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Géographie politique

Géographie historique. — Ethnographie. — Plus encore que l'Autriche-IIongrie, la péninsule des Balkans est un véritable musée ethnographique, une mosaïque de nationalités, de lang-ues et de relig"ions. Mong-ols, Touraniens, Finnois, Slaves, Grecs, Latins, Juifs s'y coudoient. On y est musulman, catholique, g'rec uni, orthodoxe g'rec, Israélite. Placée entre l'Asie et l'Europe, entre la plaine du Nord et la Méditerranée, la péninsule a été le lieu de passag-e de nombreux peuples. Chacun d'eux, g-râce au relief coupant le pays en mille districts isolés, a pu sinon conserver toujours son indépendance, du moins sauvegarder ses caractères propres.

L'unité fut faite une première fois, mais pour peu de temps, par Alexandre et les Macédoniens, au m*' siècle avant Jésus-Christ. Les Romains soumirent à leur tour les différents peuples de la péninsule qui, lors du partage de l'Empire, devint le centre de l'Empire d'Orient. Toutefois la domination

romaine ue changea point la langue et les moeurs des peuples de race grecque. Mais elle créa au nord du Danube un peuple nouveau, le peuple roumain, fait du mélange des Daces de la Transylvanie vaincus par Trajan et des colons italiens.

L'empire grec, au vn« siècle, fut envahi par les Serbes de race slave e, par les Bulgares de race finnoise; les uns et les autres furent convertis à l'orthodoxie grecque et créèrent de véritables États. Les Bulgares adoptèrent progressivement un idiome slave, et celte circonstance les fait aujourd'hui ranger parmi les Slaves, bien qu'ils en diffèrent ethnograplii(]uemont. Les Serbes et les Bulgares s'étendireut tour à tour à travers la Macédoine jusqu'à la mer Egée. Les Serbes, au milieu du xiv» siècle, créèrent un grand empire, de l'Adriatique à la mer Noire, et de la Save à la mer Egée, et furent sur le point d'occuper Constantinople. A la même époque, les Roumains sondaient les deux États de Moldavie et de Valachie.

Mais déjà les Turcs ottomans, originaires du Turkestan, pénétraient dans la péninsule : la conquête, commencée eu l'5G0, était terminée en 1489. Les Turcs ne cherchèrent pas à s'assimiler les vaincus ; ceux-ci conservèrent leur religion, leur langue, leurs évèques et leur patriarche. Seules, une partie de la féodalité serbe, en Bosnie et en Herzégovine, pour conserver ses privilèges, puis une partie des Albanais, apostasièrent et passèienl à l'islamisme. Quant au.v Turcs, ils ne s'établirent dans la péninsule qu'en nondjre assez restreint.

Aussi, sous le joug ottoman les nationalités subsistèrent. Et ce ut comme un soudain réveil au début du xix« siècle. Les Serbes, en 1804, donnaient le signal des insurrections, et les premiers recouvraient leur irulépendance (1826). Les Grecs les imitaient de 1821 à 1829. En 1861, la Moldavie et la Valachie se réunissaient et formaient la Roumanie. En 1878 la Bulgarie et la Roumèlie orientale devenaient libres à leur tom-; l' Autriche-Hongrie recevait le droit d'occuper et d'administrer les provinces de Bosnie et d'Herzégovine. La Crète, eu 1898, a échappé à l'autorité directe de la Porte.

Au point de vue politique, la péninsule est ainsi décomposée aujoui^d'hui :

Turquie d'Europe 170 340 kil. carr. 6 130000 hab.

Royaume de Roumanie. 131000 — 6600000 —

Royaume de Serbie... 48300 — 2735000 —

Royaume de Grèce 64 679 — 2 433 000 —

Princi|). de Monténégro. 9 433 — 227 000 —

Bulgarie et Roumélic.. 96660 — 4028 000 —

Crète 8 618 — 294 000 —

Mais les peuples des Balkans ne tiennent pas cette division pour définitive. Les Serbes rêvent d'une Grande Serbie où entreialenl tous les pays de langue et de race serbe, Hosnie et Herzégovine, aux mains de rAntriche, liascie ou Vieille Serbie, l'ouest de la Macédoine avec la vallée duVardar cl même Saloni(iue. La Macédoine leur est contestée iiar les Bulgares, ([ui aspirent à constiluer une Grande Bulgarie, du Danube à l'Archipel, et par les Grecs, and)ilieuxde réaliser la Grainle Idée, la rcslauiation d'un eni|iiie grec réunissant les cotes et les îles de l'Arcbipel.

Nulle pari en Europe les rivalités ne sont aussi vives; clKKjue piiqile l'ait

sa statistique, jalouse le voisin et failles plus grands sacrifices pour propager par les écoles sa langue et son influence.

Les ambitions surexcitées des peuples balkaniques et la forme arriérée au gouvernement turc mettent la péninsule dans un état instable, qui intéresse toutes les grandes puissances européennes, tour à tour solidaires et rivales dès quïl s'agit de Consfantinople et de Salonique, ces centres vitaux du monde méditerranéen.

Actuellement la péninsule, au point de vue ethnographique, peut se diviser enquati^e zones.

Les Grecs occupent les lies et le littoral de l'Archipel, le versant oriental du Pinde et de l'Olympe.

hes Albanais habitent larégion comprise entre l'Adriatique et le Pinde. Ils sont divisés en trois groupes ennemis : catholiques, musulmans, orthodoxes g-i^ecs.

Les Slaves de race serbe (Serbes, Croates, Bosniaques, Herzég-oviniens, Rascicns, Monténégrins, Dalinates) occupent tout le pays comptas entre l'Adriatique à i"ouest, la Save, le Danube au nord, et le Timok à l'est. La frontière sud est indécise, les Sci^bes se trouvant en groupes nombreux en Macédoine, dans la vallée du Vardar.

Ils y ont pour rivaux les Bulgares, d'origine finnoise, maîtres du pays compris entre le Despoto-Dagh et le Danube.

Les Roumains occupent la plaine au nord du Danube.

Quant aux Turcs, en Turquie même ils ne forment qu'un cinquième de la population.

Les Israélites venus d'Espagne, de Russie et de Pologne sont en nombre assez considérable, surtout en Roumanie et dans les provinces turques. Par endroits, à Salonique, par exemple, ils sont la fraction la plus importante de la population.

Religions. — La religion n'y est pas un moindre élément de rivalité : les Grecs, la plupart des Slaves et les Roumains sont attachés à la religion orthodoxe grecque, dirigée parle patriarche résidant à Gonslantinople, mais les Bulgares ont depuis 1871 une Église autonome, dirigée par un hexarque, rival du patriarche. Les catholiques ont quelques églises en Albanie. Les Arménieiis. ou chrétiens grégoriens, et les Juifs sont assez nombreux à Constantinople et dans les grandes villes, malgré les massacres périodiques qui ont décimé le peuple arménien.

Les Turcs et la majointé des Albanais sont musulmans .

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