nos hivers occidentaux, non seulement par sa rigueur, mais par sa durée. C'est de beaucoup la plus longue des saisons russes. Les grands froids y sont à la fois plus précoces et plus tenaces que dans l'Europe atlantique, et cela aussi bien en Crimée qu'en Moscovie ou en Pologne ; les soldais français l'ont éprouvé devant Sébastopol, comme la Grande Armée l'avait éprouvé dans la désastreuse retraite de 1812.
Dans la Russie méridionale la température reste presque constamment au-dessous du point de glace pendant cinq mois de l'année ; à Astrakhan pendant cinq mois et demi; à Varsovie la période des froids dure déjà près de six mois ; à Moscou plus de six mois et demi, des premiers jours d'octobre à la fin d'avril ; à Saint-Pétersbourg elle dure à peu près autant, mais commence et finit quelques jours plus tard. L'ouverture de la Neva à la navigation est célébrée chaque printemps par une fête, la bénédiction de la Neva. Enfin, dans l'extrême Nord, Arkhangel subit des hivers de huit mois.
Le printemps et l'autoune. ces saisons intermédiaires, si prolongées dans l'Europe maritime, ne durent que quelques semaines sur les bords de la Volga. Les chaleurs brûlantes de l'été succèdent presque sans transition aux glaces de l'hiver. La végétation si longtemps retardée en devient d'autant plus rapide; à peine semés, les grains lèvent et mûrissent là où l'humidité ne leur fait pas défaut. Ajoutons que dans la Russie septentrionale la longueur des journées d'été, où l'aube succède au crépuscule sans interruption, compense quelque peu la courte durée des chaleurs estivales.
Pluies. — La Russie, dans son ensemble, constitue la région la plus pauvre en pluies de toute lEurope, ce qui s'explique naturellement par sa situation et sa masse continentale. Ainsi la Russie ne reçoit en moyenne que 40 à 50 centimètres de pluies annuelles, c'est-à-dire moitié moins que la France, et à peu près la même quantité que notre sèche Champag-ne. Elle n'a que 80 à 90 jours pluvieux par an au heu de 150 en France et 210 en Irlande. Il est des rég-ions presque totalement dépourvues de pluies, par exemple les steppes de la dépression ponto-caspienne, qui ne reçoivent pas plus de 15 centimètres de pluies annuelles et subissent de longues sécheresses d'été.
Lu région la mieux pourvue d'humidité en Russie est la région centrale qui entouie Moscou : elle reçoit en été de nombreux orages qui élèvent la couche annuelle des pluies à 50 et GO centimètres. Des pluies estivales, qui distinguent si nettement la Russie centrale des steppes du Sud-Est, constituent un avantage inestimal)Ie pour la culture des céréales.
Les pluies d'hiver ne sont fréquentes que sur les pentes méridionales du Caucase voisines de la mer Noire, qui, à cet égard, peuvent être rapprochées des pays méditerranéens (elles reçoivent l",50de pluie).
La neige. — Dans le reste de la Russie les précipitations relativement rares qui ont lieu en hiver s'aroiimulent dès le mois d'octobre sous forme de neige. Pendant tout l'hiver la Russie présente ainsi l'aspect monotone d'une immense plaine de neige, d'une hlancheur aveuglante; mais au printemps, lorsque les premières chaleurs amènent le dégel, cette surface solide se change en un vaste houthier où les plantes germent avec une rapidité extraordinaire, mais d'oii aussi se dégagent des myriades d'insectes et des miasmes pernicieux. Le commencement du printemps est l'époque la plus dèsagr(''ahl(' et la plus malsaine dans ces régions; c'est aussi l'époque où li-s communications sont le plus difliriles.
Dans l'i'Xtrème Nord, les toumlvds gardent cet aspect marécageux pendant tout l'iMé, lar la chaleur n'y est pas suffisante pour produire un dégel rapide et complet. Les arbres n'y peuvent vivre, parce que les couches inférieures du sol restent glacées et ne laissent pas pénétrer les racines.
Mais, partout où le soleil échauffe suffisamment le sol, on comprend ']uels avantages la culture peut trouver dans celte réserve abondante d'humidité accumulée pendant l'hiver pour le |iiintcnq)s.
Fleuves et lacs. — La Russie, pays de grandes plaines, est aussi le pays des grands lleuves. Le réseau lliivial (.;sl, par son étendue et par ses qualités navigables, l'articulation de la Russie. Par là, elle regagneen commoditésnaturelles cequelui faitperdresoncaractèremassifetcontinental. Lacon([uête etia colonisation moscovites ont eu un cai^actère iluvial : c'est en s'avançant le long des lleuves, en traîneaux l'hiver, en l)ar([ucs l'été, fpie l(;s colonsrusses ont gagné sur les nomades le vaste territoire qui l'orme aujourd'hui un seul empire.
Le relief médiocre, les pontesindéciscs n'y délermincntpas de bassins isolés les uns des autres. Des seuils de médiocre hauteur, des portages coupés aujourd'hui ])ar des canaux, séparent à p(;ine les dillèrents lleiiviîs. Par ce cai-aelère, le système hydrogra[»hi(|U(! de l.i pl.iinc russe n'est pas sans analogie a<vec le réseuu Iluvial d(! l'Amérique du Nord,
D'un eùté comme de l'aulre, il sérail déplacé de chercher à déterminer une ligne de partage des eaux ou des ceintures de bassins. Le trait le plus net au contraire de la distribution des fleuves en Russie, c'est leur dispersion rayonnante autour d'un contre commun, d'une région de sources, le plateau boisé de Valdaï. C'est de laque sortent la Volg-a qui va se jeter dans la Caspienne, le Dniepr qui aboutit à la mer Noire, la Duna qui coule vers la Baltique.
Les hauteurs de l'Oural y ajoutent un contingent assez considérable. Le Caucase, au contraire, malgré sa liauteur, ses neiges et ses glaciers, n'alimente pas comme les Alpes un Taste réseau fluvial; il ne nourrit que des torrenls qui débouclicnt dans la Caspienne et la mer Noire sans s'unir aux grands fleuves de la plaine : ils en sont séparés par la zone sèche des steppes ponto-caspiennes. Cependant, par un contraste singulier, c'est la mer Caspienne, c'est-à-dire celle qui i'ouriiil le moins d'humidité au sol russe, qui reçoit le plus grand fleuve, la Volga.
La Volga est le premier des fleuves de l'Europe par sa longueur comme par l'étendue des pays qu'elle draine. Son cours n'a pas moins de :> 800 kilomètres de long-ueur (quatre fois la distance de Dunkerque à Marseille) et ses afiluents lui apportent les eaux d'un domaine trois fois plus grand (|uc la France. Elle prend sa source dans le plateau de Valdaï à une altitude de 260 mètres, et réunit les eaux de plusieurs petits lacs (lacs Scliger, Blanc, etc.) et d'un g-rand nombre de tourbières. Ces sources sont à peine séparées de celles de la Duna et communiquent avec elles en temps de crue. La Volga décrit d'abord de nombreuses courbes dans un pays de pente indécise. Navig-able à yjarlir de Tver, elle atteint à Molog'a le point le plus septentrional de son cours, puis continue de couler lentement vers l'est.
Les villes qui se succèdent sur ses bords, Jaroslavl, Kostroma, Nijni-Novgorod, Kazan, ont un caractère de moins en moins russe, de plus en plus semblable aux villes asiatiques. A partir de la ville à moitié tartare de Kazan, le lleuve se détourne brusquement vers le sud, et suit de près la bordure des hautes plaines que nous avons signalées dans la description du relief. 11 devient alors presque pittoresque, par le contraste entre la platitude absolue de sa rive gauche, plaine inondée h chaque printemps sur d'immenses espaces, et la hauteur de sa rive droite, sorte de falaise qui s'élève brusquement.
La Volga, comme tous les fleuves qui coulent dans le sens du méridien, ronge rapidement sa rive droite, et la falaise du plateau, minée par les eaux, s'écroule comme les falaises de nos côtes. Les villes et les villages, tous bâtis sur la rive la plus élevée, par crainte des inondations, sont ainsi exposés à un inconvénient d'un autre genre : le fleuve les démolit peu à peu, rue par rue, et les habitants sont obligés périodiquement de reculer leurs liabitations devant les progrès de la "Volga.
Dans cette section le fleuve reçoit encore quelques grands affluents, surtout la Kama ; mais, à partir de Samara, il cesse de s'enrichir; son débit a atteint son maximum et commence à décroître, par red'et de Tévaporalion intense qui dessèche les plaines de la Russie sud-orientale. Il entre en effet dans la dépression ponto-caspienne, et, arrivé à Sarepta, il suit la pente naturelle qui incline tout le pays vers la Caspienne : il traverse alors une plaine sablonneuse infertile, puis se termine par un vaste delta marécag-eux, où il se divise en 75 bras, sans compter une multitude de chenaux accidentels qui en portent parfois le nombre à 200. Il dépose chaque jour plus de 100000 mètres cubes de limon dans la mer Caspienne. La base toujours plus large de son delta n'a pas moins de 150 kilomètres de long-ueur.
Navigable pour les barques à peu de distance de sa source, la Volga mesure déjà 700 mètres de larg-eur à JaroslavI, le double à Kazan. Dans son cours inférieur elle occupe souvent, divisée en plusieurs branches, une étendue de 20 à 25 kilomètres. Sa profondeur dans certaines sections atteint 10 à 12 mètres et peut s'élever à 15 et 20 mètres en temps décrue. La navig-ation, facile grâce à la faiblesse du courant et à la profondeur des eaux, occupe pendant la belle saison plus de 600 navires à vapeur. Il suffit de citer le nom de Nljni-Novf/orod et sa foire, connue du monde entier, pour donner une idée de l'énorme trafic qui se fait par la Volga. Le neuve transporte plus de marchandises (bois, pétrole et fer) que tous les chemins de fer russes.
Les affiuents sont dig-nes du llcuvc. Ils forment ensemble un réseau de j)lus de 23000 kilomètres. Quelques-uns, comme l'Oka et la Kama, sont à eux seuls de grands fleuves plus long-s que le Rhin.
L'OA'a naît dans la Russie centrale, dans une rég-ion de sources entre le Don et le Dniepr; elle scg-rossit de plusieurs affluents, entre autres la Moskva, rivière de Moscou, et conilue avec la Volga à Nijni-Novgorod, après avoir par-
couru plus de chemin que le fleuve [)rincipal (environ 1 400 kilomètres).
La Kama, plus long-ue encore (1800 kilomètres) et plus abondante, draine à elle seule une région plus g-rande que la France. Elle naît dans les collines marécag-euses qui s'adossent au système de l'Oural, et traverse tout le gouvernement de Perm en recueillant de nombreux affluents qui descendent des vallées ouraliennes et lui apportent avec leurs eaux de printemps des bateaux charg-és de minerai. Telles sont la Tchousovaïa et la Sylva, qui confluent à Perm et dont les vallées ouvrent des voies naturelles faciles d'Europe en Sibérie; la Bielaïa, g-rossie de VOufa qui arrose le territoire du même nom et conflue avec elle dans la ville d'Oufa. Le principal affluent de droite, la Wiatka^ plus long-ue que la Seine, draine le g-ouvernement de Wiatka. Avec ce cortèg-e d'affluents la Kama apporte à la Volg-a une masse telle que les eaux du fleuve refluent parfois vers Famont.
La Samara, trois fois moins importante que la Kama, se jette dans la Volga dans la ville du même nom. C'est le dernier g-rand affluent du fleuve russe.
Avec les eaux de la Volg-a, la Caspienne reçoit la plus grande partie des torrents du Caucase du Nord, la Kouma (63okilom.) et surtout le Terek (015 kilom.), qui descend du Kasbe/i et réunit les eaux de tous les glaciers du Caucase central. Aussi accumule-t-il à son débouché dans la Caspienne un delta presque aussi vaste que celui de la Volg-a.
Au sud du Caucase, s'ouvre vers la Caspienne la vallée de la Koura (1 300 kilom.) qui baig-ne Tiflis et à laquelle VAraxe apporte le tribut des eaux de l'Arménie.
A l'ouest le Caucase envoie à la mer Noire des torrents sur son versant méridional, le Rion (300 kilom.) et Vhigour, et sur le versant septentrional un fleuve plus grand que le Terek, le Kouhan (880 kilom.). Ce dernier, sorti des glaciers de l'Elbrouz, réunit les torrents de tout le Caucase occidental et rappelle par la disposition de sa vallée et de ses affluents le réseau de TAdour et des gaves des Pyrénées. 11 se termine, comme tous les fleuves du Caucase, par un vaste delta, où ses eaux se partagent entre la mer Noire et la mer d'Azov.
Les dernières pentes des plateaux (|ui s'étendent au nord du Caucase envoient vers la dépression pouto-caspienne des rivières temporaires, qui se réunissent dans la vallée du Manylck. Cette vallée, dirigée d'ouest en est dans le sens de l'isthme, semble établir une communication naturelle entre les deux mers, et de fait aux époques des crues, surtout au printemps, elle se change en une série de lacs ou de marais qui s'écoulent à la fois des
deux cotés vers la Caspienne et !a mer d'Azov; mais la sécheresse des steppes et l'évaporation intense ont bientôt fait d'absorber ces lacs sans profondeur et ne laissent en été que des lagunes salées, comparables aux chotts africains.
La Hier d'Azov et la mer Noire reçoivent le Don, le Dniepr, le Dniestr, c'est-à-dire les plus grands fleuves de la plaine russe après la Volg'a.
Le Don [Tandis des anciens), long- de 2150 kilomètres, prend sa source au milieu des hautes plaines de la Russie centrale, dans le lac Ivan, petit bassin du gouvernement de Toula, qui envoie aussi une portion de ses eaux vers un tributaire de la Volga. 11 coule vers le sud-est, comme pour aller lui-même se mêler à la Volga ; mais, arrivé à 75 kilomètres du grand fleuve, dans l'isthme de Tsaritzin, il se détourne brusquement vers Touest et va tomber dans la mer d'Azov, par un « liman » large, mais peu profond. En temps de crue le Don, comme la Volga, présente l'aspect d'une mer et s'étale sur une largeur de 30 kilomètres. Mais son cours est obstrué de rapides formés par les rebords granitiques du plateau de la Russie centrale. 11 reçoit à gauche le Manytch et à droite le Donetz, coupé comme lui par des rapides.
Le Bîiiep)' {2 300 kilom.) (ancien Borysthène), le troisième fleuve de l'Em^ope (après la Volga et le Danube) par la longueur de son cours, l'est aussi par l'abondance de ses eaux. Il plonge pai- ses sources jusqu'à la région du plateau de Valdai, où il est très voisin du cours supérieur de la Volga, coule d'abord de l'est à l'ouest en passant à Smolensk où il devient navigable, puis se détourne vers le sud, baigne les vieilles villes de Mohilev et de /uey, où il reçoit à gauche la Dcsna, après avoir reçu à droite la Bérézina, de tragique souvenir, et le Pripct. 11 atteint alors une largeur de 1 000 mètres. Puis il dessine vers l'est une courbe jjarallèle à celle du Don, jusqu'à lékatérinoslav, pour former ensuite un coude aussi marqué vers le sud-ouest avant de se jeter dans le golfe rlOdessa par un liman (estuaire) long de 00 kilomètres et larg-e, à ceilaitis endroits, de 17 kilomètres, mais de jirt.tfondeur insullisante. Par sa longueur et sa direction générale (\n nord au sud, le Dniepr serait une des artères navigal)les les plus utiles de la Russie sans les rapidea qui, sur une longueur de 00 kilomètres, entre Krementchoug et lékatérinoslav, gênent la navigation.
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Ces casf^atelles, que les Russes appellent des « poroghi », ont donne leur nom aux Cosaques Zaporogues (Cosaques au delà des poroghi). On en compte neuf groupes successifs, pour une chute totale de .')0 mètres environ. Cette pente assez médiocre ne suffit pas à expliquer la rapidité du fleuve dans cette région ; il faut tenir compte de la nature du terrain et de la forme du thalweg. Le Dniepr, dans celte partie de sou cours, traverse le rebord granitique du plateau de l'Ukraine ; il u'a pu achever de s'y creuser un lit large cl régulier; ses eaux qui s'étalaient en amont sur 1 000 et 1200 mètres de largeur, et dix fois plus en temps de crue, roulent alors dans un défUé de iOO mètres de largeur, ce qui suffirait à doubler leur vitesse. Aussi, dans tous les points où ce lit étroit est de plus obstrué par des rochers, le fleuve prend une allure irrégulière et tourbillonne ou se précipite en écumant. Par les basses eaux ces passages sont impraticables; ce n'est qu'au temps de crue, lorsque le niveau du Dniepr s'élève de plusieurs mètres, que les bateaux peuvent se risquer à descendre sans se briser sur les écueils.
Le Dniepr, si rapide dans son cours inférieur, reçoit à droite une des rivières les plus lentes d'Europe, le Pripet. C'est moins un fleuve qu'une série d'étang-s, de marais et de tourbières qui couvrent la région de Pinsk.
Dans le liman du Dniepr vient se jeter le Boiig, qui traverse la Podolie du nord-ouest au sud-est dans une vallée assez profonde, creusée dans le calcaire.
Le Dniestr (1500 kilom.) n'appartient pas en entier au territoire russe. Il naît en Galicie (Autriche) au pied des Karpates, et a déjà parcouru plus de 500 kilomètres quand il entre en Russie à Khotin. Il coule profond et rapide dans une vallée encore plus encaissée que celle du Boug, et sert de i'inite à la Bessarabie. Il vient se jeter dans la mer Noire à l'ouest d'Odessa, par un large liman ; mais cette lag-une ne s'ouvre à la navig-ation que par un chenal peu pi^ofond.
Le Pruth, né comme le Dniestr en Galicie, dans une vallée des Karpates, sépare la Bessarabie russe du territoire roumain de Moldavie et porte ses eaux au Danube inférieur.
La Russie possède l'un des bras du Danube, la bouche de Kilia, que domine la forteresse d'Ismaïl.
La mer Baltique ne reçoit aucun fleuve comparable pour la long-ueur aux grands tributaires de la Caspienne et de la mer Noire.
La Vistule, la rivière polonaise, est aujourd'hui autrichienne par ses sources, prussienne par son embouchure. Sur un parcours de 1000 kilomètres, près de GOO coulent dans la Pologne russe. Elle prend sa source à 550 mètres d'altitude (deux fois plus haut que la Volga), au pied
78 DESCRIPTION PARTlGULlEaE DES ÉTATS EUROPÉENS.
du mont Velika Magoura, entre les Petites Karpates et les Karpates centrales. Mais son cours supérieur n'a rien de commun avec la plaine russe ; les rebords de sa vallée sont élevés et souvent abrupts. Elle descend rapidement jusqu'à Cracovie, où elle n'est plus qu'à 210 mètres d'altitude, puis elle forme la frontière entre la Pologne autrichienne et la Polog-ne russe ; mais les hauteurs du Lysa- Gora maintiennent sa direction de l'ouest à l'est jusqu'à Sandomirz^ au confluent du San. Elle coule ensuite du sud au nord et entre détinitivement en plaine vers Ivang-orod; elle traverse une large dépression qui s'étend d'est en ouest jusqu'à l'Elbe, et dans laquelle les fleuves de l'Allemagne du Nord semblent ne former qu'un même réseau avec la Vistule. Aucun seuil ne les sépare, leurs eaux se mêlent à l'époque des crues. Dans cette plaine basse, son cours devient lent, ses eaux s'étalent sur une larg-eur de 500 à 1 000 mèti^es. 'Varsovie occupe à peu près le milieu de cette dépression, à égale distance des Karpates et de la Baltique. Ce fut le centre de la nationalité polonaise; ce n'est plus aujourd'hui que le chef-lieu d'un des gouvernements russes. Déjà grossie à gauche de la Pilica, la Vistule reçoit à droite, en aval de Varsovie, le Bouf/, long- de 700 kilomètres, né en Galicie, mais alimenté aussi par les marécages du Pripet et le chapelet lacustre de la lYai'eiv. Après le confluent du Boug, la Vistule se détourne de sa direction pour suivre de l'est à l'ouest la dépression naturelle où elle semble devoir se joindre à la Wartha, affluent de l'Oder; puis elle entre en territoire prussien en amont de la forteresse de Thorn et coupe du sud au nord des plateaux couverts d'étangs, hauts de 200 à 300 mètres, avant d'aller se jeter par plusieurs bras dans le Frisches Halî et la baie de Dantzig-.
Le iXiémcn 850 kilom.), allemand par son embouchure, russe par la plus grande partie de son cours et par ses affluents, draine la Lilhuanie et prend ses sources non loin des affluents du Pripet. 11 reçoit à droite la Vilia.
La Diaia ou Dvvina du Sud (030 kilom.), voisine par ses sources de la Volga, descend du plateau de Valdaï en coulant d'abord vers le sud-ouest jusqu'à Witebsk, parallèlement au Dniepr, puis se détourne vers le nord, et passe à Polotsk et Dunabourg' pour se jeter dans le g'olfe de Riga à Duiiurnunde. Ses eaux aliondantes et la médiocrité do sa
pente en feraient une bonne voie navig-able, si la largeur excessive de son lit ne diminuait pas sa profondeur.
Au nord de la Diina le réseau hydrog-raphique qui aboutit aux g-olfes de Finlande et de Botnie se distingue nettement du reste de la Russie par le nombre et l'importance des cavités lacustres. C'est la région des lacs. Le sol imperméable ne laisse pas filtrer l'eau, qui se réunit dans les nombreuses dépressions en une multitude de lacs de toutes dimensions. Au sud du golfe de Finlande les terrains schisteux et arg'ileux ont déterminé des cavités lacustres assez étendues, mais peu profondes, telles que les lacs Peïpous et Ilmen. Le Peïpous déverse ses eaux dans le golfe de Finlande par la Narova.
La Finlande, masse g-ranitique couverte de moraines glaciaires, est le pays des lacs : son nom même l'indique; les deux tiers du sol en sont couverts. Les plus grands (Ladoga et Oneg-a) sont situés sur son pourtour dans une dépression naturelle qui s'étend du golfe de Finlande à la mer Blanche. Le Ladoga n'a pas moins de 18000 kilomètres carrés d'étendue. Il mesure plus de 200 kilomètres en long-ueur et plus de 120 en largeur et la sonde y atteint des profondeurs de plus de 200 mètres, c'est-à-dire supérieures à celles qu'on a constatées dans la Baltique. Ses rives sont bordées d'écueils qui en rendaient la navig-ation dang-ereuse avant qu'on les eût balisées comme les côtes de la mer. Son émissaire est l'abondante Neva, le fleuve de Saint-Pétersbourg-, protégé à l'entrée par les forts de Kronstadt. Son cours n'a que 58 kilomètres de long-ueur; mais son débit est celui d'un g-rand fleuve, 2950 mètres cubes par seconde. On a souvent comparé la Neva au Saint-Laurent de rAmérique du Nord, et les lacs russes aux g-rands lacs canadiens. Le lac Onega, qui occupe une surface moindre de moitié environ, communique avec le Ladoga par le Svir. Parmi les nombreux lacs finlandais, le plus considérable est ensuite le Saïma dont les eaux sortent en écumant à travers les rapides d'Imatra.
La mer Blanche et l'océan Glacial reçoivent nombre de fleuves dont quelques-uns très considérables par leur longueur, mais à peu près inutiles pendant la pi us grande partie de l'année; Y Onega se termine dans le golfe de ce nom; la Dûna du Nord (1230kilom.) s'alimente en partie dans les lacs et les marais du Nord-Ouest, on partie dans les dernières
ondulations de l'Oural, et se jette dans le golfe d'Arkhangel. Le Mcren et la Petc/iora drainent pendant deux mois d "été les toundras marécag-eux et se terminent dans les golfes de même nom.
Régime des fleuves russes. — Le régime des fleuves russes est une conséqucnee directe du climat continenial : ils restent fermés à la navigation pendant plusieurs mois par la congélation en hiver, la débâcle au printemps.
Plus on s'avance vers l'est, ^1 plus la durée de la navigation i I est courte, sous la même latitude. La Neva est gelée du 15 novembre au 10 avril, soit environ 145 jours par an; la Volga est solidifiée pendant 161 jours en moyenne à Kostroma, 153 à Ivazan, lOG à Astrakhan. La Moskva, son affluent à Moscou, est prise parla glace pendant 152 jours.
Les fleuves du Nord, la Diina, la Petcliora, sont gelés pendant huit et neuf mois sur douze.
Les premières pluies de printemps (|ui s'abatlent sur la plaint" russe et amènent le dégel étpjivalentà un coup de fœhn dans les Alpes, l'allés opèrent une transformation subite. La neige fond et s'écoule aussitôt en remplissant les vallées, et partout où un obstacle naturel rétrécit les fleuves, le niveau s'élève de 10 mètres et parfois davantage et les eaux s'étalent en amont sur de larges surfaces.
Mais le dégel n'ouvre pas immédiatement les fleuves à la navigation; la débâcle des glaces briserait les embarcations. Or, parfois elle se prolonge pendant une période assez longue; elle ne se produit pas en même temps sur tous les points du fleuve, quand il coule comme la S'olga du nord au .«ud, et les eaux portent encore des glai;ons à Tsarilziu longtemps (vingt et trente jours) après que le dégel y a commencé. S'il coule du sud au nord, connue la Diina, la débâcle est encore phis redoutable, les glaçons s'amoncellent les uns sur les autres à mesure qu'ils descendent et en certains endroits ils se ressoudent de manière à former une embâcle (]ui ferme le fleuve comme un barrage.
Ainsi les inondations à l'époque des premières chaleurs (au printemps dans le Sud, l'été dans le Nord) sont un phénomène général dans toute la Russie, et aussi régulier que les crues du Nil en Egypte.
Pour la Volga en particulier, les crues commencent régulièrement au milieu d'avril cl atteigin>nt leur maximiun (8™, 50) à la fin de mai. \\\ milieu de juillet, les eaux ont repris leur niveau ordinaire, et à la fin d'août le fleuve est à l'éliagc. Quelques fleuves éprouvent en outre une seconda
(Les cliiffres indiquent en mèlres la hauteur des eaux au-dessus ou au-dessous du niveau moyen.)
E.MPIKE DE RUSSIE. 81
crue en septembre, par suite des pluies d'été assez abondantes dans la région centrale : tel est le cas du Don, du Dniepr et du Dniestr. Les Cosaques distinguent nettement cette seconde crue qu'ils appellent « les eaux chaudes » de la première produite par la foute des ueiges et qu'ils appellent les « eaux froides ».
Littoral. — Si elle a de grands fleuves, la Russie est très inférieure à l'Europe occidentale en articulation maritime. Ses côtes ne représentent qu'une long-ueur de 8 000 kilomètres, tandis qu'il faut en compter 25 000 pour le reste des terres européennes. Alors que les Iles Britanniques ont 1 kilomètre de côte pour 17 kilomètres carrés de superficie, la Russie n'en a qu'un pour 366.
Des quatre mers qui la baignent, une, la Caspienne, est entièrement fermée ; les deux autres, la mer- Noire et la Baltique, ne communiquent avec la Méditerranée et l'Atlantique que par d'étroits ; chenaux enfin l'océan Glacial est inaccessible pendant plusieurs mois de l'année.
De là l'effort séculaire de la Russie pour parvenir soit en Europe, soit en Asie, à une mer libre, et s'affranchir de la fatalité géographique qui bloque sa masse continentale. A l'extrémité de l'Asie, elle retrouve sur l'océan Pacifique les mêmes obstacles, des ports gelés la moitié de l'année à la latitude de Bordeaux et de Lisbonne.
La côte russe de l'océan Glacial mesure environ 2 150 kilomètres de longueur. A l'ouest, la massive péninsule de Kola ferme le g'olfe profond de la mer Blanche. A l'est de cette mer intérieure s'ouvre l'estuaire du Mezen où commencent sur la côte les toundras qui s'étendent jusqu'à la baie de Kara. Le port de la mer Blanche, Arkhangel, n'est accessible qu'en été.
Le littoral baltique mesure à peu près 2 500 kilomètres. Les golfes de Botnie, de Finlande et de Riga le découpent au nord et à l'est. Les côtes de Finlande sont élevées et rocheuses comme celles de Suède et présentent de nombreuses baies, mais aussi beaucoup de récifs. Ses ports, Abo, Helsing-fors, Wiborg-, donnent à la Russie ses meilleurs marins. Au fond du golfe, les îlots fortifiés de Kronstadt défendent les abords de Saint-Pétersbourg . Le rebord méridional du golfe de Finlande présente également des falaises abruptes de 50 à 60 mètres de hauteur. Au sud, au contraire, le g"olfe de Riga et le littoral jusqu'à la frontière allemande forment des lagunes basses et bordées de dunes.
La Russie possède les îles Œsel et Dago situées au nord du golfe de Rig'a, et l'archipel d\lland, h l'entrée du golfe de Botnie.
Les porisde Revel, Riga, Liban, médiocrement profonds, ne peuvent recevoir que des navires de 2000 tonnes, d'un tirant d'eau inférieur à 6 mètres. Ils sont d'ailleurs fermés par les glaces pendant une période de quatre à cinq mois.
La Russie possède le littoral septentrional de la mer JYoire depuis la bouche danubienne de /û7m jusqu'à quelques lieues au sud du port de Batoum. A l'ouest, ce sont, jusqu'à la Crimée, des étendues basses, bordées de dunes, de marais et de flèches littorales. Seul le port d'Odessa, abrité contre les vents du nord par une haute falaise, offre aux navires un abord facile et sûr. Le fond de la mer Noire est la continuation des plaines russes et s'incline lentement vers le sud comme le g-olfe du Lion sur les côtes de France. Trois ports sont ouverts sur le liman du Dniepr et du Boug- : Kherson, Nirnlaief, Otcliakof.
La Crimée, presqu'île de 20 000 kilomètres carrés rattachée au continent par l'isthme étroit de Pérékop, contraste avec la côte du golfe d'Odessa par ses escarpements remarquables du sud et de l'est. Les hauteurs de la Grimée méridionale tombent à pic sur la mer; ces falaises, minées par les flots, s'écroulent par blocs en formant parfois de nouveaux caps. Deux ports s'abritent au |)ied des escarpements de la Crimée, Sévastopnl à l'ouesl, Kaffa à l'est.
Le détroit de Kertch ouvre la mer Noire aux eaux peu profondes de la merd\Asov, si bien nommée par les anciens « Palus Mœotis ».
Malgré sa superficie de 35000 kilonn'lri's carrés, c'est en eiïcl un vasle marais (-ouvert (le roseaux, iilutôt (|ii'uni' MTilaliio mer. Les plus graiulcs profondeurs qui se rencontrent au sud ne dépassent guère 14 à l.S mètres, et la majeure partie de la mer d'Azov n'a (juc 2 mètres d'eau. Le vent du nord sullit à la mi'ltrc presque complètement à sec. en refoulant les Ilots vers la mer Noire, tandis qu'au printemps les crues des lleuves élèvent son niveau de près de 2 mètres. D'ailleurs les alluvions du Don et du Koubati la comblent tous les jours davantage. Aussi d'anciens ports, comme .\zov situé sur l'emplacement de l'antique Tanais, sont maintenant à l'intérieur des terres. Les navires ne peuvent plus accoster ilaus le port de Taganrog et jettent l'ancre à 25 kilomèlres du rivage.
Toutes difl'érentes sont les côtes orientales do la mer Noire entre les bouches du Kouban cl la Irontièrc ottomane Le lilLui-al, bordé de près parles crêtes du Caucase occidua-
tal, est élevé, rocheux, et les caps y abritent des baies profondes désignées autrefois sous le nom (VécheUes circassiennes.
Le delta de Tlng-our et du Rion détermine encore à l'est de la mer Noire une côte basse avec des ports médiocres c(imm e.Poti ; mais, dès que la mer se rapproche des hauteurs du massif arménien, le littoral redevient articulé et présente un bon port, Batoum, le plus prospère de la mer Noire après Odessa.
La mer (ki>ipienne, mer fermée, située à 20 mètres audessous du niveau de la mer Noire, est presque entièrement russe. Elle s'étend sur 396000 kilomètres carrés avec une longueur de 1 260 kilomètres du nord au sud, et une largeur variant de 300 à 550 kilomètres. Comme la mer Noire, elle comprend deux régions bien distinctes : 1° au nord, des deux côtés des bouches de la Volga, des terres basses, marécageuses, se prolongent sous une mer peu profonde avec une multitude d'ilols plats aux contours changeants. La couche d'eau est si peu épaisse qu'elle ne peut résister au froid de l'hiver et gèle tous les ans pendant plusieurs mois (de la fin d'octobre à la fin de mars). Astrakhan se trouve ainsi dans des conditions comparables à Arkhangel; 2° au sud du delta du Terek, la côte se relève, au voisinage du Caucase, en même temps que la profondeur de la mer Caspienne s'accroît et mesure de 500 à 800 mètres. La presqu'île volcanique d'Apcbéron abrite Bakou, le port du pétrole.
La Caspienne contribue médiocrement à atténuer le caractère continental de la Russie, mais elle lui assure une influence prépondérante sur la Perse qui seule partage avec elle la possession de ses bords.