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CHAPITRE III

RELIEF DE l'eUROPE

SoMMATHE. — L'Europe a des formes de terrain et de relief variées, qui la distinguent des grandes masses de l'Asie centrale et de l'Afrique. Les plaines occupent les six dixièmes du territoire : Russie, Allemagne dv Nord, Pays-Bas, Alsace, Hongrie, plaines du Pô el du bas Danube, plaines à terroirs variés de la France occidentale et de V Angleterre méridionale.

Les systèmes de montagnes ne sont pas continus ; on peut les grouper ainsi : 1) Plateau cristallin de Finlande et de Scandinavie ; 2) Système calédonien, montagnes d'Ecosse, d Angleterre, d'Irlande et de Bretagne ; 3) Système hercynien : massif central français, Vosges, Forêt Noire, Ardennes, Eifel, Thuringe, monts de Bohême; 4) Plissements alpins, les plus élevés et les plus pittoresques : Pyrénées, Alpes, Caucase, C.irpathes, Apennins, Sierra Nevada; b) Plateau de Castille; 6) Montagnes insulaires de la Méditerranée; 7) Volcans : Vésuve, Stromboli, Etna, Hécla. Agencement divers des vallées longitudinales et transversales ; nombreuses brèches assurant les communications.

Caractère général du relief. — Le caractère général du relief de l'Europe est la combinaisori de toutes les formes.

massifs, chaînes de montagnes, plateaux et plaines. Aucune de ces formes ne prédomine, tandis qu'en Asie et en Afrique les y;lateaux couvrent la plus g-rande superfii-ie. 11 y a comme une heureuse proportion dans le l'clief de notre ■continent, de même que dans les formes déliées de ses rivag-es. Ici, une plaine intérieure pénètre la masse montag-neuse; là, des collines sillonnent la plaine et en rompent la monotonie ; pjlus loin des séries de plateaux ménag-ent une transition par g-radins successifs entre les hautes monta g'ne s et l'étendue plane.

Mais il ne faut chercher en Europe ni une charpente montag-neuse continue, ni un centre auquel on puisse rattacher tous les systèmes de relief. Il faut, au contraire, disting'uer ces derniers d'après leur structure, leur forme propre •et leurs rapports avec les autres continents.

Les plaines. — Les plaines ou régions au-dessous de 200 mètres d'altitude occupent plus de 60 pour 100 de la superficie totale, mais se répartissent très inég-alement.

i° A l'est de l'Europe, les grandes plaines de la Russie s'étendent presque sans interruption depuis la mer Blanche jusqu'à la Caspienne. Formées de sédiments restés horizontaux, elles diffèrent profondément des terrains plissés et disloqués de l'Europe occidentale et méditerranéenne. Ces vastes surfaces uniformes, où les accidents de terrain sont ■dus au travail des lleuvcs et où les dilfércnces de site ])roviennent moins du reli(^f que de la culture, reproduisent l'aspect de la Sibérie occidentale des deux côtés des monts Durais.

2-' Dans le reste de l'Europe, les plaines n'oll'rent une pareille continuité que dans l'Allemagne du Nord et les terres d'alluvion des Pays-Bas.

iMicore ne se suflisonl-clles pas n eiles-mvmo's comme la plaine russe ; <;llcs d('pen<li'nl en partie des montagnes auxquelles elles s'adossenf, vers le sud et de la mer pou profonde qui loti baigne au nord, ee qu'exprime hien la lorution allemande vorn Fels zum Meer, « du rocher à la mer ". Les lleuvos (|ui les traversent leur sont étrangers par leurs sources et déposent dans leiirs vallées on sur le littoral k's matériaux arrarliés aux Alpes et avix massifs de ["Europe ceni raie. KHes dépendent même des montagnes Scandinaves ])ar les dé'pols glaciaires que celles-ci ont |)oussés jus(prau sud de la Halti(|ue et (|ui cojistiluenl les terres médi«KT<>s<Je la Poméranie.

Dans les poliliTS de Hollande (terre creuse) et les moeres .de l'Iandre, le sol s'aliaisse jusfjuà \ et 5 migres au-dessous du niveau de la uht el ne se

naiuticDt contre l'invasiou des eaux que [lar le travail incessant do J"homme et l'entretien vigilant des digues. Ces Pays-Bas sont donc un phénomène actuel et instable.

La Hongrie, type de plaine intéineure, et les plaines du bas Danube et de l'Italie septentrionale dépendent étt^oitetement des montagnes qui les entourent.

Les plaines de France (bassin parisien et bassin de l'Aquitaine" et de rxA.ngle terre méridionale (bassin de Londres) ofîrent de tout autres caractères : elles sont formées d'auréoles concentriques où toutes les assises sédimentaires se succèdent horizontalement aussi bien qu'en profondeur et déterminent une variété topographique inconnue à l'Europe orientale et à l'Allemagne du Nord.

Dans les péninsules méditerranéennes enfin, les plaines sont l'exception et communiquent difficilement les unes avec les autres.

Systèmes de montagnes. — Les hauteurs sont réparties non en une masse continue, mais parg-roupes inég'aux dans les presqu'îles et dans le centre de l'Europe. On peut les classer de la manière suivante :

1" Au nord la péninsule Scandinave et le plateau de Finlande rappellent par leui^s roches cristallines (granité, gneiss, labradorite) l'ancienneté de leur soulèvement et par leurs formes émoussées, résultat d'une longue érosion, les terres également anciennes et moins élevées encore du Cciûada ; les lacs Scandinaves et finlandais et les grands kics du Saint-Laurent dans l'Amérique du Nord complètent l'analogie entre ces deux grandes masses primitives.

2° Les montagnes d'Ecosse, d'Angleterre et d'Irlande, avec leurs axes cristallins flanqués de sédiments primaires (schistes et grès rouge) et surtout des terrains carbonifères qui font la richesse de ces pays, ont déjà des formes p'us complexes, des vallées mieux dessinées ; mais elles ne dépassent pas i3(X) mètres d'altitude. Elles ont leur analogue de l'autre côté de l'Atlantique dans les monts de la Nouvelle-Ecosse, si bien nommée par les colons britanniques. C'est le type des montagnes que les g-éologues ont désignées sous le nom de chaîne Calédonienne.

On peut rattacher à ce groupe les collines de Bretagne, la presqu'île noi mande du Cotentin et \es hauteurs occidentales de la péninsule Ibérique (Galice et Asturies); on

désig-nerait alors assez clairement ce groupe général sous le nom de type iiisulaire et péninsulaire atlantique. C'est l'élément articulé et maritime par excellence de l'Europe.

3° Depuis le massif central français jusqu'à la Bohême au centre de l'Europe, on compte une série de massifs montagneux d'altitude assez voisine (1 450 mètres dans les Vosges et la Forêt Noire, 1600 mètres dans les monts des Géants h l'est de la Bohême) et de caractères communs : forme arrondie des sommets, massifs de granité et de porphyre, schistes plissés particulièrement étendus dans le système rhénan Ardennes, Eifel). Ces hauteurs et plateaux sont bordés d'importants g-isemenls houillers et de minerais divers en Belgique, en Lorraine, en AVestphalie, en Saxe et en Silésie, qui ont fixé dans ces régions les populations les plus denses de l'Europe. Tout ce troisième groupe a reçu des géologues le nom de système hercynien) d'après l'antique forêt hercynienne qui couvrait une grande partie de l'Allemagne centrale et occidentale).

4° Les grands systèmes de plissements de V époque tertiaire, ou plissements dits alpins. Ce sont à la fois les plus élevés et les plus récents de l'Europe comme de l'Asie, par suite les plus pittoresques, les dislocations du sol ayant affecté sur une grande épaisseur les terrains les plus divers et de résistance inégale, depuis le granité jusqu'aux calcaires et aux marnes. De là l'étonnante variété des sites alpestres : ces montagnes ont g-ardé leurs pics aig'us, leurs arêtes vives, leurs glaciers et les torrents qui continuent à creuser et à entamer les lignes de faîte. De là aussi l'agencement si variable des vallées, tantôt alignées et presque continues comme dans les Alpes orientales, tantôt coudées à angles brusques comme dans les Alpes françaises.

Les plus importants de ces massifs, dont les sommets atteignent 3 000 et4000mètres, s'étendent de restàl'oucst: Pyrénées, Alpes, Caucase, de même qu'en Asie l'Himalaya.

Les autres présentent des courbures plus ou moins nettes comme le Jura franco-suisse, type des plissements et vallées parallèles, les Karpates, qui entourent à l'est la plaine hongroise, les Apennins dans la péninsule Italique, les Alpes Dinariques et les hauteurs occidentales de la péninsule des Balkans.

5° Le relit' l' de la péninsule Ibérique se rattache au système pi'écédent pai' raltilude et l'asiiect des Pyrénées et de

la Cordillère Bétique qui la limitent au nord et au sud ; mais le vaste plateau de Castille, qui occupe la majeure partie de Ja presqu'île, présente plus d'analog-ie avec les plateaux du Maghreb africain, qui d'ailleurs se terminent à l'ouest dans l'Atlas marocain par des hauteurs égales aux sommets des Alpes.

Cette forme de plateau se retrouve, mais très réduite comme dimensions, en Italie dans les Abi'uzses et dans la péninsule des Balkans en Albanie.

6° Les montaf/nes insulaires de la Méditerranée, les unes primitives, comme la Corse, la Sardaigne, le sud de l'Italie (Calabre), les autres de formation plus récente et plus disséminées, comme les îles de l'Archipel.

7° Les montagnes volcaniques, qui continuent sous nos yeux l'édification de leurs sommets et de leurs cratères : tels sont dans la Méditerranée le Vésuve, le Stroraboli, VEtna (3 323 mètres; en Sicile, et dans les mers bortales YHécla en Islande.

Comme on le voit, les foyers volcaniques sont moins nombreux et moins puissants en Europe que dans le Nouveau Monde et dans les archipels de l'Asie orientale. Parmi les éruptions liislori([ues, la mieux connue est celle du Vésuve eu 79, qui détruisit trois villes et les couvrit de laves et de cendres.

Des actions volcaniques sous-marines ont été plus d'une fois observées dans les mers européennes. En 1831 s'éleva des flots, entre la Sicile et l'Afrique, la petite île que les Napolitains et les Anglais se disputèrent et qui disparut au bout de quelques mois, au moment où la querelle s'envenimait.

Vallées. — Les systèmes montagneux de l'Europe présentent des agencements de vallées très variés. On peut en disting'uer deux principales sortes d'après leur orientation : les vallées longitudinales, qui suivent la direction du système montagneux ; les vallées transversales, qui lui sont perpendiculaires.

i° Le type le plus parfait de la vallée longitudinale se rencontre dans les montag'nes composées de chaînes parallèles comme le Jui^a. Dans ces vallées les communications sont aisées dans le sens de la chaîne, et très difficiles en lig-ne perpendiculaire.

2" Dans les systèmes comme les Pyrénées, dominent les cirques et les vallées transversales, assez courtes et de pente raide. Aussi ces montag-nes sont-elles d'accès et de passag-e difficiles.

Les deux types de vallées se rencontrent et se combinent dans les Alpes de façon remarquable. On rencontre des vallées longitudinales, coupées par des nœuds qui réunissent les différentes chaînes. Ainsi, les vallées supérieures du Rhin et du Rhône sont un même sillon, interrompu par le massif du Saint-Gothard. Les vallées de Tlnn et de lat Drave sont d'autres exemples frappants de sillons longitudinaux. Les Alpes présentent aussi des vallées transversales, par exemple celles où coulent la Reuss et l'Adige, et des cirques fermés comme le val d'Aoste.

La disposition des vallées a des conséquences importantes pour l'établissement des voies de communication. L'existence de grands couloirs longitudinaux dans les Alpes rend les communications faciles de Test à l'ouest. Non seulement les routes, mais encore les voies ferrées ont pu pénétrer le massif par ces vallées, La traversée des Alpes du nord au sud a pu se faire, grâce à la combinaison d'une vallée longitudinale et d'une transversale. Enfin, l'existence^ de nœuds montagneux a permis à l'industrie humaine de percer des tunnels en des points où la montag-ne est moins épaisse, et d'unir ainsi les vallées. Plus avantageuse encore est l'existence d'une vallée comme celle du Rhône et de la Saône, qui n'est ni long-itudinaleni transversale, mais intermédiaire entre plusieurs systèmes montagneux, tels que les Alpes, le Jura, le Massif central français : par sa direction elle ouvre des communications d'importance exceptionnelle entre la Méditerranée et les pays de l'Europe centrale et occidentale.

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