CHAPITRE II
OCÉANS ET MERS DE l'eUROPE
So.MMAiHE. — L'Europe est Ijaijjiiéc par rocéan Glacial arctique, TAtlanti([\io, la Méditerranée. L'océan Glacial forme la mer de Rara et la mer IManche.
Les mers dépendant de l'Atlantique sont beaucoup moins profondes que les mers méridionales, l'Europe occidentale rej)0sant sur un plateau sousmaiiu recouvert en partie par la mer du Nord et la ISIaiiclie. Gcile-ci cumrae la mer d'Irlande n'est (lu'un long détroit sans profondeur. La 15alliiiue est une mer fermée. Dans la mer de Biscaj'c on trouve de> aitimes de 3 kilomètres non loin des côtes.
La Méditerranée, grande cinq fois comme la France, est partagée en deux bassins. Dans le bassin occidental on distingue la mer Tyrrhénienne. Au bassin oriental appartiennent la mer Adriatique, la mer de l'-Vrchipel, la merde Marmara, la mer Noire, la mer d'Azov. Les trois dernières, mieux fermées encore que la Baltique, communiquent seulement par d'étroits dienaux (Dardanelles, Bosphore, etc.). La Caspienne n'est qu'un lac salé. La marée, puissante dans les mers dépendnntde l'.Vtlantiqnc, est insensible dans la Méditerranée. Plusieurs branches détaciiées du Gulf-Stream réchaulTent les mers européennes, qui assurent à l'Europe un climat exceptionnellement tempéré.
Classification des mers. — L'Europe est de tous les continents celui (juc les mors pénètrent le mieux. Baignée par deux océans, l'océan Glacial arctique et l'océan Atlantique, elle est découpée pju^ un grand nombre de mers intérieures et de golfes secondaires.
Ces mers peuvent être divisées en trois catégories :
i° Les mers formées par Vocéan Glacial arctique ;
2° — ^BiT Vocéan A tla7itique\
3' — par la Méditerranée.
Il existe de grandes différences entre les mers septentrionales et les mers méridionales. Sauf dans le golfe de Gascog-ne, les profondeurs sont peu considérables dans les mers septentrionales. Les moyennes y sont de iOO mètres. Dans la Méditerranée, au contraire, la sonde accuse une moyenne supérieure à 1000 mètres et des abîmes de plus de .3000 mètres. C'est que les mers septentrionales baignent des terres basses, tandis qu'au sud de l'Europe le relief du continent est puissamment marqué. La plaine de l'Allemagne du Nord se continue en pente douce sous les flots ; les monts Cantabres en Espagne tombent plus brusquement et comme à pic sur la mer.
L'océan Glacial. — On donne pour limite à l'océan Glacial arctique le cercle polaire. Cependant, une des mers qu'il forme, la mer Blanclie, dépasse cette limite. L'océan Glacial baigne une partie des côtes de Russie, de Laponie et de Norvège, les îles Vaïgatch, la Novaia-Zemlia et l'archipel du Spitzberg.
L'océan Glacial arctique forme plusieurs mers intérieures. A l'est, est la mer de Kara. La mer Blanche., resserrée entre la presqu'île de Kola et la presqu'île de Kanin, est vraiment une mer ijitérieure. Elle est bloquée pendant sept mois par les glaces. Elle eut jadis une grande importance commerciale, lorsque la Russie, avant Pierre le Grand, n'avait d'autre port qu'Arkhangel.
Dans l'océan Glacial, la partie navigable et accessible pendant quelques mois de l'année n'a point une très grande profondeur, sauf sur la côte nord-ouest de la Norvège, côte très escarpée. Au nord du Spitzberg, des explorateurs ont sondé des gouffres de près de 5000 mètres.
L'océan Atlantique et ses dépendances septentrionales. — L'Europe forme une partie du rebord oriental de l'Atlantique. Ses côtes, sauf en un point dans le golfe de Gascogne, ne sont pas immédiatement limitrophes des grandes profondeurs de l'Océan. Jusqu'après de 100 kilomètres au large des terres de France, d'Angleterre, d'Ir-
lande et d'Ecosse, il est rare que la sonde descende à plus de 300 mètres. En etfet, du Skag-errak jusqu'au g-olfe de Gascogne, formant comme un piédestal aux îles Britanniques, s'étend un vaste plateau sous-marin que recouvrent la mer du Nord et la Manche.
L'océan Atlantique forme dans lEurope septentrionale et occidentale une série de mers intérieures : la Manche, la mer du Nord, la mer Baltique, la mer d'Irlande, la mer de Biscaye ou g-olfe de Gascog-ne.
1° La Manche. — Enfermée entre la côte anglaise et la France, ouverte comme un entonnoir vers l'ouest, allant on s'étrang-lant vers l'est, la Manche, que les Anglais appellent « canal Britannique v,, n'est g-uère qu'un fossé maritimeétroit et peu profond, faisant communiquer la mer du Nord avec l'Atlantique. Ses plus g"randes profondeurs alteig-nent à peine 80 mètres. Le Mississipi, l'Amazone, le Yang--Tsé, à leurs embouchures, sont aussi profonds. Par le Pas de Calais où elle est réduite à 33 kilomètres, elle communique avec la mer du Nord.
2" La mer du Nord. — La mer du Nord, avec 600000 kilomètres cariés de superficie, est plus étendue. Klle s'ouvre au sud-ouest sur la Manche, au nord sur l'Atlantique et l'océan Glacial. Elle est comme le point de rencontre des eaux de ces deux océans sur les côtes d'Europe.
Sa profondeur est médiocre. Les terres basses du Jutland et de la Hollande, la plaine de l'Elbe et du Weser descendent insensiblement sous les flots, semées de monticules de sable qui forment des bancs dangereux. En beaucou]) d'endroits, les navires touchent les has-fonds de la côte avant d'être en vue du littoral. Au centre de la mer, sur le Dogfjer liank, la sonde ne donne que 20 mètres d'eau. Mais en approchant de la péninsule Scandinave, rég-ion à relief puissant, la mer s'enfonce au pied des montagnes, et forme une sorte de fosse al)ruf)lo avec des abîmes de 300 à 800 n)ètres. Par suite de sa faible épaisseur, la mer du Nord est une des plus dures de l'Europe : la houle y est forte, le Ilot de marée descendu du nord y crée de puissants courants qui roulent vers le Pas de Calais. La Baltique elle-même, en fléversant l'excès de ses eaux, produit périodi(|uem('nl un courant assez fort enfre le .littland et la Norvège.
3" La fiirr /hif/ir/uc. — La Baltiipic, i>lus petite (iOO(K)Okilomèlr-es cairés) cpic la précédente, est une véritable
mer fermée, ne communiquant avec rextérieur que l)ar des chenaux étranglés : le Siaid^ le Grand-Bell et le Petit-Belt^ le Kattegat et le Skagerrak. Bordée de rives g-énéralement basses, elle atteint rarement une profondeur de 200 mètres ; l'épaisseur moyenne de ses eaux n'est que de 67 mètres, moins encore que dans la mer du Nord et la Manche.
On a coiistaU' dopuis un siècle {\vu- lus cotes se soulèvent au nord, si bien que l'on peut prévoir, dans un avenir très éloigné, la réunion des cotes russes et Scandinaves. Un exhaussement continental de 100 mèlres ferait disparaître la mer Baltique et ne laisserait à sa place que quelques lacs. Inversement une élévation de 100 mètres de niveau répandrait les eaux de la IJalliquc jusqu'à la mer Blanche à travers la dépression occupée par les lacs Ladoga et Onega.
La Baltique est très faiblement salée, ce qui s'explique par les masses d'eau douce que lui ajiportentses nombreux tiibutaires. Gomme presque toutes les mers intérieures, elle n'a pas de marée.
■'i° La rnci' d'Irlande. — Enfermée entre l'Iiiande et la Grande-Bretagne, elle a une très g-rande analogie avec la Manche. C'est un couloir plus largement ouvert à l'une de ses extrémités, au canal Saint-Georges, étranglé à l'autre au canal du Nord. Sa pt^ofondeur est un peu supérieure à celle de la Manche, le relief du Pays de Galles, de l'Ecosse et de riiiande étant plus marqué que le reUef des régions anglofrançaises voisines de la Manche.
5" La mer de Biscaye ou golfe de Gascogne. — Par la mer de Biscaye ou g'olfe de Gascogne, l'océan Atlantique touche dii^ectement les côtes occidentales de l'Europe. Au milieu de la mer de Biscaye s'ouvi^e une fosse où il n'est pas rare de rencontrer des profondeurs de plus de 3 kilomètres. Les grandes profondeurs sont plus voisines de la côte montueuse d'Espagne que de la côte basse des Landes.
La Méditerranée et ses dépendances. — L'océan Atlantique projette au sud de l'Europe la grande mer intérieure la Méditerranée. Baignant aussi une partie des continents asiatique et africain, elle a, depuis la plus haute antiquité, uni plutôt que séparé les peuples riverains. Elle communique avec l'Océan par le déti^oit de Gibraltar.
Sa superficie est de plus de 2 millions i/2 de kilomètres carrés, à peu près cinq fois l'espace occupé par la France.
La Méditerranée est divisée en deux bassins, l'un occidental, l'autre oriental, dont le point de jonction se trouve au détroit formé par le rapprochement de la Sicile et de la côte d'Afrique. La division est faite sous le flot par un seuil sous-marin qui relie la Sicile à la Tunisie. Au nord du cap Bon, la profondeur ne dépasse pas 200 mètres. Ce passage est, du reste, travaillé par les forces volcaniques : en 1831, au nord de la petite île de Pantellaria, apparut un îlot volcanique qui disparut au bout de six mois.
1° Bassin occidental. — Les îles de Corse et de Sardaigne divisent le bassin occidental en deux cuvettes: l'une comprise entre la côte dVMg-érie, l'Espagne, la Corse et la Sardaig-ne; l'autre, formée par les rivag-es de Sardaig-ne, de Sicile et d'Italie. Cette dernière est la mer Tiji^rliénienne. Les plus grandes profondeurs (3000 mètres) se trouvent près des îles Baléares.
2° Bassin oriental. — Cette seconde partie de la Méditerj-anée est plus étendue et en g'énéral plus profonde que la précédente. Une première fosse, entre la Sicile et Candie, atteint fréquemment et dépasse, dans plusieurs parag-es, une profondeur de 3 kilomètres. L'épaisseur d'eau est moindre entre Candie et la côte d'Afrique. Puis, entre Candie et la côte ég'yptienne , presque à ég-ale dislance des deux terres, s'ouvre une nouvelle dépression où la sonde descend jusqu'à 3 kilomètres.
Les mers intérieures formées par la Méditerranée orientale sont bien définies :
La mer Ionienne, largement ouverte entre l'ilalie méridionale et la péninsule turco-grecque, rappelle encore la pleine mer. Mais la mer Adriatif/ue, qui la prolonge au nord du canal d'Otrante, est tout autre. Longue et élroitc, — elle n'a que 40 lieues de large en moyenne, — elle s'insinue du sud-est au nord-ouest dans la masse continentale. Ses profondeurs sont très inféi'ieures à celles de la Méditerranée proprement dite. La forme de son lit correspond exactement au relief de ses côtes. Les eaux sont assez profondes au larg'e des côtes monlag-neuses de la péninsule des Balkans. Au contraire, la sonde trouve généralement le fond à moins de 100 mètres, dans la partie septentrionale, adjacente au.K plaines de la Lombardic.
\j Aîxhipel , limité à l'ouest el au nord par la péninsule des Balkans, à l'est [)ar la côte d'Asie Minciuc, est assez
bien fermé au sud par une chaîne d'îles et d'îlots, dont Candie et Rhodes. Cette mer a été le théâtre du merveilleux développement de la civilisation grecque. Les îles qui parsèment en si g-rand nombre l'Archipel et lui ont valu son nom, sont assez voisines les unes des autres et reposent sur un piédestal peu éloigrié de la surface des flots.
La mer de Marmara, la Propontide des Anciens, n'est g-uère qu'un canal étroit, par lequel la mer Noire reçoit son contingent d'eaux méditerranéennes et écoule le trop-plein d'eaux douces que lui apportent tant de g:rands fleuves. A ses deux extrémités, dans les détroits des Dardanelles et du Bosphore, la mer court en véritable fleuve.
La mer Noire, est la plus fermée des mers de l'Europe méridionale. Sa superficie est presque ég-ale à celle du territoire français (environ 500000 kilomètres carrés). Ses plus grandes profondeurs, évaluées à 1 800 mètres, se rencontrent presque à ég'ale distance des côtes d'Asie Mineure et de Russie méridionale. Des bas-fonds, produits par les apports du Danube, du Dniestr, du Dniepr et du Don, s'étendent sur une larg-eur de 50 à 150 kilomètres près des côtes bulg-ares, roumaines et russes. En même temps, les grands fleuves, par la masse énorme d'eau douce qu'ils déversent dans la mer Noire, en diminuent la salure ; c'est un fait analogue à celui qui se passe pour la mer Baltique. En mille ans, la mer Noire serait transformée en une mer d'eau douce, s'il n'y péhétrait des courants profonds venus de la Méditerranée.
La 7ner crAzov, à laquelle les anciens donnaient déjà le nom de marais, est de plus en plus diminuée par les alluvions fluviales. Dans ce golfe que comblent graduellement • les apports du Don, les pêcheurs n'ont jamais trouvé 15 mètres d'eau. Un navire n'y pourrait couler à fond sans que sa mâture restât visible au-dessus des flots.
La mer Caspienne. — Cette mer complètement fermée était autrefois en communication avec la mer Noire et l'océan Glacial. Aujourd'hui elle est à 26 mètres au-dessous du niveau de la mer, et l'évaporation lui enlève peut-être plus que ne lui fournissent les grands fleuves ses tributaires.
Lesplus g-randes profondeursdelaCaspienne (900 mètres) se rencontrent au sud, à proximité des monts du Caucase. Au centre, la sonde descend encore jusqu'à 500 mètres.
Mais au nord, où les alluvions fluviales de l'Oural et de la Volga comblent graduellement le fond, il n'y a pas une épaisseur d'eau supérieure à 15 mètres.
Mouvement des mers. — Les vagues. — L'agitation superficielle causée par les grands veuts varie d'intensité selon rorientation de chaque mer. Dans l'Atlantique s'élèvent des lames de plus de 10 mètres, formées par les grands vents d'ouest : le flot s'accroît progressivement sur une immense étendue, depuis les côtes d'Amérique jusqu'à celles de l'Europe : aussi la lioule de l'Atlantique est -elle grande et allongée. La Manche, ouverte aux tempêtes venues de lOcéan, comme une sorte d'entonnoir, est soumise au m^nie régime. Dans la mer du Nord, les îles Britanniques arrêtant la vague de l'Atlantique, d'autre part le fond étant assez élevé, la lameest plus courte. Dans les mers intérieures, les ondulations sont moins fortes. Les vagues de la Méditerranée dépassent rarement 6 mètres.
Régime des marées. — Dans les mers intérieures du nord, les marées sont très faibles. A la hauteur du Zuiderzée elles varient de O'",.o0 à 1 mètre; dans la Baltique occidentale, on constate à peine des dilVérences de niveau de 0'",30; dans ses g-olfes orientaux sur les côtes de Prusse et de Gourlande, le phénomène échappe à l'observation ordinaire; la marée n'y dépasse jamais 0",08.
Dans la mer du Nord, la mai^ée ne pénètre qu'après avoir contourné l'Ang'letei^re. Le flot s'avance alors du nord au sud et, par le Pas de Calais, gragne la Manche. Celle-ci, largement ouverte sur l'ouest, a déjà i^eçu le flot de marée : le flot de la mer du Nord, arrivant plus tard, se superi)Ose à celui de l'Atlantique et prolonge le phénomène du flux. Par suite certains ports de la Manche, le Ilavro par exemple, restent plus longtemps accessibles aux bâtiments. La mer y est étrde plus longtemps qu'ailleurs. C'est là un fait important pour le commerce et la prospéinté d'un port.
Le flot venu de l'Atlantique pénèti^e difficilement dans la Méditerranée par l'étroit goulet de Gibraltar. Aussi la marée y est-elle très faible. Elle atteint à jteine 0"',tJO, à 'Venise, O^i^ô àLivourno, et beaucouj) moins encore dans le bassin oriental. Celte faiblesse des marées ollre de très grands avantages au commerce. Le régime des ports est constant : les navires peuvent toujours y entrer et en sortir dans les mêmes conditions. Au contraire, dans la plupart des ports de l'Océan, de la Manche et de la mer du Nord, les grands vaisseaux n'ont accès ou libre sortie qu'à l'Iieure des marées hautes. De là une gène sérieuse pour le Iraflc.
OCÉANS ET MERS DE L'EUROPE. tt
Courants. — L'Europe est touchée par les eaux tièdes du Gulf'-Stream depuis les côtes de l'Islande jusqu'aux parag-es qui la séparent de l'Afrique :
Une première branche du Gulf-Stream passe au nord des îles Britanniques, baig-ne l'Irlande, les Shetland et les Faeroë,. atteint les côtes de Norvège et de Laponie et même lesarchipels du Spitzberg- et de la Novaia-Zemlia et la mer Blanche.
Une seconde branche vient s'épanouir sur les côtes de France, puis se replie vers celles d'Espag-ne en décrivant une courbe dans le g-olfe de Gascog-ne, enfin g'agne l'Afrique pour retomber dans le courant équatorial.
Les navigateurs savent depuis longtemps se servir du courant du Golfe pour obtenir des traversées plus rapides entre l'Amérique et l'Europe. Mais le courant joue un rôle plus important que eelui de convoyeur de navires. Ce sont ses eaux chaudes qui valent aux côtes européennes leur climaX extrêmenieui doux, qui permettent la culture du mjrle eu pleine terre en Irlande, qui protègent contre les glaces les fjords norvégiens,, et fondent les banquises de la mer Blanche.
Les mers intérieures d'Europe, communiquant avec l'Océan par d'étroits chenaux, sont sujettes à des variations de niveau si elles reçoivent les eaux des g-rands fleuves. Ainsi, enti^e la Baltique et la mer du Nord, il y a un échang-e par courants à travers les détroits ; l'eau plus douce de la Baltique coule à la surface ; un contre-courant d'eau plus salée vient de la mer du Nord et coule au-dessous du précédent.
Entre la mer Noire et la merde Marmara s'opère le même échange par le courant du Bosphore, rapide de 6 à 7 kilomètres à l'heure, dirigé de la mer Noire à la mer de Marmara, très sensible et gênant même pour les navires. Au-dessous de ce courant qui emporte le trop-plein de la mer Noire, un courant restitue de l'eau salée. Entre la mer d'Azov et la mer Noire, se produit le même phénomène.
Dans la Méditerranée, l'évaporation est extrêmement active, par suite du voisinage des fournaises du Sahara et du désert de Libye. On a évalué à 2 mètres par an la quantité d'eau qu'absorbe ainsi l'atmosphère. Les pluies et les fleuves ne rendant à la Méditerranée qu'environ 75 centimètres, l'Atlantique doit lui fournir une couche épaisse de plus d'un mètre. De là dans le détroit de Gibraltar un courant d'ouest de puissance assez grande.
Faune. — En Europe les mers du sud soat peuplées d'un plus grand nombre d'espèces que les mers du nord. La Méditerranée contient un grand nombre d'espèces caractéristiques : ou y remarque surtout le thon, les coraux et les éponges. Les thons pénètrent en bandes épaisses dans la Méditerranée par le détroit de Gibraltar. Us arrivent au printemps, remontent le long des côtes d'Europe jusqu'à la mer Noire, et regagnent l'Atlantique à l'automne, en suivant la côte d'Afrique. C'est par millions de kilogrammes qu'ils sont annuellement pèches sur les côtes de Provence, de Sardaigne, d'Italie, de Sicile et de Tunisie. On pèche les coraux sur les côtes d'Italie, mais surtout en Afrique. Les pécheurs d'épouïres font leurs pèches les plus fructueuses en Europe, dans l'-An-hipel grec. La Méditerranée est moins riche en espèces animales à l'est (|u"à l'ouest.
L'Atlantique, la Manche, la mer du Nord et la mer Baltique contiennent en grande abondance les harengs et les sardines. La pèche est surtout active dans la mer du Nord, sur les côtes d'Ecosse et d'Angleterre, puis au centre, sur le Dogger Bank.
Enfin, les mers de l'extrême nord, sur les limites des parages polaires, sont le domaine de la morue que les pécheurs poursuivent sur les côtes d'Islande et des îles Fœroè. Les phoques sont au^si l'objet d'une chasse active. Sur certains points, comme dans la mer Blanche, le poisson est tellement abondant que les populations de la côte en donnent à leur bétail et s'en servent parfois comme engrais pour leurs terres.
Mers polaires. — Les mers polaii^es n'ont qu'une fi^ès faible aclioii sur les met^s européennes. Souvent, sans doute, des banquises sont apportées sur les côtes septenti^ionales de l'Europe, en Laponie, par exemple. Mais ces banquises ne pénètrent point jusqu'aux mei^s intérieures du nord de l'Europe ; elles sont arrêtées par les courants chauds dérivés du Gulf-Sti^eam.
Les glaces apparaissent seulement dans les mers fermées où ne pénètrent pas les branches du Gulf-Streani ; la Baltique et ses dépendances sont souvent gelées en hiver. On cite des hivers du xiv° et du xv"^ siècle pendant lesquels la Baltique aurait été g-elée sur toute son élendue.
La mer du Nord se prend moins facilement, parce que les mouvements de la houle y sont plus violents et les eau.x. plus fortement salées.
Des autres mers de l'Europe, la mer Noire seule connaît les g-laces; c'est que dans l'Europe orientale rien n'arrête les vents rigoureux venus du pôle. Le port d'Odessa est encombre chaque année, pendant quelques jours de l'hiver, d'un barrage de g-lace.
Rôle de la mer. — Ainsi la mer pénètre île toutes parts le continent européen. V.Wa l'enlaille profondément, le découpe en nombreuses péninsules, elle vient partout comme au-devani de l'homme et le sollicite aux
voyages. C'est elle qui fait le ciiiuat plus doux, qui tempère la rigueur de l'hiver, modère les chaleurs excessives de l'été. Les lacs du Saint-Laurent disparaissent chaque année sous la glace, alors que pour la Baltique, plus proche du pôle, on compte les années où les détroits furent pris. New-York a cinq mois de rude hiver, Naples connaît à peine la neige : pourtant les deux villes sont placées sous la mémo latitude. La mer entretient encore l'humidité de l'atmosphère, et, grâce à l'action bienfaisante des pluies, l'Europe, partout cultivée, ne connaît ni les steppes de l'Asie et de l'Amérique du Sud, ni les déserts de l'Afrique. C'est encore la mer qui, loin de séparer les hommes, a facilité leurs relations, les a conduits les uns vers les autres, agent inconscient de civilisation, aussi bien que de fertilité.
Aussi l'histoire montre-t-elle que la prospérité des divers peuples européens et leur action g-énérale sur le monde furent à toute époque en raison de leurs aptitudes maritimes, naturelles ou acquises. Chaque nation peut à cet ég-ard méditer l'averlissement de l'empereur allemand à ses sujets : « Notre avenir est sur la mer. »